Lyon sort de sa cage
Une mi temps, deux lettres et un numéro
Le début du match voit débuter une équipe du Real conforme à sa communication, à savoir suffisante avec quelques erreurs défensives, des gestes techniques d’école, un train de sénateur et des balles perdues. Une équipe du Real déjà fragile mais en face, il y a une formation lyonnaise molle qui joue un 0-0 de Ligue 1 sans pressing, sans mordant et très basse sur le terrain.
Au milieu de ce jardin tranquille jaillit un homme venu d’une autre planète.
Une accélération en tout début de match où il traverse toute la largeur du terrain, puis une trajectoire d’étoile filante sur une passe de Guti, suivie d’une frappe qui transperce Lloris : vous connaissez son nom, vous connaissez son numéro, CR9, Cristiano Ronaldo. En un éclair, il dépose Cris et marque ce but qui rassure d’entrée le Real Madrid à la 6ème minute. La vista de Guti a figé un Olympique Lyonnais décidément timide.
Sur l’ensemble de la première mi-temps, CR9, tel une porsche Carrera sur une route nationale survole le tapis vert à chaque prise de balle, s’illustrant tant individuellement que collectivement avec des passes à une touche de balle lumineuses. D’ailleurs, le Real semble prendre le pli de son catalyseur et fait tourner le ballon face à des Lyonnais qui ont pourtant des occasions de contre mais ne les exploitent pas.
Le problème des Gones réside dans leur insistance à vouloir chercher la profondeur, notamment vers Lisandro et Govou, souvent hors-jeu. L’aisance des Madrilènes fait d’ailleurs perdre son sang froid à Cris qui frôle le carton rouge sur un tacle assassin envers Kaka.
Un poteau pour le maudit
Même si les Madrilènes ont dominé cette première période, ils repartent au vestiaire avec l’amer sentiment du travail mal fait. En effet, à la 25ème minute, alors que Bernabeu flamboie et attend ce deuxième but salutaire, Gonzalo Higuain, celui qui fuit tous les grands matches du Real depuis qu’il en porte le maillot (un unique but en C1 depuis le début de la saison) se présente seul face à Lloris, le dribble et place un plat du pied…sur le poteau gauche du gardien des Bleus. Deux minutes plus tard, sur une belle action combinée Cristiano – Kaka, le même Higuain place un bon ballon sorti par un Lloris impérial.
Cette action est par ailleurs l’un des seuls faits d’armes de Kaka dans cette première mi-temps ou il se montre sous un jour assez sombre. En vérité, seuls CR9, Guti et Sergio Ramos méritent mention tant les Madrilènes dominent cette première période sans forcer mais sans impressionner non plus. Le Real ne mène surtout que d’un but et laisse aux Lyonnais la chance de revenir, et l’espoir de se qualifier car pour eux, un but suffit.
Puel lâche le Lyon
Au retour des joueurs, l’entraîneur Lyonnais crée la surprise en sortant Makoun (absent) et Boumsong (blessé) pour faire rentrer Gonalons et Kallstrom. Ce vent de fraîcheur arrive a point nommé alors qu’en ce
début de deuxième mi-temps, les Galactiques ne semblent plus graviter du tout. Toulalan est passé dans l’axe de la défense, rôle qui lui va bien mieux, et laisse un Gonalons plus vif et percutant semer la zizanie dans le cœur blanc de Bernabeu.
C’est d’ailleurs ce jeune gone fougueux qui offre la première grosse occasion du match à son équipe mais sa tête passe au-dessus dans le flottement d’une défense amorphe. Quelques minutes plus tard, l’autre entrant, Kallstrom, perfore côté gauche et sert Govou qui dévisse une frappe du gauche devant le but ouvert. Ensuite, Lisandro prend son tour avec une magnifique frappe de loin qui oblige Casillas a un double direct.
Le ton de cette seconde mi-temps est donnée : le Real souffre et les « lyons » rugissent.
