La Tribune du Sport


Dopage : une nouvelle voie est-elle possible ?

Publié dans Dopage par Frédérick Bridonneau le 28 octobre 2009


Source :Bloc.com

Le dopage perçu comme un fléau : une vision de l’esprit

Le dopage ne peut se résumer à la prise de produits illicites comme bien souvent cela nous est présenté. Bien sûr, la prise d’EPO ou autres produits dopants mal utilisés est dangereuse pour la santé mais ne constitue que la face visible du dopage moderne.

Quand on regarde le pourcentage d’asthmatiques dans une population dite « normale », le taux tourne autour de 6%. Mais lorsque l’on regarde de plus près les chiffres du Tour de France, environ un tiers du peloton souffre de cette maladie (30%). Bien évidemment les efforts consentis par les uns et les autres est différent mais cette différence ne peut être résumée à l’asthme de l’effort (un être humain respirant par le bouche respire directement l’air vers ses poumons sans qu’il soit filtré par le nez, ce qui permet en théorie d’avaler jusqu’à 200 L/M contre 80 en temps normal).

Ainsi, il est probable que dans cette population, tous ne soient pas asthmatiques ou bien alors le Parisien en mauvaise santé qui court pour attraper son métro ou son train souffrirait d’asthme (i.e. : pour souffrir d’asthme de l’effort, 6 à 8 minutes d’efforts et de respiration par la bouche suffisent).

D’un produit dopant lourd (type EPO), on peut rapidement glisser vers un dopage plus sournois parce que moins suspect tel que les prises médicamenteuses massives. A titre d’exemple, les corticoïdes peuvent avoir un effet dopant parce qu’antidouleur… Or les corticoïdes se prennent dans des quantités bien supérieures à celles de la ventoline lorsque l’asthme fait souffrir en plus d’encombrer les bronches, fait souffrir. Je ne m’attarderais cependant pas sur les effets des corticoïdes, notre bon ami Google vous en apprendra sûrement plus que moi. Mais le premier pas est fait. Le dopage n’est pas seulement la pratique obscure de la piqure Virenque ou de la drogue festive à la Peter De Villiers, sans parler du dopage technologique que Roland vous détaille à merveille dans son article sur les combinaisons.

Source : Barracudas.ca


Doit-on accepter le dopage caché ?

La réponse est bien évidemment non. Car très souvent, il nous ramène à des pratiques sordides mettant clairement en danger l’intégrité physique et parfois même psychologique du joueur. On est aujourd’hui pratiquement sûr que le joueur ignore ce qu’il prend sans avoir conscience des risques qu’il encourt. Ainsi, on lui retire son libre arbitre.

Sans parler de l’hypocrisie des instances dirigeantes qui ont constaté avec effroi l’impact négatif en matière d’image qu’a déclenché la lutte antidopage pour les sports qui l’ont instaurée, comme le cyclisme ou l’athlétisme. Ils ont ainsi délibérément fermé les yeux sur ces pratiques dopantes pour éviter de nuire au sport-business et au sport-spectacle que les compétitions proposent.


Une troisième voie est possible

A mon sens, la solution passe par une transparence totale : vis-à-vis de l’athlète, du corps médical et des instances. En assurant la communication et un échange des produits, nous pouvons ainsi mieux effectuer les suivis médicaux des sportifs et éviter sans doute des accidents graves. De plus, pousser ces « découvertes » pourrait permettre de nouvelles applications dans le monde hospitalier. Pour les athlètes, on pourrait aussi, grâce à ces découvertes, diminuer les effets secondaires des produits dopants tout en informant l’athlète des risques qu’il encourt et donc en lui rendant son libre arbitre et en le rendant responsable de ses actes.

Qu’il s’agisse des chasseurs de dopés ou des béni-oui-oui naïfs croyant encore que le dopage n’est pas généralisé, l’hypocrisie qui règne actuellement dans le monde sportif nous mène clairement vers une impasse voire vers une cassure entre le monde sportif et le spectateur. Pour éviter cela, il faut impérativement que ce dernier sorte du schéma binaire dépassé, « ils sont tous pourris » ou « j’en ai assez d’être pris pour un c** » lorsqu’il perçoit le dopage comme marginal et qu’il détruit la vision saine du sport que fabrique le monde du sport.

L’être humain a toujours cherché à domestiquer la nature et à conquérir le monde pour l’adapter à son mode de fonctionnement, recherchant une amélioration constante de son mode de vie. De la création d’outils jusqu’à une assistance informatisée, l’Homme a repoussé ses limites tout en essayant d’améliorer sa capacité de production. La question soulevée est la suivante : en quoi l’athlète est-il différent du reste de l’Humanité et de quel droit pourrions-nous le priver de la recherche de la sublimation ?

Il s’ouvre aux sportifs un nouveau monde que nous nous devons d’accompagner pour rendre à ce performeur sa dignité humaine grâce à son libre arbitre. On doit lui permettre, comme à tout être humain, l’accès à une technologie qui est au service de l’Homme. Or dans l’état actuel des choses, cette technologie est appliquée au détriment de sa santé, lui faisant pâtir d’une situation qu’il ne maîtrise bien évidemment pas.

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