La Tribune du Sport


L’équipe de France a manqué d’intelligence dans l’animation offensive

Publié dans Foot' International par Roland Richard le 10 mars 2010

Source : 20minutes.fr

L’analyse du secteur défensif de l’équipe de France.

« On n’a jamais pu aligner la même charnière centrale et celle d’aujourd’hui était inexpérimentée. Or on sait bien que tout part de derrière. » (J.-P. Escalettes, président de la Fédération Française de Football, après la défaite face à l’Espagne le 3 mars 2010)


Un milieu craintif à l’idée de se projeter vers l’avant

L’avis de Monsieur Escalettes est à mon sens éclairant. Après un certain France-Féroé en août dernier, j’avais déjà défendu cette idée selon laquelle l’ensemble du football contemporain dépendait d’une seule chose, basique : la récupération. Un peu comme si cette notion était désormais devenu le fondement du jeu.

La France a manqué d’intelligence tactique et d’adaptabilité au jeu espagnol

Or l’Espagne a appliqué une tactique remarquable à la récupération, répartie en deux temps. Composant un second rideau avec les quatre défenseurs de métier disposé systématiquement à 25-30 mètres du but de Casillas et un premier rideau que je qualifierais de « mouvant » avec trois joueurs (Xabi Alonso-Busquets-Fabregas) se déplaçant en triangle sur toute la largeur du terrain. Cette tactique a contraint les joueurs de l’équipe de France à s’isoler les uns des autres et à refuser de passer par l’axe du terrain (Gourcuff).

Quatre alternatives s’offraient alors aux Bleus, mais aucune des quatre n’a été utilisée, du moins en première période. La première consistait à tenter des transversales d’un côté à l’autre du terrain. Mais Vicente Del Bosque, l’entraîneur de l’Espagne, savait que Raymond Domenech n’aime pas le jeu aérien et préfère quand les Bleus jouent au sol (cf. déclarations après les deux derniers matchs contre l’Irlande). Les transversales qui auraient pu casser l’impact du premier rideau « mouvant » n’ont jamais été utilisées de toute la partie.

La seconde tenait au fait d’effectuer des permutations entre les attaquants pour éviter que les défenseurs ibériques ne s’habituent à défendre d’une certaine manière. Pour l’exemple, il est évident qu’un Henry en manque de condition physique et cantonné à gauche a été progressivement avalé par un Sergio Ramos plus jeune et en grande forme (cf. photo ci-dessus). De la même manière pour Arbeloa et Iniesta côté gauche face à Ribéry. Inutile de parler à nouveau d’Anelka face à Puyol-Piqué tant ce fut un massacre. Le manque de mouvements sur le terrain a donc été préjudiciable en premier lieu pour ceux ne changeant pas leur zone d’activité.

Par ailleurs, et c’était la troisième possibilité de salut, les attaquants français auraient pu se regrouper dans l’axe (solution Luis Fernandez) et agir ainsi à la manière d’un carré axial autour d’un Gourcuff qui aurait animé le jeu de l’équipe de France et d’un Ribéry comme dynamiteur, les deux joueurs au service d’un duo d’attaquants, Henry-Anelka. Ce fut fait en seconde période.

Enfin, l’ultime possibilité était de s’appuyer sur les deux milieux récupérateurs. Or cette partie du milieu de terrain n’est jamais montée, notamment en première mi-temps. Pourquoi ? Parce que la charnière était tellement peu rassurante que les deux défensifs ont été contraints de rester constamment en retrait pour prévenir une éventuelle défaillance derrière. Là encore, c’était une crainte que je formulais dans mon analyse de la liste avant le match. Les deux récupérateurs n’allaient jamais pouvoir se projeter vers l’avant pour s’associer à l’attaque, contrairement à ce qui s’était produit, excepté le match retour contre l’Irlande, lors des trois-quatre derniers matchs de l’équipe de France.

Pire que cela. Il ne faut pas imaginer que c’était à Lassana Diarra et Jérémy Toulalan de monter seuls. C’était à l’ensemble du bloc-équipe de progresser de manière constante, en défense comme en attaque. Et si en défense ce fut fait, en attaque, de toute la rencontre, ce ne fut jamais le cas. Ciani fut d’emblée trop impressionné pour avancer au-delà de ses vingt mètres et Escudé douché par ses premières interventions et par sa responsabilité sur le premier but. En revanche, Sagna durant tout le match et Evra, en seconde période, ont tenté d’apporter quelque chose à cette équipe de France, en dédoublant le marquage des latéraux espagnols. Mais côté gauche, Henry était en trop grande méforme, à droite Ribéry était trop individualiste. N’assistant jamais à cette montée offensive collective de l’équipe, on ne pouvait pas espérer voir la France revenir.

A la mi-temps, l’Espagne avait fait son match et sortait trois éléments de sa colonne vertébrale (Puyol, Fabregas et Villa) pour faire tourner son effectif. Elle avait gagné symboliquement et dans les faits. La deuxième mi-temps n’avait pratiquement plus d’intérêt puisqu’on put clairement constater que les Espagnols se contentèrent de jouer en contres, ce qu’ils ne feront évidemment pas si nous les affrontons à nouveau, à la Coupe du Monde, en juin prochain.

Quelques questions et quelques réponses sur les Bleus.

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