La Tribune du Sport


Lyon-Bordeaux, un sommet européen franco-français ?

Publié dans Ligue des Champions par Roland Richard le 30 mars 2010

Source : Lepost.fr

Un match spectaculaire ?

Les matchs spectaculaires sont rarement ceux dont il est intéressant d’effectuer l’analyse tactique. En effet, ces rencontres sont souvent le fruit de schémas dessinés bien à l’avance. Trois matchs-types se dégagent ainsi. Soit une domination totale de l’une des formations sur l’autre, les matchs du FC Barcelone contre le VfB Stuttgart en sont la plus pure illustration ; soit les deux équipes produisent un match exceptionnel le même jour, pendant les mêmes quatre-vingt-dix minutes et ce fut le cas par exemple du Chelsea-Liverpool l’an passé en quarts de finale de la C1 (ndlr : le 14 avril 2009, les deux clubs avaient fait match nul 4-4) ; soit ultime possibilité, et c’est celle qui nous intéresse aujourd’hui, les défaillances des deux équipes à des secteurs-clefs ouvrent le jeu de facto.

Ne nous y trompons pas, si Jean-Alain Boumsong avait été présent en défense centrale côté lyonnais en lieu et place de Mathieu Bodmer et si Bordeaux n’avait pas subi la suspension d’Alou Diarra (remplacé par Plasil) et la blessure persistante de Marc Planus (remplacé par Sané), nous aurions sans doute eu droit au match de Ligue 1 que toute la France du football redoutait.

Vous trouverez certainement, chers lecteurs, que je finis par être lassant d’insister en permanence sur l’importance décisive du trio (ou carré dans le cadre d’un 4-2-3-1) que constituent les deux défenseurs centraux et le (ou les) milieu(x) défensif(s) pour la stabilité d’une équipe. Mais j’y reviendrai souvent.

Dans le football moderne, la récupération demeure la base de tout succès. Si l’on considère cette donnée et que l’on vérifie ce qu’il en est pour ce quart de finale européen, on trouve certains éléments d’explication intéressants au match « libéré » auquel on a assisté mardi.

Des absences problématiques dans le trio défensif des deux côtés

Source :tv-g-chaines.fr

Dix bonnes premières minutes. En l’absence d’Alou Diarra, capitaine, milieu défensif et tour de garde, les Girondins n’ont pas serré leur récupération pendant plus de temps que cela. L’international français avait été remplacé par le frêle meneur de jeu tchèque, Miroslav Plasil, et ce dernier n’a pas pesé du match dans un secteur pour lequel il n’a aucune prédisposition. Le second milieu récupérateur dans le schéma en 4-2-3-1 bordelais n’a pas fait beaucoup mieux tant on a senti qu’en l’absence de son coéquipier habituel, il était sans repères et sans automatismes. Accumulant les fautes, il fut même l’auteur de celle qui permit à Lyon d’ouvrir le score en deux temps par Lisandro Lopez (10e, 1-0).

Par ailleurs, la paire de centraux girondins a clairement souffert psychologiquement. En premier lieu Ciani, qui ne s’est pour l’instant pas remis de sa première sélection en équipe de France contre l’Espagne (ndlr : défaite 2-0 le 3 mars dernier en amical) et qui, depuis, n’est pas parvenu à sortir une copie digne des espoirs placés en lui. Espoirs sans doute écrasants, d’autant plus lorsque celui-ci remplace le taulier Planus dans l’axe gauche de la défense et devient donc, en raison de son « expérience », le patron du secteur. Sané est également passé à côté de son sujet mais ceci est bien plus excusable en raison du peu de matchs qu’il a dans les pattes à ce niveau.

La récupération girondine était donc amputée de moitié, qui plus est de sa moitié expérimentée (Diarra-Planus).

Chez les Gones de Claude Puel, il manquait celui dont on n’en finit plus de souligner le retour en grâce en cette année 2010, Jean-Alain Boumsong. Le trentenaire a brillé par son absence et même si Bodmer a plutôt livré une bonne prestation alors qu’il a davantage enchaîné les blessures que les matchs cette saison, c’est Cris qui semble en avoir fait les frais. Par moments désorienté, le Brésilien s’est contenté du minimum syndical alors qu’il est incontestablement le meilleur défenseur du championnat de France à l’heure actuelle.

