Mahyar II, la revanche !
Petit champion deviendra grand.
Même si Mahyar Monshipour, avec son mètre soixante-quatre et son air de teigne, apparaît comme un boxeur de poche, il ne faut nullement s’y fier. Champion de France puis d’Europe des super-coqs à 27 ans, le Poitevin sort totalement de l’ombre médiatique et pugilistique le soir du 4 septembre 2003. En face de lui, un ennemi intime nommé Salim Medjkoune qui a tout conquis avant lui et qui détient la ceinture WBA. Cet affrontement mondial entre deux Français suscite l’engouement de tous pour la boxe, d’autant que le combat promet d’être une opposition totale de style. Medjkoune est un boxeur tactique, précis, méthodique alors que Monshipour agit depuis l’aube de sa carrière en rouleau compresseur. Pour couronner le tout, une rumeur de contentieux entre les deux hommes vient donner au combat une saveur digne des grands championnats du monde de l’histoire.
Pendant douze rounds, Monshipour ne cesse de marteler un Medjkoune dépassé par le rythme de son adversaire. A la fin de la douzième reprise, Monshipour ne lâche rien et assène une série fatale à Medjkoune qui, sur un crochet, se retrouve presque projeté à l’autre bout du ring. Monshipour devient champion du monde avec panache et nous offre l’un des plus beaux moments de la boxe hexagonale en chantant la Marseillaise avec émotion, lui, l’Iranien d’origine.
Sa carrière ne fait que commencer mais Monshipour ne s’illusionne pas, il sait qu’un boxeur ne fait pas de vieux os et déclare assez vite qu’il s’arrêtera dès les premiers signes de faiblesse. Ils ne viendront que trois ans et six défenses de titre plus tard.
Il combat de nouveau Medjkoune, l’obligeant à abandonner dans la 8ème reprise, et s’offre quelques adversaires sans difficulté. Son combat héroïque, digne d’un LaMotta, il l’effectuera contre l’inattendu Julio Zarate. Surpris par l’agressivité du mexicain, Mahyar ne parvient pas à imprimer son rythme et subit un knock-down dans la 4ème reprise. Trois rounds plus tard, le Poitevin se ressaisit et frappe sans cesse Zarate qui cède progressivement pour renoncer finalement à l’appel de la 9ème reprise.
Le 18 Mars 2006, Mahyar Monshipour affronte Somsak Sithchatchawal, un Thaïlandais coriace, plus grand et doté d’une allonge anormalement grande pour un super-coq. Très rapidement, les premières difficultés se font sentir car l’adversaire est calme, puissant et tient Mahyar à distance avec son jab, ce qui ne permet pas au rouleau compresseur d’avancer efficacement. Ayant bien étudié le style de Monshipour, Sithchatchawal attend patiemment la faille pour contrer et envoie le champion au tapis dès la 1ère reprise. Le Français se relève et reprend le combat sans sourciller. Pendant dix rounds, Monshipour en héros blessé ne reculera jamais, inquiétant quelquefois le thaïlandais sans l’ébranler. Au contraire, Sithchatchawal ne changera jamais de tactique, attendant Monshipour pour le contrer, souvent avec des uppercuts dévastateurs qui saisissent Mahyar lorsqu’il se courbe en position de la coquille pour se rapprocher de son adversaire. Finalement, à la 10ème reprise, l’arbitre arrête logiquement un Monshipour sanguinolent et épuisé. Ring Magazine, le plus grand journal de boxe du monde, donne à cet affrontement le titre de « combat de l’année 2006 » pour son intensité rare. Devant l’ampleur de cette défaite, à la surprise générale et à la stupéfaction de tous les fans de boxe, Mahyar Monshipour annonce sa retraite à 31 ans.
Le retour du héros
Après deux ans d’absence des rings et d’engagement politico-sportif, Mahyar Monshipour annonce le 28 mai 2008 son come-back. Ce retour, l’ancien champion le veut pour « l’honneur », pour retrouver des sensations perdues et redevenir champion du monde. A 33 ans, il se sent capable après quelques combats, dont une revanche contre le thaïlandais Somsak Sithchatchawal, de revenir au top.
Ses deux premiers combats sont sans surprise tant les adversaires sont faibles. Il gagne le premier par disqualification contre le sparring italien Salvini et le second sans conteste par arrêt de l’arbitre à la huitième reprise contre le britannique Sean Hughes (15 victoires, 9 défaites avant le combat). Pour un boxeur sur le retour, rien de plus naturel même si l’on attend de Monshipour des combats plus durs contre des adversaires au moins convenables.
