La Tribune du Sport


Autant de peurs que de maux (3ème étape)

Publié dans Tour de France par Jean Giraud le 7 juillet 2010


Les pavés font peur au peloton

Cette étape a été marquée d’une pierre blanche par de nombreux directeurs sportifs à l’annonce du parcours du Tour. En effet, il est exceptionnel (2ème fois lors des 20 dernières années) d’inscrire des pavés dans la grande boucle du fait de la dangerosité de ce terrain. Les courses avec des pavés sont rares car circonscrites à la Belgique, à la France et aux mois de mars-avril. Peu s’y risquent et les coureurs qui osent faire Paris-Roubaix ou le Tour des Flandres font partie d’une caste à part, celle des « flandriens ».

Source :ASO

Rouler sur des pavés demande à la fois une grande agilité pour ne pas perdre son équilibre mais aussi un gabarit imposant pour être puissant sur un terrain plat. Les pavés sont un problème à la fois pour les petits gabarits de grimpeur, car ils encaissent tout le relief du pavé et peinent à avancer en comparaison des grandes carcasses, mais aussi pour les coureurs un peu maladroits et peureux, notamment ceux qui ne se sont jamais frottés à du pavé de leur carrière. La majorité des grands favoris avaient beaucoup à perdre aujourd’hui en étant décrochés par les meilleurs voire en chutant gravement.


Les Saxo Bank à l’offensive

L’échappée matinale était composée de sept téméraires : Steven Cummings (Sky), Ryder Hesjedal (Garmin-Transitions), Pavel Brutt (Katusha), Robert Kluge (Milram), Pierre Rolland (Bbox Bouygues Telecom), Imanol Erviti (Caisse d’Epargne) et Stéphane Augé (Cofidis). Hormis le départ de ces hommes il ne s’est rien passé avant le 1er secteur pavé situé à 45 kilomètres de la flamme rouge et la prise en main du peloton par l’équipe Saxo Bank. Elle possède dans ses rangs plusieurs grands spécialistes de ce terrain à même de viser l’étape (Fabian Cancellara) et d’accompagner efficacement les frêles frères Schleck. Bjarne Riis (le manager des Saxo Bank) préfère passer à l’offensive pour piéger les autres favoris. La conséquence est vite visible, le fort vent de face et le train d’enfer conduit par l’allemand Jens Voigt étire le peloton afin de faire craquer les plus faibles.

Source :ASO

Les Danois seront aidés dans leur entreprise de démolition par les Cervelo de Thor Husvod et les Radioshak de Lance Armstrong qui comptent bien profiter de l’étape pour conforter un maillot vert et mettre à profit les difficulté d’Alberto Contador (Astana) sur les pavés pour lui reprendre du temps.


Des chutes et des cassures

Au 35ème kilomètre et second secteur pavé, l’écart du peloton vis-à-vis des hommes de tête est de 35 secondes. Le rythme imprimé est diabolique sur les pavés : le peloton perd continuellement des éléments.

Source :L’equipe

Au 4ème secteur pavé, long de 2 kilomètres, le suisse Fabian Cancellara accélère avec dans sa roue Thor Husvod , ils plantent sur place la majorité des coureurs restants. Ne sont capables de suivre l’allure qu’Andy Schleck (Saxo Bank), Cadel Evans (BMC Racing), Geraint Thomas et Steve Cummings (Team Sky).

C’est dans ce même secteur que se produira le tournant de la course avec la chute violente de Franck Schleck qui retardera Lance Armstrong. Le Luxembourgeois a abandonné et fut conduit à l’hôpital. Au sortir de ce passage-clé de la course c’est l’hécatombe : Sanchez (Euskatel), Kreuziger (Liquigas), Basso (Liquigas), Contador (Astana), Menchov (Rabobank), Sastre (Cervelo) jouent leur Tour de France. S’ils concèdent trop de temps, ils ne pourront pas revenir dans la montagne et lors des étapes de contre-la-montre.

A 6 kilomètres de l’arrivée, le dernier survivant de l’échappé matinale, le Canadien Ryder Hesjedal est rejoint par le groupe Cancellara. C’est une grande performance de résister jusqu’au bout au retour des poursuivants qui sont motivés par la victoire d’étape pour Husvod et Thomas ; par la reconquête de son maillot jaune pour Fabian Cancellara ; et par distancer ses concurrents au général pour Andy Schleck et Cadel Evans.


La victoire de Thor Husvod

Le groupe des sept ira au bout et le sprint sera gagné avec facilité par le Norvégien. Bravo à lui qui conforte sa première place au classement par points récompensant le meilleur sprinteur. Fabian Cancellara aura été le seul capable de renverser la vapeur et porter une attaque tranchante contre Husvod mais il a donné l’apparence constante de vouloir gagner sans abandonner son jeune leader : hausser le rythme mais ne pas pousser Andy Schleck à son point de rupture. Il n’est pas parvenu à résoudre son dilemme et s’incline alors qu’il avait visiblement des jambes de feu à défaut d’un vélo-électrique.

Source :ASO

Souvent dans ce genre de combat, la chance prend une importance forte. Entre celui qui perce et celui qui est épargné par le destin, cela peut faire une différence cruciale à l’arrivée. Lance Armstrong était devant Alberto Contador avant qu’il ne soit victime d’une fatale crevaison et il finit à une minute de l’Espagnol. Contador perd dans les trente secondes sur une erreur mécanique à la flamme rouge. Franck Schleck est connu pour être un athlète maladroit sur sa machine mais il chute tout seul et se fracture la clavicule. Et que penser de l’infortune cruelle de la double crevaison de Sylvain Chavanel et de sa chute ? Il y perd le maillot jaune pour une minute.

Les étapes pavées ont cette délicieuse incertitude que nous retrouvons dans certains matchs de football quand la chance fait basculer un match et écrit la légende. Aujourd’hui, certains coureurs ont été bons mais il leur a manqué une bonne étoile.

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