Manuel sait faire un bon café…
Pendant ce temps là, côté Madrid, à part Cristiano Ronaldo resté sur sa planète pour jouer au football, tous les Madrilènes semblent apeurés, perdus dans cette fosse aux lions. Dans le désordre : Lassana Diarra peine à conduire le ballon, Higuain joue les Belphégor tandis que Guti s’épuise lentement, la palme revenant à Kaka qui, tel Cendrillon a minuit, a soudain vu son ballon d’or se changer en plomb.
Devant ce curieux spectacle qui laisse logiquement préfigurer un but lyonnais, un homme regarde le péplum sans bouger : il s’appelle Manuel Pellegrini. Guti revient de blessure, Kaka semble groggy et Higuain errant, ce qui laisse notre cafetier du soir pantois. Tout juste a t-il l’idée d’envoyer Raul haranguer la foule entre deux foulées, histoire de voir si le mythe n’a pas perdu de sa superbe. On oublierait presque qu’à l’heure de jeu, V2V (traduisez Van Der Vaart) est rentré à la place de Granero.
La griffe bosniaque
Lyon déroule donc, fait tourner le ballon devant un Real qui s’appuie inlassablement sur CR9, le seul vrai Galactique présent sur le terrain. Comme quoi, davantage que le talent, c’est le collectif qui a changé de côté dans cette seconde mi-temps. Les Gones sont plus insaisissables au milieu de terrain avec cette doublette Gonalons – Kallstrom agrémentée d’un Pjanic qui fait vibrer les supporters à chaque coup franc. Sur les ailes, Govou et Delgado travaillent énormément, tant défensivement que de l’avant et prennent le pas sur Sergio Ramos et Arbeloa. Lisandro, bien qu’esseulé, comprend qu’au lieu de la profondeur, il faut servir de levier.
Et à la 75ème minute, sur un travail en fixation de l’Argentin, le jeune Bosniaque Pjanic scelle le destin des Galactiques par un enchaînement contrôle puis frappe qui mystifie Casillas.
Armageddon pour le Real, gloire à Lyon
A la vue de ce but tant attendu, Pellegrini fait entrer Raul à la place de Kaka dans un match ou un homme brille par son absence : Karim Benzema. La fin du match est pitoyable pour un Real qui ne parvient même pas à inscrire un second but, et tient son match nul par miracle tant Lisandro nous gratifie d’une blague en fin de match sur un face à face avec Casillas, mettant le ballon dix mètres à côté.
Pour les Galactiques, c’est la fin d’un rêve : une équipe de grands joueurs, un budget faramineux et un échec en huitièmes de finale de la Ligue des Champions (le sixième d’affilée). Le Real s’incline et avec lui le football champagne, paillettes et gros sous qui semble également poindre son nez du côté de Manchester City.
De leur côté, les hommes de Claude Puel passent enfin cette cage des huitièmes de finale qui les emprisonnaient depuis trois ans et évincent l’un des candidats au titre, qui reste, lui, maudit.
Que retenir de ce match si ce n’est la force collective des Lyonnais, leur combativité tant mentale que physique, leur opportunisme et l’intelligence tactique d’un coach.
Est-ce que ce sera suffisant face à Chelsea ou contre Barcelone ? Tout comme Monaco en 2004, l’avenir sourit à Lyon qui pourrait retrouver sur sa route Manchester, vainqueur 4-0 du Milan AC, le Bayern de Ribéry, Arsenal et sa légion française…ou peut-être Bordeaux pour un duel de L1 que personne ne souhaite mais qui serait inédit dans l’histoire de la Champion’s League.

le 3 septembre 2011 le 11 h 33 min
[...] son compère Vangjeli. On est très loin du Réveillère qui agaçait Cristiano Ronaldo à Madrid en huitième de finale retour de Ligue des Champions il y a un an et [...]