La Tribune du Sport


A Madrid, Rafael Nadal a expédié un Gaël Monfils relégué au rang de showman…

Publié dans ATP Tour par Roland Richard le 14 mai 2010

Source : AFP

C’était évidemment un combat épique qui attendait le seul Français encore en lice au Masters 1 000 de Madrid après l’abandon sur blessure de Jo-Wilfried Tsonga en seizièmes de finale. En huitièmes de finale jeudi, Gaël avait affronté le tombeur de Jo, l’Espagnol Guillermo Garcia-Lopez. Il l’avait vaincu en deux sets accrochés (7-5 ; 6-4) mais sans jamais vraiment avoir besoin de hausser son niveau de jeu.

Le premier adversaire de haut niveau pour Monfils, c’était donc aussi le meilleur, le vainqueur des masters 1000 de Monaco et de Rome, Rafael Nadal, le numéro 3 mondial. Rien que ça ! Effectivement, si l’Espagnol n’avait plus gagné un seul titre depuis Rome l’an passé, la saison sur terre battue lui a permis de retrouver de sa superbe avec deux titres en Masters 1 000. Deux victoires qui font de Nadal le co-détenteur du record absolu de titres glanés en Masters, soit dix-sept. Seul André Agassi avait, en son temps, fait aussi bien.

De son côté, Gaël Monfils a eu sa saison complètement coupée en deux par une sale blessure au poignet, contractée en Coupe Davis face à l’Allemagne. Le Français avait en effet effectué un plongeon malheureux lors de son match contre Philipp Kohlschreiber en mars et il s’était blessé à la main gauche. De retour sur le circuit lors de ce Masters espagnol, il aura des points à défendre à Roland Garros où il avait atteint les quarts de finale l’an passé. Madrid, ultime tournoi sur terre avant les Internationaux de France, représentait donc la dernière occasion de prendre ses marques sur la surface.


Monfils a côté de son jeu durant le premier set : 6-1 pour Nadal

Source : Lefigaro.fr

Quand on dit qu’un joueur du Top 5, spécialement un ancien ou actuel numéro un mondial, remporte 80 % de ses matchs rien qu’en rentrant sur le court, c’est vrai ! Et cela s’est encore vérifié vendredi dans le premier set car on ne peut pas dire que Rafa était spécialement injouable. Comme l’expliquait le consultant de Sport +, Julien Boutter, l’Espagnol jouait la moitié de ses balles dans des zones neutres (c’est-à-dire à plus d’un mètre de la ligne de fond de court dans le terrain). Mais Gaël a clairement manqué d’agressivité, sans doute impressionné par la puissance de son adversaire sur l’autre moitié de ses coups. Mais cette puissance dévastatrice, notamment en coup droit, fut loin d’être systématique et Gaël aurait vraiment pu réussir quelque chose de grand sur le Court Manolo Santana. Au lieu de ça, ce manque de profondeur sur ses propres coups de défense et son manque d’agressivité lorsqu’il avait pris l’avantage dans un point l’ont emmené tout droit vers une gifle au premier set que Rafa ne s’est pas gêné pour lui donner, 6-1…

Non seulement Gaël a joué trop loin de sa ligne de fond de court mais il n’a pas utilisé sa puissance naturelle pour mettre l’Espagnol dans une zone semblable. Résultat, on avait un joueur à deux mètres derrière sa ligne (Monfils) et un qui naviguait proche de sa propre ligne de fond de court (Nadal). Avec le manque d’agressivité du premier et la puissance confiante du second, la première manche fut donc rapidement bouclée.

Dans son commentaire remarquable, Julien Boutter insistait sur la nécessité d’une prise de balle précoce pour parvenir à gêner un Nadal qui n’était pas au mieux de sa forme sur cette rencontre. A l’inverse d’un David Nalbandian, d’un Nikolay Davydenko ou d’un Novak Djokovic qui disposent de cette prise de balle précoce et qui peuvent gêner le Majorquin, y compris sur terre battue, Gaël Monfils s’est trouvé dans une filière trop classique de la terre battue : celle de l’attente de la faute de l’adversaire avec une bonne tenue du fond du court (coups moyens mais grande endurance). Or Nadal incarne bien une nouvelle façon d’envisager la terre battue : varier énormément les effets (coups à plat, lifts, slices, amorties), monter à propos à la volée, agresser l’adversaire avec, alternativement, de puissants coups plats et liftés et un service très changeant mais avec toujours plus de 70 % de premières dans le court. Là, il n’était pas illogique de voir Monfils en permanence reculer car c’est avant tout une question d’état d’esprit. Personne ne pouvait ainsi être surpris de voir l’Espagnol se rasseoir sur sa chaise, le premier set en main, après seulement 32 minutes.


