La Tribune du Sport


Un continent pleure la disparition de ses étoiles

Publié dans Coupe du Monde 2010 par Roland Richard le 3 juillet 2010


Un 4-1-4-1 ghanéen contre un faux 4-4-2 en losange uruguayen

Source : TDG.ch

Les Black Stars de Milovan Rajevak ont été confrontés au remplacement de leurs deux ailiers : André Ayew, le jeune ailier gauche champion du monde junior 2009 ; et Prince Tagoe, ailier droit. Pour faire face à ces défections, le technicien serbe des Black Stars avait décidé de titulariser deux joueurs au profil nettement plus défensif, respectivement Muntari et Inkoom. Muntari est un milieu plutôt récupérateur tandis qu’Inkoom est un arrière-latéral. D’autre part, la défense des Ghanéens enregistrait le retour du géant Vorsah (1m96) en lieu et place de Jonathan Mensah. Cette formation remaniée était ainsi composée du fantasque Kingson dans les buts puis, de gauche à droite, de Sarpei, John Mensah (capitaine), Vorsah et Pantsil. Devant ce quintet défensif, on retrouvait le récupérateur Annan. Ensuite, la ligne de quatre joueurs « offensifs » était formée par Muntari, Asamoah, Boateng et Inkoom. Enfin Gyan, l’attaquant du Stade Rennais, occupait le poste d’avant-centre.

Du côté de la Céleste, Oscar Tabarez avait choisi d’afficher son 4-4-2 en losange. Muslera était dans les cages derrière Fucile, Victorino, Lugano (photo ci-dessous) et Maxi Pereira (reculé du milieu vers l’aile droite de la défense). Ensuite, un milieu à trois était composé de gauche à droite d’Alvaro Fernandez, d’Alvarélo et de Pérez. Enfin, Suarez prenait l’axe gauche de l’attaque, Cavani l’axe droit et Forlan (capitaine) était en soutien.

Mais dans les faits, la formation ghanéenne s’est surtout appliquée à évoluer dans l’axe et sur l’aile droite avec un Muntari dans un rôle de relayeur axial. Du côté uruguayen, le jeu a plutôt penché sur la gauche avec un Suarez qui a souvent dézoné hors de l’axe, Cavani qui était au soutien et enfin Forlan qui jouait en pointe.


Une demi-heure où la Céleste a brillé (0 – 27ème)

On a déjà eu l’occasion de détailler le système uruguayen lors des analyses précédentes : gros pressing offensif autour de la ligne médiane, défense solide et contres fulgurants emmenés par Diego Forlan et conclus par Luis Suarez. Malgré la discipline ghanéenne, ce sont bien les Uruguayens qui ont dominé l’entrejeu jusqu’à la demi-heure de jeu. Serrant leur premier étau avec un pressing très agressif, la Céleste s’en est remis à son n°10 de l’Atletico Madrid pour amorcer les contres.

Se procurant une première occasion au moyen d’un centre qui passait juste au-dessus de la barre avant de revenir en jeu (3ème), c’est encore lui qui trouvait les poings de Kingson sur un coup-franc lointain (13ème) et qui obtenait un corner à la suite d’un contre initié par Cavani à quatre-vingts mètres des buts du portier ghanéen. Une actione qui ne mettait que six secondes à arriver jusque dans la surface de Kingson mais qui ne donnait rien (18ème).

Sept minutes plus tard, le pressing uruguayen était tellement intense que les Ghanéens créaient eux-mêmes les conditions de leurs angoisses. Alors qu’Inkoom avait décroché sur la gauche, il tentait une passe latérale vers l’axe à destination d’Annan. Erreur grossière puisque l’inusable Cavani anticipait la transmission et servait Forlan. En deux temps grâce à Pérez, le Madrilène pouvait frapper mais au-dessus (25ème). A la 27ème, c’était au tour de Vorsah d’inquiéter son sélectionneur avec un placement anarchique et un Suarez laissé complètement seul pour frapper. Le tir était une fois de plus repoussé par Kingson (27ème). Cette erreur tactique du défenseur central droit de Hoffenheim pouvait expliquer en partie le choix uruguayen de travailler majoritairement sur la gauche.


Quand le Ghana trouve la faille par la verticalité de ses passes (27ème – 64ème)

Source : Lequipe.fr

Alors que Vorsah ratait de justesse l’opportunité de se faire pardonner en reprenant un corner de la tête (30ème), c’est Prince Boateng qui enrhumait complètement son vis-à-vis en effectuant un grand pont. Puis, plongeant sur le flanc droit, il adressait un centre au premier poteau à Gyan qui reprenait sans contrôle mais sans cadrer (31ème).