En revanche, le milieu récupérateur lyonnais, Jérémy Toulalan, a été appliqué et rigoureux (cf. photo ci-dessus). Comme à l’accoutumée, l’international français a été sans génie mais efficace et inusable. Indispensable à la machine lyonnaise tant son placement défensif est toujours exceptionnel, il a une nouvelle fois abattu le travail de l’ombre : gêner considérablement la transmission de balles entre Gourcuff et les quatre autres milieux de terrain ; apporter un soutien décisif plusieurs fois à sa charnière centrale ; et finalement prendre le dessus sur le meneur de jeu bordelais en fin de rencontre.

Au jeu de la récupération, Lyon avait donc un avantage certain.

Lyon a une équipe européenne

Source : Lequipe.fr

Mais il y avait également un autre facteur décisif à l’évacuation d’un 0-0 nauséabond, ou d’un 1-1 médiocre, désormais classiques en Ligue 1 : la classe d’un joueur, Lisandro Lopez (cf. première photo en haut). Comme l’ont avoué Claude Puel (entraîneur de Lyon) et Anthony Réveillère (latéral droit), leur « philosophie au départ, c’était d’abord de ne pas prendre de but, et la stratégie a volé en éclats » (source L’Equipe, mercredi 31 mars 2010, p. 2). Ouf !

Tout a en effet été balayé d’un revers de pied, celui de l’attaquant argentin des Gones. On dit souvent que l’on reconnaît un grand joueur lors des grands matchs. Ce fut indiscutablement le cas hier. Si « Licha » comme l’appellent ses coéquipiers avait tout vendangé lors du match à Madrid, il s’est bien rattrapé, en grand compétiteur qu’il est, à Lyon mardi soir.

Ses appels incessants, son énergie et son courage dans la frustration ont payé. Dès la dixième minute, il était bien placé et marquait un but qu’aucun autre attaquant de Ligue 1 n’aurait marqué. Un « réflexe » de buteur. On n’avait plus vu ça depuis deux ans et Karim Benzema. Bordeaux ne pouvait évidemment pas rester mené au score et a donc poussé et égalisé dans la foulée par Chamakh, dans un style différent, dan son style à lui. Aérien, intouchable, l’international marocain volait littéralement au-dessus de la défense lyonnaise pour inscrire un but magnifique après un travail de Gourcuff côté droit qui ne l’était pas moins (14e, 1-1).

A partir de ce moment-là, le match était lancé. Le match nul en ayant encaissé un but était le pire des scénarios pour Lyon. Il fallait donc mordre le champion de France, de tous côtés. Ce qui n’était pas bien dur tant la récupération fragile des Bordelais a contraint ceux-ci à jouer dans l’axe et bas. Passant par des côtés brillamment occupés par Michel Bastos (ailier gauche) et César Delgado (ailier droit), Lyon a pu compter sur ses deux perles sud-américaines pour donner le tournis respectivement à Mathieu Chalmé (latéral droit bordelais) et Benoît Trémoulinas (latéral gauche).

Les nombreuses permutations des attaquants lyonnais ont ainsi révélé les lacunes défensives des Girondins. A l’origine du second but, le déplacement de Pjanic sur l’aile gauche fut décisif. Centrant pour Bastos, basculé dans l’axe, le meneur de jeu bosniaque a ainsi délivré une passe décisive dans une position inattendue (32e, 2-1).

L’élan lyonnais a aussi démontré qu’il ne s’agissait pas seulement d’une victoire construite en quatre-vingt-dix minutes mais d’un succès établi grâce à une énorme expérience acquise sur des années (ndlr : Lyon s’est qualifié cette année pour la dixième année consécutive en Ligue des Champions). Le résultat a souligné en creux le manque d’expérience de Bordeaux à ce niveau et à ce stade de la saison. En effet, les bonnes équipes peuvent franchir un véritable pallier avec l’arrivée du printemps. On peut s’en rendre compte avec les exemples de l’Inter de Milan ou du Bayern Munich. Le club bavarois, moribond pendant l’hiver, est pourtant sorti vainqueur de l’opposition contre Manchester United mardi soir (2-1). De la même manière, Lyon semble avoir effectué sa mue continentale.

