Marseille vend la peau du Lyon
Lettre à France
Lyon fait un match nul dans la douleur à Bernabeu la semaine dernière, Marseille a perdu contre Benfica à domicile jeudi, et ce sont ces deux Olympiques physiquement affaiblis par leur rythme saisonnier qui se présentent sur la pelouse du vélodrome.
Côté lyonnais, à part Gonalons et Kallstrom qui ont joué une mi-temps du glorieux huitième, Claude Puel a reconduit intégralement tous les joueurs présents à Madrid.
De son banc, Didier Deschamps, contraint à un turnover forcé en l’absence de Cheyrou, leur maître à jouer, mais aussi d’Abriel et de Koné, joue la carte fraîcheur : Kaboré, Ben Arfa et Valbuena sont comme neufs sur la pelouse.
L’enjeu de ce match est comme toujours crucial à ce stade de la saison : celui qui perd oublie le championnat. Cette fois, les Lyonnais sont davantage exposés par leur qualification en quarts de finale de C1 et une défaite réduirait résolument leur intérêt pour le championnat. Marseille, en revanche, n’a plus que cette carte à jouer mise à part la finale de la Coupe de la Ligue samedi prochain et doit se relancer.
Une mi-temps du dimanche
Malgré cette perspective, la première mi-temps montre deux équipes moribondes, dépourvues de lucidité tant offensive que défensive et incapables de construire.
Les Marseillais n’ont cessé de pilonner individuellement par Niang et Ben Arfa, Valbuena ne faisant que virevolter et tomber, nous agrémentant au passage de quelques coups-francs et corners, comme à son habitude, tirés sur le premier Lyonnais venu.
Les Gones font davantage preuve d’organisation collective en début de match et en récoltent d’ailleurs les fruits par Delgado, à la 12ème minute. Mais sa frappe vient taper l’équerre de Mandanda. Cependant, le jeu Lyonnais se désunit très vite et la défense menée par un Toulalan (cf. photo ci-dessus) plus insipide que jamais commence à accumuler les erreurs, rendant les ballons aux Marseillais qui ne savent pas quoi en faire.
Il faut dire que cette doublette Kaboré – Cissé semble sur la défensive et n’appuie pas les efforts de Lucho tandis que Ben Arfa, Valbuena et Niang attendent les ballons, chacun dans leurs coins.
Dans l’ensemble, cette chaotique première mi-temps laisse figurer un 0-0 peu glorieux dans un match où le contrecoup européen ternit l’enjeu national. Les Phocéens semblent prendre l’ascendant mais manquent de réalisme alors que les Gones s’essoufflent.
Et c’est le "qui perd gagne"
Le début de la seconde période voit renaître une équipe de Marseille plus compacte, plus collective, plus appliquée qui surprend un Olympique Lyonnais resté à l’arrêt de bus. Le coup de grâce moral est certainement cette frappe de Pjanic au retour des vestiaires qui ravira une fois de plus le Challenge Téléfoot en venant mourir sur la barre.
La chance est, pour une fois dans l’histoire de ce match des Olympiques, coté phocéen. La fraîcheur d’un homme comme Kaboré, pourtant peu habitué à briller sous le maillot bleu ciel, commence à se faire sentir. A la 50ème minute, il tente une première frappe hors de la surface qui passe à côté. Quelques minutes plus tard, c’est Niang qui profite d’une défaillance défensive de l’OL mais sa frappe enroulée passe à côté.
Marseille a définitivement pris l’ascendant mais manque d’impact physique et DD sent à ce moment le coaching juste : remplacer le petit vélo en roue libre par un bulldozer, ce qui donne Brandao à la place de Valbuena. Cissé et Kaboré montent d’un cran et pressent plus haut, les ailiers reviennent récupérer les ballons et repiquent dans l’axe. En somme, Lyon subit ce qui a fait sa force contre le Real : une envie de gagner supérieure à l’adversaire.
A vingt minutes de la fin, Kaboré efface Kallstrom et tire avant que la tenaille ne se referme. Son missile est dévié par Cris, lobe Lloris et termine sa course au milieu des filets. Ce but vient concrétiser la domination marseillaise et fait renaître un joueur tombé dans l’oubli de cet effectif pléthorique (cf. photo à gauche).
Ce but arrive a un très mauvais moment mais personne n’oublie la rage qui habite le Lyon blessé et celui des fins de match. Dix minutes plus tard, sur un coup franc de Kallstrom, Gomis profite d’une erreur de Diawara pour égaliser d’une tête placée.
Marseille devrait douter mais il n’en a pas le temps. Sur l’engagement, les Marseillais fomentent un coup dont l’exécuteur sera Taye Taiwo. Le canonnier est servi sur son aile gauche et profite d’une erreur de son vis-à-vis pour revenir dans l’axe et mystifier Lloris sur un tir du gauche côté opposé, poteau rentrant.
Décidément, ce dénouement a des accents de l’ère Lyonnaise, du temps ou les Gones savaient renverser un match et profiter du destin. Il semble que cette fois, les Olympiens ont su gagner le match qu’il fallait avec panache, envie mais aussi un peu de chance. La tête du jeune Belfodil passant au ras du poteau de Mandanda en fin de match ne permet pas à Lyon de revenir.
On fait le bilan…
Les Marseillais comptent un match en retard sur Montpellier et Auxerre et trois points de retard sur Bordeaux, eux aussi en quarts de finale de cette C1 aux allures de L1. Dans ce combat entre Lyon et Bordeaux en Ligue des Champions, un troisième larron pourrait aussi prendre un titre de champion mais en ligue 1 : il se nomme l’OM.
Ce match souligne peut-être une fois de plus la densité physique et l’effectif qu’il faut pour tenir une double épopée C1 – L1 et explique l’émergence d’équipes exclusivement centrées sur le championnat comme Auxerre ou Montpellier. Est-ce que, à force de vouloir être un grand d’Europe, Lyon ne va pas finir par tout perdre ?


