Sans être ridicule, Lyon a été loin du compte
La meilleure animation offensive du monde !
Voilà le commentaire qu’inspire le résultat de ce match Barcelone – Lyon. La triplette d’attaquants, Messi (au centre à droite sur la photo ci-contre), Eto’o et Henry (au centre à gauche), bien soutenue par une triplette non moins talentueuse au milieu de terrain, Iniesta (à gauche), Xavi (à droite) et Touré, n’a eu aucune difficultés à trouver ses marques dans les espaces laissés par la défense lyonnaise.
Eh bien cela veut dire qu’un joueur ne joue jamais dans le même espace. Aucun des six noms cités précédemment dans l’équipe catalane ne s’est figé dans un seul positionnement. On a régulièrement retrouvé Eto’o à droite de l’attaque (alors qu’il est inscrit au centre sur la feuille de match), permutant avec Messi ou bien Daniel Alves dans un rôle de milieu central alors qu’on l’attend normalement sur l’aile droite de la défense. Sans parler de Henry qui a décroché souvent au centre pour récupérer des ballons et bien sûr de Xavi et d’Iniesta qui, non contents de se trouver les yeux fermés, jouent sur 80 – 90 % de la surface du terrain. Présents en défense, présents en attaque, assurant l’entre-jeu, la paire formée à Barcelone a étouffé de sa classe l’entre-jeu lyonnais, bien à la peine avec un Makoun, imprécis et un Toulalan transparent. Sans parler de Juninho, nerveux depuis la quinzième minute de jeu, qui sera finalement expulsé dans les derniers instants du match pour avoir solliciter l’arbitre avec trop d’insistance.
Le jeu total en action a fait très mal aux Lyonnais
Quand on affronte six joueurs du calibre du six offensif barcelonais et qu’on prend quatre buts en quarante minutes, on est effectivement dans une situation quasi désespérée. Caractéristique du jeu total, le pressing haut mis en place par le Barça, appuyé par toute l’équipe, y compris par Piqué et Marquez, défenseurs centraux, a fait souffrir le trio lyonnais Toulalan-Makoun-Juninho et forcer les trois attaquants des Gones, Ederson, Delgado et Benzema, a revenir souvent pour épauler leurs coéquipiers tant le rythme était soutenu. Mais ce qui a fait réellement la différence au milieu de terrain, c’est la vitesse d’exécution des contrôles. Iniesta, Xavi ou Messi contrôlent en une touche de balle et gardent le balon rivé au pied. Le gain de temps qui en résulte fait la différence huit fois sur dix. Car en effet les Lyonnais ont bien tenté d’assaillir les Catalans avec un pressing haut (on comptait pas moins de six joueurs dans la moitié de terrain catalane quand le Barça avait le ballon dans les cinq premières minutes) mais cette tactique était vouée à l’échec tant le niveau technique du Barça était supérieur.
Une défaite qui s’est dessinée au milieu de terrain
Trois chiffres publiées par L’Equipe.fr permettent de mieux comprendre la force des joueurs de Pep’ Guardiola :
- 442 passes ont été réussies du côté catalan contre seulement 278 côté lyonnais. Cette différence abyssale qui existe dans l’entre-jeu entre les deux formations était expliquée par Raynald Denoueix qui disait l’an dernier, en commentant un match du FC Barcelone, que le plus surprenant chez les Blao Grana, c’était leur patience. Ils n’hésitent pas à faire tourner le ballon le temps qu’il faut pour mettre en place une tactique dangereuse ou pour tenter de créer un espace.
- 68%, c’est le taux de possession du Barça. Plus des deux tiers du temps, les coéquipiers du capitaine d’un soir, Xavi, ont eu le ballon. Ce chiffre est la conséquence logique de la facilité à se trouver au milieu de terrain mais aussi de ce nombre impressionnant de passes réussies.
- Symbole de cette équipe exceptionnelle qu’est Barcelone mais aussi du mal lyonnais, Iniesta a été victime de dix fautes, sur vingt-six commises par les joueurs de Claude Puel.
Un match se joue au milieu de terrain, c’est évident. Quand les efforts de ces joueurs créent des occasions de buts et que les attaquants sont Henry, Eto’o et Messi, cela fait indiscutablement un mal fou. Quatre buts, trois attaquants et un doublé pour l’ancien « Frenchy » d’Arsenal.
Plusieurs joueurs lyonnais dont certains cadres ont été fantômatiques, c’est invraisemblable…
Mais les Lyonnais ont également leur part de responsabilités. On ne compte pas les innombrables Lyonnais transparents qui avaient laissé leur intelligence à Gerland ou au Stade de France : Boumsong, Toulalan, Makoun (à droite sur la photo ci-contre), Juninho (au centre de face), Ederson et surtout Benzema (de dos)…
Boumsong a été dépassé en vitesse et en condition physique. Toulalan a pu mesurer ce qui le séparait de son homologue Touré : l’abattage défensif quand la garde souffre derrière mais aussi l’implication dans le jeu offensif… Makoun, certes auteur du premier but lyonnais, n’a eu que cet éclair de génie, il est, entre autres, fautif sur le premier but puisque c’est lui qui rate sa passe, cédant le ballon à Marquez. Le Mexicain ne se fait pas prier pour lancer Henry… Juninho a quant à lui été frustré par la contre-performance de son équipe mais aussi par la sienne. Nerveux durant tout le match, il a fini par écoper d’un second carton jaune et être expulsé dans les cinq dernières minutes. Son but ne change rien. Le meilleur ( ?) pour la fin, Benzema. A part cette jolie feinte sur le but du capitaine « Juni », l’international français a enchaîné les mauvais choix, les erreurs et les échecs. Probablement encore souffrant de sa blessure à la hanche et sous pression car on attendait beaucoup (trop ?) de lui, il a vendangé tous les ballons qu’il a touchés dans la surface catalane.
Seuls éclairs au tableau, le match de Lloris, de Clerc, de Bodmer et de Delgado. Ces quatre joueurs ont été au niveau d’intensité nécessaire à ce niveau. Alors évidemment, Lloris est gardien mais il a su se redresser et faire une grande deuxième période après avoir pris quatre buts en première mi-temps. Clerc et Bodmer n’ont joué qu’une mi-temps chacun mais ont tous les deux montré de l’envie, du talent et surtout de l’intelligence tactique. Enfin, Delgado a été énorme. Il est d’ailleurs sorti de façon inexplicable au profit de Keita, lui aussi transparent alors qu’Ederson, également transparent restait sur le terrain et ratait une demi-volée…
La question est posée, chaque année Lyon s’éloigne un peu plus de la finale de la Ligue des Champions, trois éliminations consécutives en huitièmes de finale (Rome en 2007, Manchester en 2008 et Barcelone en 2009) : le football français est-il en crise ?


