La Tribune du Sport


La Céleste a brillé par sa rigueur, son envie et sa force mentale !

Publié dans Coupe du Monde 2010 par Roland Richard le 26 juin 2010


Une stratégie uruguayenne inchangée…

Source : RDS.ca

C’est dans un 4-4-2 en losange que l’Uruguay a abordé cette rencontre. Avec une formation quasiment identique à celle alignée contre l’Afrique du Sud lors du second match en poule, les joueurs d’Oscar Tabarez n’ont pas rompu avec leur stratégie : ne pas presser plus haut que la ligne médiane et contrer. Pour ce faire, on retrouvait en défense le gardien Muslera et, de gauche à droite, l’excellent Fucile, Godin, Lugano (capitaine) et Alvaro Pereira. Ensuite, l’énorme Diego Pérez servait de tour de contrôle au poste de milieu récupérateur. Les deux milieux axiaux, entourant le n°10 et meneur de jeu Diego Forlan, étaient toujours l’imposant Arévalo Rios sur sa gauche et Maxi Pereira sur sa droite. Enfin, Suarez culminait à la pointe de l’attaque avec Cavani en soutien légèrement sur sa droite.

Côte sud-coréen, l’entraîneur Huh Jung-Moo avait reconduit son 4-2-3-1 avec un seul remplacement par rapport au match de l’Argentine, c’est-à-dire le match où l’équipe-type avait été titularisée en poule. En effet, l’ailier droit Yeom Ki-Hun (n°19) était remplacé par Kim Jae-Sung (n°13). Sinon, on retrouvait toujours un système basé sur une défense à quatre placée devant Sung-Ryong avec, de gauche à droite, Lee Young-Pyo (latéral gauche, n°12), Lee Jung-Soo (n°14), Cho Yong-Hyung (n°4) et l’excellent Cha Du-Ri (n°22) qui m’avait agréablement marqué contre la Grèce. La charnière de relayeurs se voyait toujours formée par le très intelligent Kim Jung-Woo (n°8) ainsi que par Ki Sung-Yong (n°16). Enfin, l’attaque était organisée autour de l’avant-centre Park Chu-Young (n°10) avec trois éléments en retrait qui ont permuté toute la partie, le capitaine et joueur de Manchester United, Park Ji-Sung (n°7) théoriquement meneur, Lee Chung-Yong (n°17) et Kim Jae-Sung (n°13), ailiers.

Dans les faits, on a encore pu observer à quel point la Corée du Sud a avant tout misé sur un collectif et donc des individus interchangeant leur rôle à volonté durant ce Mondial puisque le champ d’action des trois milieux (Ji-Sung, Chung-Yong et Jae-Sung) était par essence indéterminé. Ils évoluaient très librement, toujours assez proches les uns des autres mais sans poste réellement prédéfini.


Une défense fragile, une carence impardonnable à ce niveau de compétition… (0 – 40ème)

Malgré l’excellent pressing des Uruguayens, les Sud-Coréens se procurèrent la première grosse occasion. Sur une faute commise à une vingtaine de mètres des buts de la Céleste, légèrement excentré sur la gauche Park Chu-Young manquait de peu d’ouvrir le score. Enroulant son tir du pied droit, il le voyait se fracasser sur le poteau d’un Muslera aussi incrédule que battu (4ème minute).

Ceci n’effrayait pas des Uruguayens qui défendaient en étant toujours aussi sûrs de leurs forces. Et sur le premier contre lancé à toute allure par les joueurs de Tabarez, ceux-ci ouvraient le score. A l’origine de ce but, une remarquable permutation entre Suarez et Forlan. Ce dernier allait chercher le ballon sur l’aile gauche. Mais la défense sud-coréenne commettait sa première erreur par l’intermédiaire de Cha Du-Ri qui, au lieu d’aller couvrir son couloir, plongeait inexplicablement aux seize mètres, contraignant ainsi son défenseur central Yong-Hyung à se déporter pour aller au marquage. Forlan feintait un centre du pied droit avant d’adresser un ballon fusant du pied gauche. La seconde erreur fut alors pour Sung-Ryong, le gardien asiatique, qui ne sortait qu’à moitié. Il laissait ainsi filer le ballon au second poteau où Suarez profitait de la troisième anomalie défensive sud-coréenne -l’absence de marquage du latéral gauche Young-Pyo- pour tirer dans le but déserté par Sung-Ryong (photo). L’Uruguay menait 1-0 dès la 8ème minute après trois cadeaux successifs de l’arrière-garde sud-coréenne…

