Le rouleau compresseur Kazakh
Le prologue à Monaco devait annoncer les premières tendances quant à l’état de forme des différents champions. L’équipe de Johan Bruyneel y a trusté les premières places: Contador (2ème à 18 secondes), Kloden (4ème à 22 secondes), Leipheimer (6ème à 30 secondes) et Armstrong (10ème à 40 secondes) ont dégouté la concurrence. Seul Cadel Evans a semblé faire jeu égal avec l’armada Kazakh en faisant 5ème à 23 secondes du vainqueur de la CSC Fabio Cancellara. Andy Schleck, Carlos Sastre et Denis Menchov ont sombré à plus d’une minute.
Lors de la troisième étape battue par les vents entre Marseille et la Grande Motte, la maîtrise tactique et l’expérience de Lance Armstrong lui ont permis grâce à un bien prévisible coup de bordure de reprendre à ses plus sérieux adversaires quarante secondes qui pourront se révéler bien précieuses à Paris. L’amateurisme d’un Cadel Evans que l’on dit pourtant très expérimenté ou d’un Andy Schleck normalement très bien entouré, a remis en selle un Armstrong dont la côte avait baissé sur le prologue. En plus de poignarder ses adversaires, Lance Armstrong a égratigné son coéquipier Alberto Contador (personne ne s’y trompe, c’est bien le Madrilène qui est visé) en relevant très sérieusement « qu’il ne faut pas avoir le prix Nobel pour comprendre qu’avec le vent et le virage qui se présentaient, quelque chose allait se passer ». C’est curieux de noter que certains favoris semblent oublier cette règle d’or du cyclisme selon laquelle pour gagner il faut être devant pour gérer les imprévus.
Le troisième acte de cette maîtrise des Astana fut le contre-la-montre par équipe de Montpellier. La victoire des Kazakhs n’est guère une surprise quand on connait la préparation méticuleuse de l’équipe. Seuls les Saxo Bank et les Garmin ont semblé être capables de se hisser à la hauteur de l’équipe de Johann Bruyneel. En revanche, la déculotté subie par Cadel Evans qui perd avec son équipe Silence-Lotto 2 minutes 35 secondes est inattendue … C’est un boulevard offert aux diables d’Asie centrale. Le bilan est le même pour Carlos Sastre et la Cervelo, même si la perte d’1 minute 39 est plus conforme au potentiel des Espagnols. Force est de constater qu’avant les Pyrénées, la course a été écrasée par le rouleau compresseur Kazakh. Tous les rivaux sont à terre, renvoyés à plus d’une minute trente au classement (et parfois même au sens propre comme Menchov ou Rogers pour qui les chutes ont été très pénalisantes pour le moral et le classement général).
Cette mainmise sur la course annonce des combats fratricides au sein d’Astana qui possède encore quatre hommes capables de s’imposer à Paris. Il faut espérer, afin de maintenir le suspens, qu’Andy Schleck ou Carlos Sastre parviennent à faire sauter le verrou Kazakh.