Arrive alors un nom connu, à défaut d’un boxeur du top 10, l’ancien champion du monde Felix « Macho » Machado. Ce dernier reste sur une série de défaites et ne pourrait inquiéter Monshipour que par son gabarit proche de celui de Somsak Sithchatchawal : il est plus grand, rapide et possède une bonne allonge. De plus, il est gaucher, autre point commun important avec le tombeur de Monshipour.
La première reprise montre un Mahyar concentré et observateur qui, tout en avançant, cherche avant tout à jauger son adversaire et exerce un travail de sape au corps. De son côté, « Macho » tente de tenir à distance son adversaire mais se voit vite contraint d’accepter le combat devant l’habituel pressing pratiqué par le français. Il donne quelques enchaînements sans grand danger que Mahyar encaisse d’ailleurs sans s’arrêter, un round assez égal.
Le deuxième round est sans conteste celui qui inquiète le camp français. Machado parvient à tenir Mahyar à distance par des enchaînements gauche – droite à la face et touche par des uppercuts. Monshipour continue d’avancer mais est touché à plusieurs reprises sans vraiment mettre en danger le « Macho ». Toutefois, il continue son travail de sape au corps qui semble porter ses fruits en fin de reprise.
Dans le troisième, Mahyar remonte sa garde et se montre plus hermétique tout en frappant, affaiblissant Machado avec des enchaînements de crochets corps – face.
La quatrième reprise sera fatale au mexicain qui apparaît de plus en plus affaibli. Monshipour touche davantage à la face et multiplie la cadence de ses coups au fur et à mesure, avançant continuellement sans laisser de répit à Machado. Presque K.O. debout, totalement désuni au niveau de son rythme de frappe et touché à l’arcade gauche, Machado abandonne à l’appel de la cinquième reprise.
Monshipour peut-il redevenir champion du monde ?
A l’heure actuelle, difficile d’en juger tant le niveau de ses adversaires ne donne aucune vision des obstacles que Mahyar pourrait rencontrer. Cependant, quelques éléments de réponse se dessinent :
Mahyar Monshipour affiche le même style pugilistique : un rouleau compresseur qui avance et frappe sans cesse, encaisse sans sourciller. Son combat contre Machado, certainement préparatoire à une revanche contre Somsak Sithchatchawal, a montré qu’il boxait de manière plus réfléchie et méthodique, plus mature et donc plus efficace. Mais Machado dans la 2ème reprise est parvenu à inquiéter Monshipour sans pour autant l’ébranler. Si Monshipour tombe sur un adversaire de même gabarit mais avec une boxe puissante, calme et précise, il pourrait se trouver perturbé.
De ce fait, une autre question se pose : qui peut stopper Mahyar ?
Sithchatchawal que Monshipour se borne à vouloir rencontrer, a été vite déchu de son titre en Octobre 2006 par le Panaméen Celestino Caballero et peine à retrouver son niveau suite à sa défaite contre son compatriote Poonsawat en mars 2008. Le combattre serait un risque mais permettrait, en cas de victoire, de redonner confiance à Mahyar.
Le champion WBA-IBF, Celestino Caballero ne mesure pas 170 centimètres comme Machado et Sithchatchawal mais…180 centimètres ! Un boxeur qui disposerait donc de quinze centimètres de plus que Monshipour et qui lui poserais d’énormes difficultés en cas de confrontation. Et rien qu’à observer le palmarès du Panaméen qui compte 31 victoires dont 22 par KO pour seulement 2 défaites, on peut rêver à l’exploit.
Juan Manuel Lopez, le champion WBO, est un autre boxeur à éviter pour Monshipour. Le Portoricain a le même gabarit que Sithchatchawal, est gaucher, et affiche un palmarès effrayant : invaincu en 24 combats, il en a gagné 22 par KO.
Par contre, la chance mondiale de Monshipour pourrait venir du champion WBC Israël Vazquez. Le mexicain a exactement le gabarit de Monshipour et ne refuse absolument pas le combat. C’est un boxeur d’expérience au palmarès bien fourni (43V, 31KO, 4D) mais qui semble à la portée d’un Monshipour au sommet de sa forme physique.
Seulement, en boxe, tout dépend des promoteurs et des négociations. S’il observe ses futurs adversaires d’un œil tactique, il optera pour Vazquez. Mais s’il l’emporte par KO face à Sithchatchawal lors de leur hypothétique revanche, cela pourrait amener Mahyar à un combat (presque) suicide face à Caballero. Et si…l’avenir nous le dira.
En tout cas, de la part de toute l’équipe, bonne continuation à Mahyar jusqu’à son Championnat du Monde.