Source : Lexpress.fr

Courant désormais après le score, la Corée du Sud eut les pires difficultés à contrer le bloc défensif uruguayen. Derrière sa ligne médiane, la Céleste avait décidé d’attendre son adversaire avec deux schémas de récupération distincts en fonction du placement coréen. Le premier consistait à appliquer un 4-4-2 en ligne avec Suarez et surtout Cavani dans un rôle semblable à celui occupé par un pivot de handball : un joueur qui sort de la défense pour gêner le début de la construction offensive adverse (la fameuse « relance »). Le second système de récupération, lorsque les latéraux sud-coréens ne montaient pas, consistait à déployer un 4-3-3 avec deux rideaux récupérateurs avant celui des défenseurs. L’avantage indéniable de cette option résidait dans le fait d’éviter aux milieux de trop courir puisqu’ils n’ont pas à prendre la largeur pour défendre. Cela permet spécialement au milieu préposé à la récupération, en l’occurrence Diego Pérez, de ne pas faire l’essuie-glace entre deux rideaux, un dit de « récupération » composé par les joueurs offensifs et un dit « défensif » formé par les défenseurs.

Quoi qu’il en soit, la première demi-heure a été marquée par l’incapacité chronique des Sud-Coréens à contourner le bloc défensif uruguayen, notamment à cause des trop rares montées des latéraux. De son côté, la Céleste a sciemment abandonné la maîtrise du ballon à la Corée, agissant exclusivement en contres. Après trente minutes, le jeu a penché sur l’aile gauche où Fucile a plusieurs fois pris son couloir sans que cela n’aboutisse à une action dangereuse (18ème, 20ème, 22ème). Mais la pression sur la défense asiatique était de plus en plus intense et à la 27ème minute, le défenseur central gauche Lee Jung-Soo manquait de mettre en lumière une fois de plus la fébrilité défensive des Asiatiques. Agressé à quinze mètres de la ligne médiane par un tacle de Diego Pérez, il perdait le ballon. Heureusement pour les Asiatiques, l’arbitre de touche estimait Suarez hors-jeu sur le tacle qui s’était transformé en passe (27ème).

Après la demi-heure de jeu, la Corée du Sud tentait bien de réagir mais en opérant des choix extrêmement difficiles à mettre en œuvre. Incapables d’approcher les buts de Muslera, ils s’en remettaient aux frappes lointaines. Dans cet exercice, le milieu récupérateur Lee Jung-Soo ne cadrait pas son tir (32ème) tandis qu’une minute plus tard, Park Chu-Young, déporté sur l’aile droite, repiquait dans l’axe avant de trop décroiser sa frappe du gauche (33ème). L’Uruguay dominait outrageusement l’entrejeu et son système de récupération paraissait véritablement infranchissable.

En effet, les coéquipiers de Forlan n’ont pas exercé pas un pressing très haut mais très dense, à la manière du Japon jeudi soir. Néanmoins, ce système est gourmand en énergie car il nécessite un replacement sans ballon de tous les instants. Malgré la débauche d’énergie nécessaire, cette tactique a payé puisque la Corée n’a eu qu’une seule solution, projeter ses joueurs défensifs pour créer un surnombre soit dans l’axe (par les milieux défensifs), soit sur les ailes (par les latéraux). Or les Sud-Coréens ont longtemps hésité à se jeter à l’assaut du milieu uruguayen, craignant comme la peste leurs contres fulgurants emmenés par le trio magique et complémentaire : Suarez le buteur, Cavani l’altruiste et Forlan le meneur.

L’avant-centre Park Chu-Young montait tout de même la voie à suivre en reprenant l’aile droite. Dribblant Arévalo puis Godin, il centrait mais son ballon pour l’ailier Jae-Sung n’arrivait pas à destination et franchissait la ligne de sortie de but (35ème). Ce fut l’ultime occasion gâchée qui encouragea les latéraux à monter pour permettre à leurs coéquipiers à velléité offensive de distendre la défense uruguayenne. De son côté, Suarez était bien servi au point de pénalty par Aravélo sur un coup-franc lointain mais sa tête était trop molle pour mettre en péril Sung-Ryong (40ème).