Et là, le match s’emballa soudainement. A l’image de ce qui avait été fait contre les Etats-Unis, le Ghana a joué plus sobrement, plus simplement, dans les pieds et avec une certaine fluidité. Profitant de la blessure du capitaine et central droit uruguayen, Lugano (remplacé par Scotti à la 38ème), les coéquipiers de John Mensah ont brusquement pris l’ascendant sur le match. C’est tout d’abord Muntari et son profil de déménageur qui frôlait l’ouverture du score d’une belle tête au second poteau après un nouveau centre de la droite (39ème). Et tout d’un coup, on comprenait comment le Ghana avait repris le dessus depuis dix minutes.

Sur une action anodine, Annan acceptait de jouer le 4-1-4-1 effectif en étant coupé de ses quatre milieux offensifs qui se plaçaient après le premier rideau récupérateur. Le joueur de Rosenborg adressait une de ses nombreuses passes verticales au sol aux deux meneurs, Asamoah et Boateng, lesquels se retrouvaient ainsi avec la possibilité d’animer le jeu derrière le premier rideau récupérateur. En revanche, cette tactique comportait un risque car le pressing sur le porteur de balle –Annan– était beaucoup plus aisé à produire pour le trio Fernandez-Alvarélo-Pérez. Passé ce cap, le jeu était orienté sur l’aile droite pour Inkoom qui adressait un centre à destination de Boateng. Le jeune milieu de Portsmouth tentait un ciseau acrobatique remarquable mais malheureusement au-dessus (45ème).

A peine deux minutes plus tard, le pressing uruguayen montant offrait la possibilité à Annan de produire une nouvelle passe verticale de vingt mètres pour un Muntari disposant de près de trente mètres entre les deux rideaux. Son apport axial se montrait alors décisif. Sollicitant Gyan pour un une-deux, le joueur de l’Inter de Milan s’essayait à la frappe lointaine, précisément ce qui avait fait pêcher les Ghanéens face à l’Australie en poule. Mais cette fois-ci, ce tir surpuissant trompait un Muslera en retard et les Black Stars menaient 1-0 (45+2ème).

Les Uruguayens ayant encaissé leur premier but sur une construction de jeu de toute la compétitions, ils se frustraient et rentraient des vestiaires avec un fauchage en bonne et due forme sur Boateng. Arévalo, trop lent sur Muntari juste avant la mi-temps, n’avait visiblement pas évacué sa frustration et il était sanctionné d’un jaune.

Et alors qu’on avait le sentiment que le Ghana gérait le match à son rythme, accélérant quand il le voulait puisqu’il avait pris l’ascendant psychologique, il encaissait un but. Sur une montée d’un Fucile (latéral gauche) omniprésent au soutien offensif de ses attaquants, Pantsil ne pouvait que commettre une irrégularité, elle aussi punie d’un carton jaune. Le coup-franc qui s’en suivait, à une vingtaine de mètres près de l’axe gauche de la surface de réparation, était pour Diego Forlan. L’Uruguayen plaçait son ballon, s’élançait, frappait et remettait en selle son pays d’un magnifique tir sous la barre, bénéficiant au passage d’une mauvaise appréciation de Kingson qui avait anticipé sur sa droite (54ème). A 1-1, le Ghana plantait malgré tout une dernière brandille quand Boateng minait le premier poteau mais Muslera était bien sur la trajectoire (59ème).


Le second souffle uruguayen (64ème – 90ème)

Source : Sudouest.fr

Les hommes d’Oscar Tabarez lançaient alors la troisième phase d’un match fou, ouvert fluide et ponctué de nombreuses occasions. L’attaque uruguayenne avait retrouvé sa forme du match contre la Corée avec le retour de la permutation entre Suarez et Forlan ainsi qu’avec le soutien d’un Cavani omniprésent au soutien. Alors que justement Forlan prenait l’aile gauche, il servait son compère de l’attaque au second poteau et Kingson, ayant mal lu la trajectoire, ne pouvait que remercier Dieu. Suarez ne trouvait que le petit filet d’un but vidé (64ème).

Quelques instants plus tard, sur une nouvelle montée de Fucile dans le couloir gauche, Nicolas Lodeiro rentré à la place de Fernandez à la mi-temps, était au relai et glissait le ballon à Suarez dans l’axe gauche de la surface. Le meilleur buteur de la Céleste dans cette Coupe du Monde ne pouvait qu’expédier son ballon en tribune tant l’angle paraissait fermé (71ème). Cependant, l’Uruguay, plus percutant, dominait le jeu et provoquait des fautes. Autant de chances pour Forlan de briller sur des frappes lointaines (74ème et 78ème).

