Bilan du Paris-Nice 2010
Une suprématie espagnole
Il était le grand favori et comme annoncé, il a creusé l’écart dans la « Montée Jalabert » à Mende, avant de gérer son avance jusqu’à Nice. Alberto Contador a fait le travail, prouvant qu’il est probablement le cycliste le plus solide actuellement. Le podium 100% espagnol est un événement rare dans l’histoire de Paris Nice puisque seule la France avait réussi la performance d’aligner trois coureurs de la même nation aux trois premières places du général, en 1953 et 1955. Ce triplé traduit une domination ibérique sur le cyclisme mondial.
En revanche, l’attitude des coureurs de la Caisse d’Epargne, où l’on retrouve Alejandro Valverde et Luis Léon Sanchez, pose question. En effet, ils n’ont jamais vraiment essayé de déstabiliser le vainqueur du dernier Tour de France, pourtant esseulé dès que la route grimpait. Pire, les trois Espagnols ont semblé se coaliser et se répartir les récompenses. Alejandro Valverde a-il levé le pied afin de remercier Alberto Contador de l’avoir aidé à remporter le Dauphiné Libéré 2009 ? Luis Léon Sanchez a-il négocié avec Alberto Contador son assistance dans le Tour de Catalogne qui aura lieu fin mars ?
La naissance d’un prodige
Peter Sagan a 20 ans et entame en fanfare sa première année professionnelle. En à peine deux mois et deux épreuves du circuit mondial, il s’est révélé très talentueux. Lors du Tour Down Under en janvier dernier, sur la côte de Willunga, il avait été le seul capable de suivre Cadel Evans et Alejandro Valverde. Lors de cette Course au Soleil, il a été encore plus fort en remportant deux étapes et en échouant de peu deux autres fois où il finit second et troisième. Il s’écroulera à la dernière étape en perdant plus de deux minutes, rétrogradant de la 8ème à la 17ème place du général.
Très rares sont les néo-pro capables de réussir une si belle entrée dans le peloton. Les très précoces Damiano Cunego et Alejandro Valverde ont attendu respectivement trois et deux saisons avant de triompher sur une course aussi prestigieuse. Il est difficile de savoir si ce jeune coureur tchèque parviendra à confirmer les espoirs placés en lui mais la grande surprise de ce début d’année, c’est lui, incontestablement.
Un renouveau français ?
Les français se sont montrés trop justes face à l’armada espagnole et ne sont pas parvenus à monter sur le podium, ni à atteindre le top 5. Ce constat d’absence de leaders capables de s’imposer sur la Promenade des Anglais, comme pouvait le faire Laurent Jalabert ou Bernard Hinault, ne doit pourtant pas cacher la nouvelle densité du cyclisme français. Le principal changement tient au fait qu’à la création du ProTour, les Français devaient attendre les étapes de transitions pour briller. Dans le prolongement de l’édition 2009 qui avait vu trois Français entrer dans le top 10 (Sylvain Chavanel, Jonathan Hivert et Christophe Le Mével), Paris-Nice ne paraît plus être une course inaccessible.
Tout d’abord parce que Jérôme Copel et Jean Christophe Perraud ont été assez réguliers pour entrer dans le top 10. Ensuite parce que les places d’honneurs et bouquets se sont enchaînés pour les tricolores : une troisième place pour Jérémie Galland à Contres, la victoire d’étape pour William Bonnet à Limoges, les 5ème et 8ème places de Jérome Le Mével et Thomas Voeckler lors de la difficile montée de Mende et la victoire d’Amael Moinard à Nice. A noter aussi l’honnête prestation de Romain Sicard, champion du monde espoir 2009, qui ne fut jamais très loin des meilleurs dans les grosses ascensions et qui a bien épaulé son leader, Samuel Sanchez.
Il convient de s’interroger sur la discrétion de Sylvain Chavanel qui habituellement est plus tranchant : il s’est probablement réservé pour la saison pavée qui commence et où il peut légitimement nourrir de grandes ambitions.


