La Tribune du Sport


Vamos Argentina !

Publié dans Coupe du Monde 2010 par Roland Richard le 28 juin 2010


Diego Maradona impose son 4-4-2 à un Javier Aguirre qui, lui, change de système

Source : Actu-foot.fr

Alors qu’on avait cru à un moment que Diego Maradona (à gauche sur la photo) pouvait changer son schéma tactique et aligner un 4-3-3 idéal pour contrer le 4-3-3 de son homologue Javier Aguirre (à droite), le Pibe de Oro a finalement choisi de faire confiance à nouveau à son 4-4-2 en losange, le même que contre la Corée du Sud en poule. On retrouvait donc Romero dans les buts. Dans la ligne défensive, Samuel toujours blessé était remplacé par Burdisso pour une défense à quatre avec Heinze, Burdisso, Demichelis et Otamendi, préféré à Gutierrez. Au poste de milieu défensif, le capitaine Javier Mascherano restait une tour de contrôle indispensable derrière un milieu très axial emmené par Messi, Di Maria à gauche et Maxi Rodriguez à droite. En pointe enfin, Tévez et Higuain étaient reconduits logiquement au vu de leurs performances précédentes.

Du côté du Mexique, Javier Aguirre avait réservé quelques surprises en changeant son dispositif pour contrer le jeu axial argentin. Imaginant un 4-2-3-1 très hermétique, il avait pris les devants, notamment pour effectuer un double-marquage sur Lionel Messi. Dans les buts, Pérez puis en défense de gauche à droite, l’inévitable Salcido, Rodriguez, Osorio et Juarez, reculé d’un cran pour l’occasion. Le capitaine Marquez était assisté du solide Torrado sur sa gauche pour assurer la récupération. Devant, Guardado prenait l’aile gauche, Giovani Dos Santos animait le flanc droit tandis que Bautista était placé en soutien de Hernandez, buteur contre l’équipe de France. Une jeune équipe, très mobile, très agressive et très bien équilibrée en somme.

Précisons tout de même que le principal défaut des Argentins réside dans leur charnière centrale, spécialement depuis la blessure musculaire de Samuel. Si Demichelis peut tenir son rang avec le Milanais à ses côtés, il peut difficilement être un patron avec Burdisso… Du côté mexicain, on pouvait évidemment être pris en défaut par le dynamisme de Carlos Tévez, exceptionnel et homme du match contre la Corée du Sud en poule, ou bien par les dribbles de Messi.


Une injustice malheureusement flagrante a douché les intentions mexicaines… (0 – 45′)

Source : TV5.org

Et c’est d’ailleurs l’Argentin qui se mettait en avant en premier en tricotant au milieu de terrain. Sa percée ne va pas au bout à cause du dos d’un défenseur mais on a senti d’emblée la puissance de pénétration du lutin barcelonais (7′). Mais malgré cette alerte, le Mexique est sensiblement mieux placé que son adversaire du soir au début du match. Mieux disposés tactiquement, les Aztèques se créent d’ailleurs la première occasion franche qui est venue concrétisée leur domination dans l’entrejeu.

En effet, avec un pressing très intense disposé en 4-5-1, le Mexique a posé deux problèmes majeurs à l’Albi Céleste : le premier consistait à contraindre, par le double-marquage (Marquez-Torrado), Lionel Messi à reculer autour de la ligne médiane pour avoir de l’espace ; le second résidait dans l’impossibilité pour des milieux comme Maxi Rodriguez ou Javier Mascherano de construire sous une pression constante. Le résultat ne s’est pas fait attendre et le Mexique a manqué d’ouvrir le score.

Tout d’abord par l’intermédiaire de Salcido qui tentait une énorme frappe du pied droit aux trente mètres. Un tir « lifté » qui retombait sur la barre transversale d’un Romero surpris (8ème). Puis une minute plus tard lorsque la défense sud-américaine commettait une bourde énorme qui permettait presque à Guardado de marquer mais la frappe trop croisée de l’intérieur de la surface du meneur aztèque n’était pas cadrée (9′).

Les Argentins ont compris la leçon : ils ne doivent pas prendre de haut cette équipe mexicaine volontaire. Et ils ont alors décidé d’exercer un pressing très haut, notamment pour soulager Messi. Mais leur jeu très axial facilitait grandement le travail de la charnière de relayeurs, notamment de Marquez qui n’éprouvait aucune difficulté à empêcher Messi d’armer correctement. Le tir du Ballon d’Or se transformait donc en feuille morte des vingt mètres, n’inquiétant pas Pérez (12′).