Trente minutes où les Sud-Coréens auraient pu l’emporter (40ème – 71ème)

Source : Lefigaro.fr

Les nouvelles intentions des latéraux sud-coréens ne tardèrent pas à mettre en danger la machine récupératrice bien huilée de la Céleste. La différence fut évidemment faite sur la droite par l’excellent Cha Du-Ri. D’abord par un une-deux où il sollicitait son milieu de terrain Ki Sung-Yong mais Godin repoussait bien de la tête (41ème). Ensuite par un missile expédié des vingt-cinq mètres juste au-dessus des buts de Muslera après avoir pris la tangente dans l’axe (42ème). Puis sur un centre à destination d’un Park Chu-Young qui pouvait enfin assumer son rôle d’avant-centre. Cette fois-ci, c’est le portier sud-américain qui sortait à propos (43ème).

L’Uruguay restait calme et agissait toujours par contres avec une action de toute beauté du milieu axial Maxi Pereira. Déjà à l’origine de la récupération haute autour de la ligne médiane, il était finalement servi à la conclusion de l’action. Réalisant un coup du sombrero sur Lee Jung-Soo, il expédiait une reprise de volée somptueuse contrée… de la main par Ki Sung-Yong (44ème). Mais l’arbitre allemand, Wolfgang Stark, jugeait la main involontaire et ne sifflait pas pénalty.

La deuxième période a commencé sur un rythme semblable à ce qui s’était passé durant les dix dernières minutes de la première mi-temps. C’était cette fois-ci le latéral gauche Lee Young-Pyo qui débordait dans son couloir, trouvait Park Chu Young au premier poteau mais la talonnade du Monégasque pour Ki Sung-Yong était dégagée en corner (50ème).

Dans ce genre de matchs extrêmement serrés, c’est bien souvent la tactique envisagée qui fait la différence. En effet, si l’on voit l’adversaire gêné par la nouvelle mise en place, cela permet de continuer d’y croire, de s’engager physiquement jusqu’au bout et d’aller au-delà de soi-même. C’est de cette manière que les Sud-Coréens ont progressivement pris le pas sur l’équipe uruguayenne. Ils ont en premier lieu remonté leur rideau défensif de quinze-vingt mètres, empêchant ainsi aux contres de la Céleste de bénéficier d’un espace trop grand entre le rideau récupérateur et le rideau défensif. Cette tactique représentait évidemment un risque car un bon ballon au-dessus du rideau défensif pouvait mettre sur orbite un attaquant rapide comme Suarez. Mais les Asiatiques firent courageusement ce pari pour faire reculer leurs adversaires.

Dès lors, la maîtrise et la confiance changea de camp. Après une nouvelle montée du latéral gauche et un décalage sur l’aile de Park Ji-Sung, la défense uruguayenne commettait l’erreur de se déporter sur sa droite, laissant Park Chu-Young complètement seul. L’avant-centre sud-coréen servi, son enchaînement était un peu lent et laissait revenir le remplaçant de Godin dans l’axe gauche de l’arrière-garde sud-américaine, Victorino (54ème).

Les Sud-Coréens semblaient dès lors dérouler. Quatre minutes plus tard, c’était au tour de Cha Du-Ri de donner le tournis à ses adversaires dans son couloir droit. Son une-deux avec Jae-Sung lui permettait de travailler son ballon pour Park Ji-Sung qui coupait la trajectoire au premier poteau et frappait de la tête. Muslera arrêtait cependant assez facilement cette tentative (58ème).

Huh Jung-Moo choisissait alors d’alourdir l’ascendant pris sur le jeu en changeant son schéma pour passer en 3-5-2. Sortant l’énorme ailier Kim Jae-Sung (8 km parcourus en une heure de jeu) pour faire rentrer son grand avant-centre, Lee Dong-Gook (1m85). Du-Ri montait d’un cran pour occuper alors l’aile droite tandis que Ji-Sung reprenait l’axe du terrain et Chung-Yong l’aile gauche. Devant ce beau monde réorganisé, Park Chu-Young se plaçait en soutien de l’avant-centre. En défense, Jung-Soo prenait l’aile droite tandis que Yong-Hyung était seul dans l’axe (61ème).

