La Tribune du Sport


En 2010, les tennismen français ne brillent que par instants…

Publié dans ATP Tour par Roland Richard le 20 avril 2010


Où en est Jo-Wilfried Tsonga ?

Source : Sport365.fr

Depuis sa demi-finale perdue contre Roger Federer à l’Open d’Australie (2-6 ; 3-6 ; 2-6), le leader du tennis français, Jo-Wilfried Tsonga, a enchaîné les bons résultats mais sans jamais parvenir à illuminer de sa classe un tournoi.

Demi-finaliste à Marseille mi-février où il fut défait par Julien Benneteau (36ème mondial) dans un match accroché ; puis battu nettement au 3ème tour du Masters 1 000 d’Indian Wells mi-mars par un concurrent direct du top 10, Robin Söderling (7ème) ; séché dix jours plus tard en quarts de finale au Masters 1 000 de Miami par Rafael Nadal (3ème), on ne peut pas dire que la saison de Jo soit celle qu’il attendait. Par ailleurs, son élimination prématurée contre Juan-Carlos Ferrero au 3ème tour du Masters 1 000 de Monte-Carlo la semaine passée (photo) n’a rien de rassurant (1-6 ; 6-3 ; 5-7).

Certes, les trois joueurs qui ont vaincu le Manceau en Masters étaient mieux classés que lui ou bien dans une forme olympique (Ferrero avait gagné deux tournois sur terre battue avant d’arriver en Principauté) mais on attend clairement plus de Jo. Et lui-même attend davantage de ses performances. Finalement, seule la Coupe Davis vient ensoleiller un parcours légèrement nuageux. En effet, au début du mois de mars, Tsonga a participé à la victoire de la France face à l’Allemagne en huitièmes de finale (4-1). Ecartant Benjamin Becker en quatre sets, il a pleinement pris part au rêve qui se profile d’affronter le double-tenant du titre en quarts de finale, l’Espagne, début juillet.

Tsonga, actuellement 10ème mondial, doit travailler dans trois directions pour progresser et accrocher une nouvelle finale de Grand Chelem. La première concerne son retour de service qui traîne entre 30 et 35 % de points gagnés lors de ses trois défaites en Masters cette saison, ce qui est trop peu. La seconde, c’est sa capacité à bien négocier les points importants, spécialement les balles de break. Lors des trois défaites en Masters 1 000, il a concédé vingt-trois balles de break et ne s’en est procuré que douze ! Pour quelqu’un dont le service et la puissance sont les deux armes les plus importantes, il est incompréhensible d’être à la fois si fébrile sur sa mise en jeu et si faible sur celle de l’adversaire. Sur ces trente-cinq balles de break disputées, le Français n’a su en gagner que douze… Ces chiffres dénotent un manque de constance inquiétant pour un joueur réputé solide mentalement et intelligent sur le court. C’est en effet la dernière perspective dans laquelle Jo doit travailler : la variation. On l’a trop souvent vu tenter d’imposer son jeu basé sur la puissance du fond du court et sur les montées au filet. Jo doit davantage varier ses coups, comme il l’a fait au deuxième set contre Ferrero à Monte-Carlo.

Le tournoi de Barcelone qui se déroule cette semaine, sans Rafael Nadal forfait, doit lui offrir cette occasion, d’autant plus que ce tournoi accueille une dizaine de joueurs du top 25. Il ne pourra donc s’y imposer sans faire montre de davantage de lucidité et de plus de clairvoyance.


Les trois autres mousquetaires vivent une saison compliquée…

Source : Eurosport.fr

A l’image du leader du tennis français, ses trois compères, Richard Gasquet, Gaël Monfils et Gilles Simon n’ont pas fait un premier tiers de saison retentissant. Les performances de Michael Llodra et de Julien Benneteau les reléguant presque au rang de faire-valoir.