Le Mexique prouvait que l’on peut très bien défendre avec deux rideaux parallèles si l’on n’a pas de joueur défaillant dans la ligne des défenseurs. Et c’est notamment le premier rideau très dense qui fournissait l’occasion au Mexique d’avoir une nouvelle grosse occasion. Construisant patiemment, les joueurs d’Aguirre s’appuyaient sur leur aisance dans la transmission de balle rapide. Permutant à loisir, Giovani croisait sa course avec Hernandez et lui glissait le ballon dans l’intervalle. Le jeune attaquant de Guadalajara, déjà buteur contre la France, osait un tir à ras de terre décroisé audacieux des vingt mètres qui passait à côté du poteau (14′).

Devant toutes ces signaux d’alarmes et alors que l’Argentine semblait devoir subir la fougue mexicaine, elle posait le jeu, gardait le pied sur le ballon et ne tentait pas à tout prix de franchir les lignes. Faisant tourner la balle d’un côté à l’autre du terrain, ils n’essayaient plus grand chose. Mais à la 26ème minute, le duo Tévez-Messi allait faire la différence. Messi trouvait la faille grâce à une équipe argentine qui avait fait monter ses latéraux et donc distendu la défense mexicaine. Il prenait l’espace et lançait dans l’interstice laissé entre Rodriguez et Osorio un Tévez dont l’appel était parfait. Pérez anticipait bien, sortait mais le ballon rebondissait sur son torse, retombant dans les pieds de Messi aux seize mètres. L’Argentin adressait un petit ballon piqué à Tévez, resté dans le dos du gardien et l’attaquant de Manchester City marquait de la tête (photo ci-dessus). Mais malheureusement, au vu des images pour une fois sans appel (comme pour le but refusé à l’Angleterre face à l’Allemagne), Tévez était nettement hors-jeu. Lorsque le ballon est transmis au-delà du gardien, il faut que l’attaquant soit couvert par deux défenseurs. Or si les défenseurs étaient bien là, Tévez était devant eux au moment de la passe de Messi… L’excellent arbitre italien, M. Rossetti hésitait, allait même consulter son arbitre de touche (photo ci-dessous) mais malgré sa conviction personnelle qui semblait différente de celle de son assistant, il validait définitivement l’ouverture du score argentine.

Source : RTBF.be

Cette injustice terrible a alors complètement déconcentré les Mexicains qui n’ont pas joué pendant presque toute la fin de la première période. Et alors que le duel au milieu de terrain redoublait d’intensité, l’Argentine bénéficia d’un nouveau coup de pouce du destin. Ou plutôt, d’un râteau complètement manqué par Osorio dans l’axe droit de la défense centrale. Higuain qui trainait par là lui chipait le ballon, effaçait Pérez et inscrivait le deuxième but argentin… 2-0 pour l’Albi Céleste (33′).

Salcido essayait bien de sonner la révolte d’un nouveau missile à tête chercheuse d’une trentaine de mètres mais Romero était cette fois-ci bien vigilant (34′). Après quoi, les Argentins enchaînèrent les constructions dangereuses. Notamment par Higuain qui permutait avec Tévez, rentrait dans l’axe gauche de la surface et il fallait toute l’agilité de Pérez pour claquer cette frappe à ras du sol. Tévez tentait instantanément une reprise en pivot au point de pénalty mais celle-ci était contrée (37ème). Puis sur une belle variation offensive qui voyait Otamendi prendre son couloir droit et centrer pour Higuain. Mais le Madrilène ne pouvait reprendre victorieusement le ballon, sa tête étant trop décroisée (43ème).

Dans les arrêts de jeu de la première période, le Mexique réduisait presque le score mais le centre d’un Salcido omniprésent était un peu trop fuyant pour permettre à Hernandez de couper la trajectoire (45+1ème).

A la mi-temps, on ne pouvait que regretter que le Mexique ait encaissé le premier but dans ces conditions, pas seulement parce que c’était une irrégularité fatale sur cette action mais parce qu’elle a visiblement sorti les Aztèques du match. L’erreur d’Osorio en atteste.


De retour avec de belles intentions, le Mexique a subi la loi de Carlos Tévez (45′ – 52′)

Source : Come4news.com

Et alors qu’une bagarre entre remplaçants argentins et mexicains a éclaté à la mi-temps, les deux équipes reprennent le match comme s’il y avait toujours 0-0. Le Mexique dominait à nouveau au milieu de terrain et l’Argentine était toujours contrainte de reculer. Mieux, la rentrée de Barrera en lieu et place de Bautista permettait au Mexique de retrouver son 4-3-3 avec une remontée de Torrado dans l’axe droit et un replacement de Guardado de l’aile gauche vers le milieu axial gauche tandis que le nouvel entré prenait, lui, le flanc gauche justement.

