Un Ghana appliqué se hisse en quarts de finale
L’affiche était alléchante, deux outsiders (Etats Unis et Ghana) se rencontraient dans une partie de tableau sans favoris pour une place en quarts de finale contre un autre petit poucet, l’Uruguay qualifié plus tôt face à la Corée du Sud. C’est dire combien ces deux équipes pouvaient s’estimer chanceuses d’avoir la possibilité d’accéder aux demi-finales sans avoir à gérer un match contre un cador du football mondial.
Le Ghana portait les espoirs de tout un continent fou de foot, privé de l’ensemble de ses autres représentants en phase de poule. Une Coupe du Monde en Afrique sans pays africain qui irait loin serait décevante. Cette sélection du Ghana a semblé moins flamboyante que ses sœurs africaines, mais tellement plus saine et rigoureuse.
De l’autre coté, l’équipe des Etats Unis d’Amérique n’est jamais très loin d’effectuer une grande performance en Coupe du Monde depuis plusieurs éditions et a démontré, depuis le début de la compétition, une générosité et une abnégation qui a séduit une partie de sa population. Celle-ci commence à s’intéresser au "soccer".
Des dispositifs non symétriques.
Les Ghanéens évoluèrent dans un 4-1-4-1 composé de quatre défenseurs, d’un milieu récupérateur (Annan), d’une ligne de quatre milieux polyvalents chargé à la fois d’exercer un pressing fort mais aussi de trouver la faille. Enfin en pointe, un attaquant pivot (Gyan). Il n’y a pas dans cette formation un 9 et demi chargé d’épauler le pivot mais quatre gaillards alternativement récupérateurs et créateurs de danger.
Les Etats-Unis se sont présentés au coup d’envoi dans un 4-4-2 carré, c’est-à-dire avec une défense à plat composé de quatre joueurs, un entrejeu de 2 milieux axiaux plutôt voués aux taches défensives et une animation offensive avec deux ailiers et deux attaquants axiaux. C’est une organisation classique et équilibrée où les rôles sont plus figés que du coté africain.
La dissymétrie des deux formations était très importante et a été sans nul doute un sujet de réflexion intense pour les deux coachs avant le match. En effet, quand deux équipes ne sont pas organisées de la même manière, ils y a des zones du terrain mieux remplies par l’une que l’autre. De plus, les taches défensives et le marquage se complexifient naturellement. Ainsi, la présence d’un Ghanéen de plus au milieu et d’un Étasunien de plus en attaque allait être déterminante dans le déroulement du match. Les oppositions où les dispositifs ne sont pas symétriques sont souvent les plus passionnantes.
Une première mi-temps remportée par le Ghana.
Les Africains ouvrent le score assez vite (5ème minute) par une récupération du milieu Kevin Boateng qui chipe le ballon et profite des appels de ses coéquipiers aspirant la défense américaine pour aller marquer seul.
Ce but illustre bien l’entame du match des Black Stars : une récupération très haute qui empêche l’adversaire de développer son jeu. La ligne des quatre milieux ghanéens fait beaucoup d’efforts pour entraver la construction américaine. La ligne de défense du Ghana est très haute et les USA ne parviennent pas à construire, s’en remettant à des longs ballons aériens vers les joueurs offensifs.
La récupération efficace des Blacks Stars va leur permettre de se porter vers l’avant très rapidement et de chercher leurs joueurs de couloir. Ils ne construisent pas mais s’appuient sur la vitesse des milieux démarqués voire de l’attaquant central (Gyan). Cette stratégie de ne pas faire tourner la balle a été systématique sur tout la rencontre.
Les Étasuniens ont été perturbé par la hargne ghanéenne mais sont entrés progressivement dans la partie en pratiquant, à l’inverse de leur adversaire, un football patient et construit. C’était le match de l’expérience et de la confiance américaines contre la fougue et la vitesse ghanéennes. Le sélectionneur américain fera un changement tactique à la 31ème minute en remplaçant poste pour poste le numéro 13 Clark par son alter ego Edu, probablement plus à même d’endurer la forte présence ghanéenne au milieu du terrain.
Chaque équipe aura une grosse occasion de marquer dans cette première mi-temps. Les USA se procureront une balle d’égalisation par Finley suite à un cafouillage dans la défense des joueurs du serbe Rajevac. Tandis que le Ghana sera prêt de doubler la marque à la 36ème minute grâce à une relance du gardien Kingson sur le milieu offensif central Asamoah qui perdait son duel face au gardien américain.
Les distributions rapides en profondeur ont semblé régulièrement plus dangereuses que la construction patiente des hommes du nouveau monde. La première mi-temps s’achève sur un sentiment de justice, les Ghanéens mènent devant une pale équipe américaine et méritent de se qualifier.
Une seconde mi-temps à l’avantage des USA…. Puis une prolongation sur le même ton.
Ce qui m’a surpris c’est la justesse du placement des Ghanéens qui au lieu de broyer physiquement l’oncle Sam ont plutôt démontré une application dans le positionnement. A chaque remontée de balle américaine, un Africain venait au pressing très rapidement, quel que soit l’endroit du terrain.
Le sélectionneur Bob Bradley va cependant trouver la solution pour remettre son équipe dans le sens de la marche : il va tout simplement demander à ses joueurs de lutter au centre du terrain pour casser la récupération africaine. Ainsi, il va passer d’un 4-4-2 à un 4-2-3-1 pour muscler son entrejeu.
Comme par magie cela va inverser totalement la rencontre : dans les cinq premières minutes de la seconde mi-temps ils vont se créer plus d’occasions dangereuses que durant les quarante-cinq première minutes. La défense ghanéenne devient fébrile et manque de prendre l’eau une demi douzaine de fois. Les Blacks Stars enchaînent alors les mauvais contrôles et les duels perdus, ne restant dangereux que par intermittence lors de contre-attaques. Un seul homme tient la maison et c’est le gardien Kingson, véritable muraille dans la défense.
L’égalisation surviendra à la 62ème minute d’un petit pont de Dempsey qui se sera stoppé irrégulièrement par un défenseur. Cette faute provoquera un pénalty transformé par Donovan.
A ce moment du match, on se dit qu’il serait injuste que les USA ne se qualifient pas tant ils ont fait déjouer une équipe Ghanéenne si dominatrice en première mi-temps. En effet, les Étasuniens pratiquent un football séduisant et varié, en se créant des occasions de but par des passes sautées, des centres, des appels, etc. Face à la variété offensive américaine, les coéquipiers de Mensah ne parviennent à rester dans la partie que par la fulgurance des contres de Ayew et de Gyan.
Au coup de sifflet final, le score est de un but partout et l’engagement des deux équipes a perdu en intensité. Elles reprendront toutes deux sur le registre qu’elles ont montré durant la deuxième période.
Les USA construisent plus et mieux mais ne parviennent pas à tromper celui qui sera l’homme du match Kingson. La fatigue des défenseurs américains leur sera fatale quand sur une longue transversale d’Ayew, Gyan va résister au retour viril de deux défenseurs pour inscrire à la 93ème minute le but de la victoire. Les Étasuniens donneront tout ce qu’ils ont pour revenir mais n’y parviendront pas face à l’abnégation des représentants de l’Afrique.
Le Ghana se qualifie donc dans un match accroché pour un quart de finale historique entre l’ancienne terreur du football mondiale (l’Uruguay) et le dernier espoir du continent africain.



