La Tribune du Sport


Les Français réconciliés avec le Tour de France grâce au duo Contador-Armstrong

Publié dans Chroniques de courses,Tour de France par Roland Richard le 27 juillet 2009

Source : Eurosport.fr

C’est avec des étoiles dans les yeux que j’ai vu l’ultime maillot jaune remis à Alberto Contador dimanche. Sur les deux autres marches du podium. Deux requins. Un jeune d’apparence douce mais pétri d’ambition autant que de talent, Andy Schleck (2ème du Tour à 4’11’’). Et un de treize ans son aîné. Un champion, autant de l’intrigue que du Tour. Sept fois vainqueur de la Grande Boucle, Lance Armstrong a tenu son rang et sa troisième place (3ème du Tour à 5’24’’) en puisant au plus profond de lui même.

Une audience télévisuelle inouïe !

Honneur aux anciens. Lance Armstrong n’avait plus couru le Tour depuis 2005 et une domination sans partage. Il avait quitté le Tour cette année-là sous les sifflets, cette fois-ci sous les applaudissements. Et pour récompense de son admirable retour au plus haut niveau en aussi peu de temps, une audience télévisuelle exceptionnelle.

Le Nouvel Observateur donnait les chiffres ce lundi : 3,8 millions de téléspectateurs de moyenne par jour. 4 millions de visiteurs uniques par jour sur les sites de france2.fr, france3.fr et france4.fr soit plus de 17 millions de pages vues. Selon l’hebdomadaire, c’est « trois fois plus que pour l’édition 2008 ».

Source : Eurosport.fr

Le cœur du Tour : le duel intestin Contador-Armstrong.

Au centre de cet intérêt exceptionnel pour le Tour ? Une guerre sans mercis entre les deux leaders de l’équipe Astana : Alberto Contador et Lance Armstrong. De détesté pour la démonstration qui a été faite de son dopage lors du Tour 1999, l’Américain est devenu le chouchou des spectateurs. Ils voulaient voir celui qu’ils avaient honni, souffrir. Et il a souffert.

Au Verbier (cf. photo ci-dessus) surtout, moralement, il avait reçu une gifle. Une claque de son frère ennemi ibérique, Contador. Mais aussi dans les deux cols Saint-Bernard deux jours plus tard et le lendemain en montant les cinq pics de l’étape reliant Bourg-Saint-Maurice au Grand Bornand. Finalement, au Ventoux samedi, nous avions pu admirer sa ténacité mais aussi la qualité de sa préparation physique pour parvenir à grimper, avec les meilleurs, le géant de Provence sans être monté sur un vélo pendant trois ans et n’avoir repris que depuis huit mois…

Contador, un champion de la solitude

Johan Bruyneel, le manager sportif, a tout tenté pour faire trébucher cet Espagnol qu’il n’a jamais compris. L’a-t-il seulement voulu ? Rien n’est moins sûr tant la complicité entre le directeur belge d’Astana et le deuxième leader de l’équipe kazakhe, Lance Armstrong, fut affichée.

Source : Eurosport.fr

Eternellement seul. Le coureur de Pinto a vécu un enfer sans précédent dans sa propre équipe. Personne ne l’a soutenu. Ni son manager, ni aucun des trois autres leaders de l’équipe (Andreas Klöden, Lévy Leipheimer et Armstrong), ni vraiment aucun des cinq équipiers restants : Paulinho, Popovych, Rast, Muravyev et même Zubeldia… Contador fut seul. Toujours seul. Seul lorsqu’il décida d’accélérer dans la montée d’Arcalis lors de la septième étape, seul dans l’avion qui lui permet de quitter Tarbes pour Limoges le surlendemain, seul lorsqu’il répondit aux journalistes sans son manager lors du premier lundi de repos (13 juillet), seul dans la montée du Verbier (Klöden aidant Armstrong à grimper), seul contre les frères Schleck dans l’étape aux cinq pics (ndlr : 17ème étape, Contador fut le dernier Astana à résister aux frères de la Saxo Bank, il conserva ainsi son maillot jaune, cf. photo ci-dessus), seul pour se mettre au départ du contre-la-montre d’Annecy (aucune voiture Astana ne l’avait attendu), seul pour défendre son maillot jaune jusqu’au bout…

Contador n’est pas tout blanc mais quel champion !

Et c’est non sans dégoût que l’on entendit le manager Bruyneel expliquer, désappointé après le refus de Contador de le suivre chez RadioShack avec Armstrong, « Il a envie de mener sa route tout seul. Il a peut-être raison. » Ce n’est pas comme si Contador avait eu le choix. Il a donc remporté son Tour seul. Sans équipe. Une première dans l’histoire du cyclisme.

Peut-on cependant se réjouir complètement de cette victoire ? Car la réputation du coureur espagnol n’est pas vierge de suspicions. Son nom traînait dans l’Affaire Puerto puis fut à nouveau le fruit d’un questionnement appuyé de Greg Lemond. L’ancien vainqueur du Tour (1986-89-90) a émis de sérieux doutes sur la performance pulmonaire de Contador lors de l’étape du Verbier dans une tribune publiée dans Le Monde.

Qu’à cela ne tienne. Attendons les contrôles et dégustons l’élégance et le style du maillot jaune final en revoyant les montées d’Arcalis, du Verbier, l’attaque dans le col de la Colombière pour se venger de Klöden et la grimpée du Ventoux… Ce Tour nous a donnés beaucoup d’émotions et c’est avec une certaine tristesse que je reviens au football.

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