Le sportif est bien un exemple !
Lire l’analyse du traitement médiatique de l’affaire Henry à l’étranger.
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Le sportif, exemple et parfois héros des XXe et XXIe siècles
Nous avions évoqué dans l’émission du 14 novembre la question de l’exemplarité du sportif. Comme vous l’avez entendu, cette notion de « modèle » faisait débat. A l’image de Vikash Dhorasoo lundi soir sur le plateau de Mots Croisés (France 2, à partir de 1h14 d’émission), certains d’entre nous défendaient l’idée que les sportifs ne sont pas des exemples ou qu’ils ne doivent pas l’être. Personnellement, j’ai la conviction profonde que le sportif est devenu un exemple par un processus long et complexe. Plusieurs étapes ont jalonné cette progressive montée en puissance de l’exemple. Tout d’abord l’explosion médiatique de la télévision depuis les années 1970 et encore plus depuis Internet et les années 2000. Notre société est alors devenue un « tout-image ». Ensuite, il est évident qu’une certaine identification s’est mise en place entre le public et certains joueurs (Platini, Cruyff, etc.) de par cette émergence du tout-image. Nous connaissons parfaitement les visages et quelques fois même, les silhouettes des joueurs. Et c’est la dernière étape qui est sans doute la plus remarquable, celle de la récupération par le politique de ces modèles.
Sans vouloir l’accabler, les prises de parole de Madame le Secrétaire d’Etat aux Sports, Rama Yade, qui participait au débat de l’émission sur France 2, étaient de manière paroxystique représentatives de cette position de l’Etat français vis-à-vis du sport. Défendant la préservation du « modèle » que doit représenter l’athlète de haut niveau, elle a rappelé que dans un sport qui n’échappait pas aux problèmes de notre société (argent « fou », violences, dopage), il fallait tout de même raison garder et continuer de promouvoir les valeurs du sport telles que l’esprit d’équipe, la solidarité, l’émulation par la compétition, le respect de l’autre, etc.
Zidane, héros malgré le coup de tête de 2006
C’est dans cette négation-même d’un sport tout-spectacle que la France du sport trouve sa plus belle contradiction. Car le héros, une fois pleinement consacré, ne peut qu’être difficilement renversé, même s’il commet l’irréparable. Le cas de Zinedine Zidane en est le symbole le plus criant.
Emblème d’une France réconciliée avec ses citoyens issus des anciennes colonies, Zidane incarnait, par son génie du jeu, la réussite du modèle d’intégration à la Française. Sanctifié par une Coupe du Monde gagnée en 1998 où il marque deux buts en finale, le meneur des Bleus d’origine algérienne avait tout bonnement pris le pouvoir d’une France « Black, Blanc, Beurre ». Facteur positif augmentant son aura de joueur intouchable, il n’a jamais défendu Domenech. On le sait aujourd’hui, leur relation fut même assez orageuse.
Et lorsqu’Eugène Sakomano, également là dans l’émission d’Yves Calvi, s’est révolté de l’absolution présidentielle effectuée par Jacques Chirac au lendemain du coup de tête de Saint Zidane en finale de la Coupe du Monde 2006, on a gentiment éludé la question. L’hagiographie, une fois écrite, ne peut plus être remise en question et comme disait Sylvain dans notre dernière émission, « on pardonne tout à Zidane et on lui pardonnera toujours », quoiqu’il fasse.
Henry, non car il n’a pas le niveau de jeu, critère indispensable à l’émergence d’une aura de héros. L’étoffe ne se construit pas, elle est innée tout comme le don de l’athlète. Pour qu’un héros émerge, il faut une conjonction de tous ces éléments : niveau de jeu, personnalité charismatique, récupération politique appropriée et prises de position qui vont dans le sens de la voix populaire. Et pourtant, un coup de tête fait perdre la Coupe du Monde tandis qu’une main nous y envoie…