Commençons par l’ex-septième joueur mondial, Richard Gasquet (78ème), dont on attend impatiemment le retour au plus haut niveau après des accusations de dopage à la cocaïne, finalement levées par le Tribunal Arbitral du Sport sans que l’on sache très bien pourquoi ni comment. Bref ! L’Héraultais, actuellement 78ème mondial, a déjà disputé dix tournois depuis le début de la saison avec cependant un seul vrai bon résultat obtenu en janvier au tournoi ATP 250 de Sydney où il avait perdu en finale face à Marcos Baghdatis (4-6 ; 6-7). Depuis, sa seule performance honorable fut sa présence en quarts de finale à un autre ATP 250, celui de Casablanca, il y a deux semaines.

Richard a montré de très bonnes choses dans le jeu avec une première balle retrouvée, une grande variation de coups, une belle capacité à retourner (vrai symbole de son come-back puisque ce sont les réflexes en retour qui sont les plus difficiles à récupérer au tennis) mais, car il y a un « mais », avec toujours des sautes de concentration préjudiciables. A l’image de son deuxième tour perdu contre Nicolas Almagro perdu à Acapulco en février où, menant 4-0 dans le troisième set, il s’est finalement incliné 6-7.

Cette semaine, le Biterrois participe au tournoi ATP 500 de Barcelone au côté de Tsonga, Chardy et Robert où il s’est qualifié pour le deuxième tour (photo). Il y affrontera mercredi le récent finaliste de Monte-Carlo, Fernando Verdasco. Un vrai test pour sa constance mentale…

Pour Gaël Monfils (18ème), le parcours est là encore assez décevant. Alors que le showman tricolore avait bien entamé sa saison, parvenant deux fois en demi-finales et deux fois en quarts de finales de tournois 250 et 500, il s’est blessé à la main gauche lors de son match face à Philipp Kohlschreiber en Coupe Davis en mars dernier. Depuis, l’habitué des dérapages incontrôlés a été éliminé au premier tour du Masters d’Indian Wells par le modeste allemand, Simon Greul (58ème), et a manqué ceux de Miami et de Monte-Carlo… Cette dernière défection lui est spécialement dommageable puisque la terre battue est véritablement sa surface de prédilection. Son jeu tout en variations fondé sur un énorme lift de coup droit et sur une grosse première balle au service y fait merveille. Quart-de-finaliste de Roland-Garros l’an passé, espérons qu’il soit rétabli pour le Masters de Rome où il était absent l’an passé et où il pourrait donc à la fois récupérer des points mais aussi se préparer sereinement pour le Grand Chelem de la Porte d’Auteuil.

Enfin, du côté de Gilles Simon, ancien membre du top 10 mondial et désormais 25ème, la première partie de la saison ressemble à un cauchemar. Il n’a tout simplement remporté aucun match sur le circuit ATP cette saison et été vaincu à quatre reprises au premier tour, notamment à Indian Wells par l’illustre inconnu, Brian Dabul (175ème) et à Miami par Horacio Zeballos (58ème), pas plus célèbre… La faute à une lésion au genou qui ne se résout pas à se résorber. Pire, elle se serait aggravée durant cette désastreuse tournée américaine. Déjà absent lors de la première levée du Grand Chelem en Australie en janvier dernier, le Français pourrait bien rater aussi la seconde, à Paris à la fin du mois de mai. Pour l’instant, le Niçois est au milieu de ses quatre semaines de repos total imposé…


Les surprises sont venues d’en-bas !

Source : Sport365.fr

Avec la forme moyenne de Tsonga, l’inconstance de Gasquet et les blessures conjuguées de Monfils et Simon, les belles prestations tricolores sont venues d’autres joueurs.

Le premier à mentionner est bien évidemment Julien Benneteau (36ème). Une demi-finale à Sydney (janvier, ATP 250), un quart à Rotterdam (février, ATP 500) et une finale à Marseille (février, ATP 250) ont précédé une belle première titularisation en équipe de France lors du double en Coupe Davis face à l’Allemagne. Associé à Michael Llodra, il a montré beaucoup d’envie, une belle constance mentale et un jeu du fond du court solide. Par ailleurs, au tournoi de Marseille, il s’est payé le luxe, avant de s’incliner en finale, de disposer de trois joueurs français : Florent Serra, Gaël Monfils et Jo-Wilfried Tsonga. Rien que ça ! On retiendra aussi sa très belle victoire au premier tour de Rotterdam face à Ivan Ljubicic, le Croate qui allait remporter le Masters 1 000 d’Indian Wells un mois plus tard. Eliminé par Verdasco à Monte-Carlo au deuxième tour, la terre battue est cependant la surface qui convient le mieux à son style. On a hâte de le revoir à Roland-Garros où il avait atteint les quarts de finale en 2006 !

