Le tennis féminin français de haut niveau est-il décédé ? (2nde partie)
En 2005, Mary Pierce et Amélie Mauresmo étaient en finale du Masters, l’ultime tournoi annuel qui voit donc s’affronter les meilleures des meilleures. Patrice Dominguez était absent et ne vit pas la victoire de Mauresmo. Mauresmo justement vainqueur deux fois en Grand Chelem l’année suivante, en Australie puis en Angleterre. Comment se permettre de se détourner d’une telle championne, numéro une mondiale et vainqueur de trois des cinq titres individuels les plus difficiles à glaner au monde !
Un long article de Géraldine Catalano publié dans L’Equipe Mag le 12 septembre dernier soulignait qu’en interne, plus que ses rapports conflictuels avec Mauresmo, c’était le manque d’implication dans sa mission d’orientation de la formation des joueurs de haut niveau et des cadres mais aussi des principes d’enseignement du tennis qui lui fut reproché. Le travail de DTN consiste avant tout dans la participation à d’innombrables réunions, beaucoup de voyages, énormément de communication… avec peu de temps pour soi.
Bref, si Dominguez (photo) a participé aux réunions et aux voyages, sa communication interne avec les joueuses (notamment avec Nathalie Dechy et Amélie Mauresmo) mais aussi avec les meilleurs entraîneurs français du tennis féminin (Loïc Courteau et Georges Goven) fut proprement désastreuse. Enfin, ses multiples participations médiatiques comme consultant, à la fois pour France Télévision et pour la radio RMC, lui valurent bien des critiques et sans doute pas mal de temps perdu…
Alors, problèmes structurels ou conjoncturels ?
Patrice Dominguez tint une place à part dans le tennis français. DTN à deux reprises entre 1994 et 1996 puis entre 2005 et 2009, il est coupable aux yeux d’une partie des grandes personnalités sportives de la Fédération de n’avoir pas su se saisir de l’image exceptionnelle dont jouissait Amélie Mauresmo depuis le début des années 2000 et tout spécialement en 2005 et 2006 pour promouvoir le tennis féminin. Stéphane Charret, coach de Mathilde Johansson, confiait même à G. Catalano : « on paie dix années de négligence ». Nouveau capitaine de l’équipe de France de Fed Cup, Nicolas Escudé ajoutait à sa suite : « Au niveau de la détection, de la formation des entraîneurs et de la préparation mentale, on a beaucoup de retard. » La préparation mentale qui fut justement l’un des gros points noirs du tennis français avec les sorties prématurées à répétition de Mauresmo à Roland Garros ou encore l’incapacité de Richard Gasquet à parvenir en finale d’un Grand Chelem quand son contemporain, Andy Murray, atteignait la finale de l’US Open et remportait ses premiers Masters 1000.
Mais si les infrastructures et la préparation sont sans doute insuffisantes, il y a également des raisons conjoncturelles qui expliquent cette chute vertigineuse du tennis féminin. On a pu par exemple constater l’écrasante présence, contre-productive, des pères des joueuses, notamment lorsque ceux-ci sont aussi le coach de leur fille comme pour Aravane Rezzai et Marion Bartoli. Le père de la première fut auteur de comportements ouvertement violents envers Georges Goven en 2007 lorsque celui-ci dirigeait l’équipe de France de Fed Cup. Le second s’est montré quant à lui systématiquement hostile à la participation de sa fille aux rencontres de Fed Cup parce qu’il n’acceptait pas que Marion soit, pour ces occasions, entraînée par quelqu’un d’autre.
Par ailleurs, la blessure au dos de Tatiana Golovin, considérée par beaucoup comme celle qui devait légitimement succéder à Mauresmo, tant au niveau du jeu que dans le rôle de leader, a certainement pesé également. Cette perte semble en outre définitive : elle ne devrait pas en effet pouvoir rejouer et semble d’ailleurs s’être déjà faite à sa nouvelle vie de mannequin et de people (photo). Enfin, les six défaites en autant de rencontres en Fed Cup pour Alizée Cornet, dont on attend qu’elle remplace Golovin, constituent également un frein au redémarrage du tennis tricolore féminin.
Malgré tout, les belles victoires d’Amélie Mauresmo et de Marion Bartoli ainsi que la bonne première partie de saison de Virginie Razzano témoignent d’un tennis féminin retrouvant ses forces. Le pire a sans doute été évité grâce à la victoire en barrages de Fed Cup. Mais on attend tellement mieux des joueuses françaises, qui ont beaucoup à prouver pour rééquilibrer le tennis français en leur faveur (trois joueurs sont dans le top 15 chez les messieurs).


le 20 janvier 2011 le 15 h 49 min
[...] voilà près d’un an et demi que Monsieur Dominguez est parti (n.d.l.r. il fut démis de ses fonctions en août 2009 par le Conseil fédéral de la Fédération française de tennis). Or les résultats ne se sont pas [...]
le 20 janvier 2011 le 15 h 59 min
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