La présence de Dong-Gook a d’emblée permis aux Sud-Coréens de respirer dans les duels aériens et donc de sauter le milieu de terrain pour chercher son jeu de tête, que ce soit pour tirer mais surtout pour servir de pivot aérien. Les Uruguayens reculèrent alors massivement, tassant leurs rideaux récupérateur et défensif. Mais la Corée du Sud égalisait logiquement sur un long coup-franc tiré par le milieu Jung-Woo. Excentré sur la gauche de la surface uruguayenne, le ballon était distillé dans la zone autour du point de pénalty. La Céleste était contrariée dans le jeu aérien avec un Victorino qui ne pouvait pas dégager le ballon mais seulement le dévier. Malheureusement, c’était vers les six mètres où rôdaient Ji-Sung et l’ailier Chung-Yong. Ce dernier profitait de la sortie de Muslera sur le coup-franc pour marquer de la tête dans le but vide et ce malgré la charge irrégulière de Lugano. La Corée du Sud égalisait à la 68ème minute, 1-1 (photo ci-dessus).

Les Uruguayens décidèrent alors de jeter leurs dernières forces dans la bataille. Ils abandonnèrent leur rigueur tactique à la récupération parce qu’ils craignaient de voir le schéma sud-coréen payer une seconde fois. Ils produisirent enfin du jeu. Mais quelques minutes à peine après le but, cette ambition nouvelle manquait d’être punie. Chung-Yong et Ji-Sung se retrouvaient pour la première fois du même côté et leur complémentarité faisait servir le second par le premier dans l’axe droit de la surface. Malheureusement pour la Corée, le Mancunien écrasait son tir qui venait se loger dans la niche du portier uruguayen (71ème).


Et l’envie uruguayenne fit le reste (71ème – 90ème)

Source : RMC.fr

Cependant, la dizaine de minutes qui suivit était entièrement à l’avantage de l’Uruguay qui poussait sans relâche. Par deux fois, la Céleste ratait de peu de reprendre l’avantage. Une première fois sur un centre-tir de la droite d’un Suarez remarquable de disponibilité mais Sung-Ryong repoussait en corner (73ème). Puis sur le coup de pied de coin où la défense coréenne dégageait le ballon aux trente mètres. Alvarélo reprenait le ballon d’une volée hasardeuse qui se transformait en magnifique diagonale pour Suarez. Présent à gauche dans sa surface, il ne pouvait ajuster sa tête piquée qui passait au-dessus (74ème).

Les efforts des coéquipiers de Lugano, pourtant visiblement épuisés, payèrent malgré tout. Sur un ultime corner obtenu, Forlan tirait au point de pénalty. Le ballon était dévié à l’entrée de la surface sur la gauche pour Maxi Pereira qui servait immédiatement Suarez présent dans l’angle. L’attaquant de l’Ajax profitait de l’appel croisé de Maxi Pereira dans son dos pour dribbler successivement Yong-Hyung et Jung-Woo, repiquer dans l’axe sur quelques mètres et adresser du pied droit une merveille de tir. La frappe rebondissait sur le poteau et rentrait, 2-1 (80ème).

Les Coréens le savaient, ils n’auraient probablement plus beaucoup d’occasions de revenir une nouvelle fois au score. Cette situation dangereuse, ils l’ont pourtant eue. Mais ils l’ont gâchée. Trouvé dans la profondeur par une splendide passe verticale de Park Ji-Sung, le grand Dong-Gook écrasait sa frappe. Muslera ratait malgré cela son arrêt et le ballon passait sous son flanc gauche. Il fallait toute la concentration de Lugano pour que le ballon ne franchisse pas la ligne (88ème).

Quelques instants plus tard, M. Stark sifflait la fin du match et l’Uruguay s’imposait 2-1 au prix d’un match exceptionnel d’intensité et particulièrement serré. C’est finalement le premier but qui fit la différence entre deux équipes prêtes tactiquement et physiquement. Malheureusement pour les Asiatiques, leurs errances défensives ont eut raison de leurs ambitions de quart de finale. La Céleste d’Oscar Tabarez affrontera donc le vainqueur du match Ghana – Etats-Unis.

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