La Grande Boucle sera-t-elle propre ? (2ème partie)
Dans la première partie de ce dossier (pour la lire), nous avons montré combien il est utopique (pour l’instant) d’espérer un Tour propre. La lutte antidopage a du retard face aux avancées et ingéniosités des laboratoires pharmaceutiques et les coureurs ont mille moyens de se doper sans risquer de se faire prendre la main dans le sac.Mais le constat de la porosité de l’antidopage cache-t-il une situation en amélioration ?
Le cyclisme est le nouveau phare de l’antidopage. Vous voulez du sport propre ? Regardez le Tour de France.
Peu de sports ont pris à bras le corps la question du dopage. Le cyclisme est entré en guerre contre les pratiques consistant à absorber des substances ou à utiliser des actes médicaux afin d’augmenter artificiellement les capacités physiques ou mentales. Depuis le Tour 1998 et l’affaire Festina, chaque année a son lot de gros poissons qui tombent dans les filets de la justice sportive : Pantani et Botero (1999), Igor Gonzalez de Galdeano et l’Actovegin dans les poubelles de l’US postal (2000), mise en examen de 64 coureurs au Giro dont Ulrich et Frigo (2001), Simoni , Ulrich et Rumsas (2002), Museeuw (2003), Cofidis, Kelme et Hamilton (2004), Heras et Frigo (2005), opération Puerto et Landis (2006), Mayo, Vinokourov, Rasmussen (2007), opération Humanplasma, Kohl et Ricco (2008). Même Armstrong a été pris la main dans le sac par la passé avec un contrôle positif effacé par un certificat médical antidaté et bidon. Les pertes humaines sont nombreuses et ce ne sont pas que les petits qui tombent, les grand payent aussi un lourd tribut à l’opération nettoyage. Il faut accepter l’idée que plus on recherche, plus on a des chances de trouver. En proportion du nombre de contrôles, le cyclisme est un des sports les moins touchés par le dopage.
La démarche de recherche du dopage dans le vélo n’est pas artificielle dans une période ou beaucoup de sports communiquent plus qu’ils n’agissent. Par exemple l’EPO, substance star dans le cyclisme, l’athlétisme ou le ski de fond… n’est même pas recherchée dans le rugby lors des Coupes du Monde. Comprenez, l’amélioration de l’endurance n’est pas considérée comme utile au rugby, pour les professionnels de ce sport, c’est « trop technique » !
Au foot c’est encore pire car tous les éléments sont sous notre nez, il suffit juste de les assembler et de ne pas fermer les yeux. Les exemples sont innombrables : Marcel Desailly qui explique dans son autobiographie qu’en 1992 son équipe prenait, sur le conseil du président, des cachets dont il ne connaissait pas la composition ; le procès de la Juventus qui révèle que Didier Deschamps avait des taux d’hématocrites bien trop élevés et bien trop fluctuants pour être normaux (pour rappel, en cyclisme, il n’aurait pas eu le droit de s’aligner à la moindre épreuve du fait de son hématocrite régulièrement à 52%) ; ou encore Cannavaro filmé le soir de la finale de la coupe de l’UEFA 1999 en train de se piquer (voir la vidéo) et qui, malgré cela, obtient le ballon d’or en 2006 (cf. photo ci-contre) ; ou même Sagnol qui reconnaît sur le plateau de Téléfoot avoir conseillé un produit dopant à Vieira (c’était de l’Actovegin, du sang de veau). Ce qui est incroyable, c’est que tout le monde s’en fiche, personne ne reprend l’information, laissant les sportifs se tuer à petit feu.
En cyclisme, un tel déni des faits serait impossible puisque la moindre rumeur est exposée sur la place publique et aussi parce qu’il est bien plus difficile d’enterrer une affaire. La raison ? Les médias fouinent et les organisateurs surveillent.
Mais alors, à quoi ressemblerait une lutte contre le dopage non-artificielle ?
Tout d’abord, la lutte contre le dopage dans le cyclisme est à la pointe du progrès scientifique. Le cyclisme fut le premier sport à détecter l’EPO, à mettre en place un passeport biologique puis à rechercher les transfusions sanguines, puis par la suite les auto-transfusions sanguines. Seule la petite reine innove.
La clé de la réussite c’est la guerre éclaire, il faut agir vite avant que n’apparaisse sur le marché une nouvelle substance. En 2008, cette stratégie de Blitzkrieg a permit de faire chuter le cobra et sa garde (Ricardo Ricco et ses coéquipiers de la Saunier Duval, cf. photo ci-contre) mais aussi d’adresser un signal fort au peloton en congelant les échantillons de sang pour faire des recherches de dopage au fur et à mesure de l’arrivée des nouvelles méthodes de détections de substances. Cette année, rebelote, l’AFLD annonce par la voix de son président Pierre Bordy "une méthode et un produit dopants dont les cyclistes ignorent qu’ils peuvent être détectés seront contrôlés sur le prochain Tour de France". Est-ce du bluff ? Peut être mais dans tous les cas, certains cyclistes vont se présenter au Tour avec appréhension. L’AFLD introduit du doute dans l’esprit des fraudeurs et c’est la meilleure résistance possible.
Alors qui va se faire tirer les oreilles en juillet ? Les frères Schleck ? Un Astana ? Cadel Evans ?