Monfils a assuré le spectacle, Nadal a assuré sa victoire

Source : Sport.fr

La première clef du second set, c’était avant tout de tenir son service. Quitter les faibles 48 % de première de la première manche et être constant sur sa mise en jeu en variant et en mettant plus de puissance. C’était l’impératif avant d’imaginer des schémas tactiques pour agresser Rafa sur ses propres services.

On constatait d’emblée une différence notable, Gaël avait décidé d’attaquer l’Espagnol. Deux coups droits lunaires dans le premier jeu pour mener 1-0 et on sentait déjà Rafa un peu plus inquiété. Mais l’Espagnol n’avait pas choisi de se laisser impressionné pour autant. Dans ce set, il signa deux jeux blancs, un premier pour recoller à 1-1, un second pour égaliser à 3-3.

Monfils s’est globalement montré trop timoré dans le premier set et trop relâché dans le second. Finalement, il n’est jamais parvenu à trouver la justesse entre la trop grande timidité et passivité observées lors du premier set et le relâchement excessif du second.

De l’autre côté, on remarquait également une progressive montée en puissance de l’Espagnol qui craignait ce que la nonchalance du Français pouvait générer. Il offrit donc des enchaînements plus offensifs, notamment lorsqu’il dû défendre les deux seules balles de break que se procura Monfils, au quatrième jeu. Une bonne première, des coups droits dont la variation entre le lift-lasso (coup droit lifté mais fouetté faisant davantage gicler la balle vers l’extérieur du court après le rebond) et le plat rabattu vers l’extérieur. Nadal n’a pas eu besoin d’effectuer de slices d’attaque ni même d’amorties en grand nombre pour s’imposer. Il s’est contenté de jouer un pur jeu de terrien puissant, à la manière de Carlos Moya en son temps ou bien, plus récemment, de Nicolas Almagro.

On retiendra cependant quelques coups exceptionnels distillés par Gaël Monfils durant ce quart de finale de Masters : des coups droits long de ligne, croisés et décroisés stupéfiants de puissance (seuls Tsonga et Del Potro peuvent à mon sens frapper la balle aussi fort) mais aussi quelques amorties incroyables dont une du fond du court alors qu’il servait à 2-2, un passing magnifique de revers après cette même amortie ; mais on se souviendra aussi de l’absence quasi-totale de premières passées durant le second set… cause de tout ce ravage. A 3-2 pour Monfils, Nadal mit le turbo, remportant les quatre jeux suivants pour s’imposer 6-1, 6-3.

On avait senti Gaël choisir la voie d’une forme d’indifférence amusée plutôt que celle de la frustration pour arriver à rester dans le match. La nonchalance qui en découla lui permit de sortir des coups prodigieux. Mais il n’y avait pas le fond de jeu sérieux et nécessaire pour prendre un set à Nadal. Rafa remporta, on l’a dit, toutes ses mises en jeu relativement aisément tandis que Gaël dépassait régulièrement les cinq minutes pour gagner les siennes… quand il les gagnait. Or c’est usant psychologiquement de voir l’adversaire sortir ses premières et se ballader sur le court quand il sert tandis que soi, on est contraint de lutter sur chaque point car on est incapable d’être suffisamment concentré pour tirer une bonne première. Ceci est d’autant plus inquiétant pour Monfils que le service est normalement une arme spectaculaire du Français. Puissant et bien varié, dès qu’il est au-dessus des 60%, Gaël peut vraiment disputer une rencontre de haut niveau contre presque tous les joueurs du Top 10.

Le trou fut ainsi fait, Monfils avait pêché tactiquement dans la première manche tout autant que dans l’état d’esprit. Dans la seconde, il s’était détaché du match, ce qui avait donné l’illusion qu’il pouvait faire jeu égal mais ce n’était qu’une apparence. Nadal n’a eu à défendre en effet que deux balles de break sur l’ensemble de la rencontre et il les a écartées… et de quelle manière !

On peut donc regretter d’avoir vu un Monfils davantage faire le show que faire son match. Il s’inclinait finalement très logiquement. Certes, il avait montré un meilleur visage, plus offensif, dans la deuxième manche mais il lui faudra faire beaucoup beaucoup mieux pour espérer obtenir un bon résultat, comme l’an passé, à Roland Garros dans quelques jours.

En demi-finale, Rafael Nadal affrontera son compatriote et 35ème mondial, Nicolas Almagro qui s’est défait tout aussi aisément de Jurgen Melzer (6-3 ; 6-1).

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