L’appétit européen a ressurgi. Entrevu face à Liverpool en groupes, éclatant lors de la double confrontation contre le Real Madrid en huitièmes de finale, Lyon est redevenu ce grand d’Europe en passe de vaincre cette fois-ci la malédiction qui l’a éternellement empêcher de confirmer au plus haut niveau. Ce Lyon-là peut aller très loin tant il dégage d’énergie collective, tant son bloc-équipe peut suivre la cadence en termes d’énergie et tant il est illuminé de potentiels individuels.

Car mardi soir, le gardien de l’équipe de France Hugo Lloris a encore prouvé qu’il avait sa place dans le cercle très fermé des meilleurs gardiens du monde. Repoussant deux tirs bordelais normalement imparables, une talonnade de Gouffran (25e) et surtout une reprise ahurissante de Chamakh (61e), le portier des Gones a aussi la réussite des tous meilleurs puisque, battu, il a vu la volée de mulet de Wendel échouer sur la transversale (70e).

Au-delà des deux individualités de classe mondiale que l’OL compte dans ses rangs, Lloris et Lisandro, on peut aussi constater que le club rhodanien dispose de tauliers réguliers et solides mentalement (Cris, Boumsong, Toulalan, Kallström, Govou) ainsi que de joueurs décisifs (Cissokho, Delgado, Pjanic, Lisandro). Enfin, même si le banc n’est pas tout à fait à la hauteur des titulaires, on notera tout de même que les joueurs qui y sont présents sont loin d’être des guignols : Gomis, Gonalons, Kallström, etc.

A l’inverse, du côté bordelais, les absences dont on a parlées plus haut, celles d’A. Diarra et de Planus, ont bien du mal à être compensées. Et c’est finalement la profondeur de banc de l’OL qui pourrait bien être déterminante dans cette opposition européenne.

Un mot sur l’arbitrage

Source : Lephoceen.fr

Comme souvent depuis quelques années, quelques rares décisions litigieuses de l’arbitre ont complètement noyé l’excellente prestation du quatuor arbitral. M. Brych (cf. photo ci-contre) a en effet dirigé le match avec beaucoup de sérénité. Deux actions posent cependant question.

La première, c’est bien évidemment celle du pénalty sifflé à l’encontre des hommes de Laurent Blanc. L’entraîneur des Girondins n’a pas souhaité commenter l’action, bien lui en a pris car la faute était bien réelle. Mathieu Chalmé n’a probablement pas commis de faute intentionnelle mais, dans sa précipitation à tacler pour détourner le tir d’Aly Cissokho, il n’a pas effectué un geste technique propre. Ses bras ne sont pas restés près du corps et il s’est rendu coupable d’une obstruction de la main caractérisée (77e). Il y avait donc bien main et le pénalty, transformé par Lisandro, était tout à fait justifié, 3-1.

La seconde est en revanche beaucoup plus difficile à juger. En effet, il y a un léger contact entre Lisandro Lopez et le même Chalmé (80e). Mais c’est effectivement le Bordelais qui se fait tomber seul. Maladresse ou simulation, la chute était tellement réaliste qu’elle a abusé l’arbitre. Malheureusement, cette unique erreur du match a entraîné une sanction problématique. Le carton jaune reçu par Lisandro l’empêchant de disputer le match retour. Cependant, il est difficile d’oublier que c’était le second jaune pour l’Argentin et que ce genre d’erreurs s’équilibre sur l’ensemble de la saison. Qui plus est, si Lyon passe, il disposera en demi-finales d’un Lisandro vierge.

Enfin, comment ne pas être satisfait d’un arbitrage à une seule erreur sur quatre-vingt-dix minutes de quart-de-finale de Ligue des Champions ?

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