Ensuite, il faut souligner, ce que je viens de faire en partie, la belle entame de Michael Llodra (57ème). Le dernier défenseur du service-volée comme fond de jeu avec le Tchèque Radek Stepanek a encore une fois signer de jolies performances cette saison. On se souviendra notamment de son éclatante victoire à Marseille où il a successivement défait Marcos Baghdatis, Robin Söderling puis, en finale, Julien Benneteau. Il est pour l’instant le seul Français à avoir remporté un titre ATP cette saison !

Comment faire un bilan des Français sans parler du trop discret Florent Serra (62ème). Il a déjà disputé onze tournois cette saison et régulièrement accroché des gros poissons sans jamais parvenir à s’imposer : Monfils (18ème) à Brisbane, Söderling (7) à Rotterdam, Nikolay Davydenko (6) à Dubaï, Thomas Berdych (25) à Indian Wells et Roger Federer (1) à Miami, leur imposant à chacun un match en trois sets ou, pour le Suisse, deux sets très compliqués… Serra n’est plus très loin de franchir un palier et ce, à vingt-neuf ans !

Vingt-neuf ans, c’est aussi l’âge de la dernière surprise de ce début de saison, le Montargois Stéphane Robert (photo, 65ème). Habitué des tournois Futures et Challengers (tournois juste inférieurs aux ATP 250), il a effectué un bond fulgurant de la 250ème place mondiale à la 65ème en se hissant en finale du Challenger de Johannesburg, battant au passage David Ferrer (top 20) et en remportant le tournoi Futures de Tanger, tout ça en trois semaines en février. Mais le Français s’était déjà distingué en tout début de saison en éliminant Potito Starace (63ème) au premier tour de l’Open d’Australie et en obligeant Albert Montanes (32ème) à disputer un cinquième set au tour suivant.

Les deux grandes déceptions tricolores, en-dehors du cercle des quatre mousquetaires, sont Paul-Henri Mathieu (51ème) et Jérémy Chardy (46ème). Le premier n’a vu sa saison commencer qu’en mars et continue d’être handicapé par une pubalgie récalcitrante. En 2010, il n’a pu disputer que cinq matchs et en a perdu quatre. Pour Chardy, les données sont différentes. Le Palois souffre d’une inconstance crasse. Capable du meilleur (battre Fernando Verdasco à l’ATP 500 de Memphis en février ou Sam Querrey au Masters de Miami en mars) comme du pire (éliminé au premier tour de l’Open d’Australie par le 103ème mondial, Denis Istomin), il participe actuellement au tournoi de Barcelone et s’est qualifié pour le second tour en battant Albert Montanes, récent quart-de-finaliste à Monaco. Celui qui s’était révélé par un premier tour tonitruant à Roland-Garros en 2006 face à Jonas Björkman, est aujourd’hui victime de ses carences… mentales. Encore un !


En somme, les Français ne sont pas au mieux…

Avant d’aborder les deux autres Masters 1 000 de préparation à Roland Garros, Rome et Madrid, les Français ne sont pas au mieux, notamment ceux dont on peut légitimement espérer de grandes choses. Certes, la qualification en Coupe Davis pour les quarts de finale vient offrir un visage plus contrasté à ce tableau moyen. Mais l’émergence d’un leader régulier se fait attendre. Gasquet, Simon et maintenant Tsonga peinent à s’imposer comme avait pu le faire Sébastien Grosjean au début des années 2000. Aucun tricolore n’a atteint le top 5 mondial depuis Grosjean, précisément, et c’est sans beaucoup de repères que nos Français vont aller défier les cadors que sont Federer, Nadal, Verdasco, Ferrer ou Djokovic sur la terre parisienne en mai prochain… Une terre où ils sont pourtant, comme chaque année, très attendus.

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