En deuxième période, les Argentins ont défendu uniquement à sept joueurs, les quatre défenseurs et les trois milieux reculés. Messi et le duo d’attaquants restant autour de la ligne médiane. Une fois le premier rideau franchi par les Mexicains, ces trois joueurs ne venaient pas faire le pressing sur leurs adversaires mais ils demeuraient disponibles pour un contre. Avec cette tactique, l’Argentine a semblé à nouveau dépassée par la transmission de balle rapide des Mexicains. On les sentait aisément débordables. Mais malgré cela, la charnière argentine tenait le choc. En revanche, Messi était toujours transparent car il était toujours pris par Marquez ainsi que par un défenseur, souvent Rodriguez.

Et alors qu’on pensait le Mexique en passe de revenir dans la partie, l’Argentine tuait définitivement le match. A l’origine de ce martyr infligé aux Mexicains, le meilleur joueur sur la pelouse Carlos Tévez qui prenait sa chance et expédiait un magnifique coup de fusil du pied droit dans la lucarne de Pérez. Ayant le contre favorable face à Marquez et Torrado, il frappait immédiatement sans contrôle (52′). 3-0 pour l’Argentine (photo).


Le Mexique n’a concrétisé qu’une seule fois sa domination dans l’entrejeu (52′ – 90′)

A ce moment du match, une réflexion me vint malgré tout à l’esprit. Certes le Mexique a encaissé injustement le premier but mais malgré cela, la deuxième réalisation argentine était tout à fait évitable. Or garder sa concentration malgré le sentiment d’injustice, c’est indispensable et c’est même le devoir de joueurs qui sont professionnels. De plus, si le Mexique a certes dominé dans l’entrejeu, il n’a pas su concrétiser sa domination au milieu de terrain par des occasions dangereuses autrement que celles lointaines de Salcido. Car ni Guardado, ni Hernandez n’ont su cadrer. Comme contre la France, le Mexique s’est créé énormément d’occasions mais n’a pas su se montrer réaliste. A l’inverse, on a senti l’Argentine capable de faire la différence à tout moment, pas tellement par Messi mais surtout par Tévez… à l’image du troisième but.

A l’image de ce constat, le très joli numéro de soliste de Barrera, le jeune ailier gauche mexicain de 23 ans, qui s’enflammait et frappait à côté (61′). Idem pour la troisième tentative cadrée par les Mexicains qui était encore un tir lointain Salcido, mais qui n’impressionnait plus Romero (63′).

Source : Football.fr

L’Argentine pouvait donc se contenter de jouer les contres et même de sortir Carlos Tévez pour une entrée du vétéran Véron (69′). Malgré tout, cette nonchalance faillit coûter cher aux Argentins qui concédaient deux énormes occasions supplémentaires aux Mexicains. Une minute après la sortie de Tévez, Giovani plongeait dans l’axe avant de servir Salcido sur l’aile gauche. Le latéral centrait au deuxième poteau et Barrera reprenait en extension du bout du pied droit. Mais si Romero était enfin battu, c’est Demichelis qui sauvait sur sa ligne de la tête (70′).

Le schéma mexicain frisait le passage au 3-4-3 avec un Salcido qui ne défendait quasiment plus mais qui apportait en permanence sa percussion et son intelligence dans l’orientation des offensives aztèques sur la gauche. Pour ce faire, on constatait aussi le recul de Marquez en défense centrale et la montée de Juarez au milieu de terrain. Les trois attaquants mexicains permutaient plus que jamais en se tassant sur la largeur de la surface de réparation. Et c’est ainsi que plein axe; l’avant-centre mexicain Hernandez déposait Demichelis et Otamendi d’un simple contrôle orienté. Rentrant dans l’axe gauche de la surface, il fusillait Romero et la lucarne gauche d’un splendide tir du gauche (71′). 3-1 pour l’Argentine (photo de Hernandez).

Dès lors, l’Albi Céleste remit le pied sur le ballon, ne laissant plus le Mexique se procurer aucune situation intéressante. Se plaçant en 4-1-4-1 au pressing, c’est une Argentine peu joueuse qui s’imposait finalement avec rigueur, discipline défensive et réalisme offensif. Un peu à l’image du Brésil de Dunga, l’Argentine a avant tout appris à bien défendre et à marquer quand cela se présentait. Messi eut même le dernier mot avec sa « spéciale ». Venant de l’aile droite, il repiquait dans l’axe, dribblait Marquez, Torrado et évitait même le tacle de Salcido pour une somptueuse frappe du pied gauche. Heureusement pour le Mexique, Pérez signait un très bel arrêt (90+2′).

L’Argentine battait un Mexique remarquable d’abnégation mais en laissant un goût amer à une Coupe du Monde qui vit ses deux premières grosses erreurs arbitrales manifestes être commises. Espérons que ce soit les dernières puisque jusque là, tout se passait plutôt bien…

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