L’entrée de Stéphane Appiah en lieu et place de Samuel Inkoom permettait à la récupération ghanéenne de retrouver un peu de densité. Mais l’Uruguay renouait avec l’origine de sa tactique : le contre. Après un corner ghanéen mal négocié, l’Uruguay se lançait dans une admirable combinaison de passes rapides. Ce véritable rondo voyait pas moins de six joueurs uruguayens se jeter à l’assaut du but ghanéen. A la baguette, on retrouvait Forlan qui se servait d’Abreu comme pivot. Le remplaçant de Cavani (76ème) décalait Maxi Pereira qui ne pouvait trouver le cadre (82ème).

Boateng et Asamoah, pourtant si décisifs dans l’animation offensive des Black Stars, se montraient totalement asphyxiés, d’où le manque d’animation offensive. Mais les Uruguayens avaient également consommer beaucoup d’énergie et ils baissaient de pied.


Une étoile noire… (90ème – 120ème)

Source : Football365.fr

Alors que la prolongation débutait, on constatait que la restructuration ghanéenne était confirmée. Les Black Stars évoluèrent avec deux ailiers (Gyan et Adiyah), deux neuf et demis (Asamoah et Boateng) et deux récupérateurs (Annan et Appiah). Ce système devait permettre de proposer sans cesse des solutions axiales tout en continuant de distendre la défense adverse grâce aux ailiers mouvants.

Et s’il fallut attendre la 98ème minute pour voir la première réelle occasion de cette prolongation, elle annonçait pratiquement un quart d’heure de souffrances à une Céleste qui ne tenait plus qu’en reproduisant son schéma récupérateur du début de match. Enfonçant l’axe droit dans la surface, Gyan était repris juste avant de tirer par Scotti (98ème). Le Rennais enchaînait alors les appels déroutants et se retrouvait à la réception d’un centre pour une tête au premier poteau, complètement ratée (110ème). Juste le temps pour Forlan de manquer un contre tout fait en tirant au-dessus (114ème) puis la marée africaine reprit. Gyan encore une fois ratait de peu son contrôle dans la surface (115ème) avant d’obtenir deux corners (117ème). Boateng ne cadrait pas sa tête à l’issue d’une touche longue (119ème) avant d’effectuer un ultime passement de jambes magique. Il centrait et voyait sa passe se transformer en tir, bien capté par Muslera (120ème).

Si l’Uruguay avait essayé de forcer la décision à la fin de la deuxième période du temps réglementaire, c’était bien le Ghana qui semblait déterminé à accomplir son destin. Car sur un ultime coup-franc long excentré sur la droite, près de la ligne de touche, Pantsil envoyait le ballon dans la boîte et Asamoah coupait la trajectoire de la tête. Mais Muslera arrêtait sur sa ligne ! Adiyiah s’élevait alors pour tenter de marquer à son tour du haut de son crâne mais Suarez repoussait le ballon… illicitement. L’arbitre n’hésitait pas, il excluait le joueur pour une main volontaire commise sur la ligne (120ème). A ce moment crucial, Gyan avait le ballon du but au bout du pied mais, la pression n’aidant pas et alors qu’il avait déjà brillé deux fois dans l’exercice (contre la Serbie et l’Australie), il allumait la barre transversale (photo)…

La séance des tirs au but commença quelques instants plus tard. Forlan, Victorino et Scotti permettaient à l’Uruguay de marquer à trois reprises. De son côté, le Ghana voyait Gyan, courageux, se présenter en premier avant qu’Appiah ne transforme son pénalty. L’Uruguay menait donc 3-2. Moment choisi par le capitaine ghanéen, John Mensah, pour désespérer tous les espoirs africains de voir pour la première fois une équipe du continent aller en demi-finale de Coupe du Monde. Prenant trop peu d’élan, il faisait une passe de plage et Muslera bloquait sans problème. Mais dans la foulée, Pereira était lui aussi rattrapé par l’enjeu et tirait au-dessus, 3-2 toujours. Adiyiah, quatrième tireur allait alors au charbon et Muslera signait l’exploit d’arrêter un second tir. Derrière, Abreu ne tremblait pas et envoyait sa formation en demi-finales d’une « panenka » (petit ballon lobé plein axe) insolente mais efficace. 4-2.

Les Pays-Bas affronteront donc l’Uruguay dans une demi-finale rugueuse et serrée. Les deux équipes joueuses engagées vendredi ont donc quitté la compétition. Espérons simplement que les joueurs de la Céleste soient remis physiquement du combat qu’ils ont livré vendredi soir. Inutile d’insister sur la stupidité du geste de Suarez mais son attitude demeure indigne d’une Coupe du Monde…

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