L1 : Montpellier a intelligemment battu Bordeaux
Des compositions incomplètes
Bordeaux en reconstruction
C’est un Bordeaux décimé sur le plan défensif avec quatre remplaçants sur cinq titulaires habituels qui a débuté le championnat dimanche, face aux Héraultais. Marc Planus, Michaël Ciani, Matthieu Chalmé et Cédric Carrasso manquaient à l’appel. Et comme les malheurs n’arrivent jamais seuls, Henrique et le portier historique de Bordeaux, Ulrich Ramé, étaient également absents. Entre les blessures des uns (Ciani, Chalmé, Carrasso, Ramé) et les suspensions des autres (Planus, Henrique), la tâche s’annonçait compliquée, d’autant plus que le schéma recomposé de Bordeaux change l’aspect du premier rideau défensif, celui formé par le milieu de terrain.
En effet, le 4-2-3-1 adopté par Laurent Blanc avec Marouane Chamakh n’a plus cours, notamment en raison du départ de ce dernier. Le nouvel entraîneur, Jean Tigana, a affirmé depuis un mois une stratégie dessinée pour Yoann Gourcuff, un 4-4-2 où l’international tricolore évolue à un poste de n°10 plus traditionnel. Mais ce nouveau dispositif a tendance à resserrer le pressing dans l’axe du terrain durant les phases défensives. Or Bordeaux a toujours bénéficié d’une certaine largeur avec systématiquement un joueur offensif dans un couloir pour défendre (Wendel à gauche, Plasil à droite par exemple).
En résumé, c’est donc un Bordeaux en pleine reconstruction de son identité de jeu qui affrontait Montpellier. Dans les cages, on retrouvait le jeune Olimpa (22 ans) puis devant lui (de droite à gauche), Sané (23 ans), Savic (20 ans), le milieu défensif Fernando et l’insaisissable Trémoulinas. Le milieu de terrain en losange voyait Alou Diarra (capitaine) au poste de sentinelle devant la défense, Wendel prenait l’axe gauche, Plasil l’axe droit tandis que Gourcuff chapotait le tout. Devant, la doublette Cavenaghi-Gouffran avait pour mission de tenter de faire oublier le départ de Chamakh vers Arsenal.
Montpellier sans défense
Du côté montpelliérain, tout n’est pas rose non plus. Jeudi, les joueurs de René Girard (photo) étaient sortis prématurément de Coupe d’Europe après une défaite aux tirs au but contre les modestes Hongrois de Györ. La Ligue Europa s’achevait donc avant même d’avoir commencé ! Ajoutez à cela les départs de l’attaquant Victor Hugo Montano pour Rennes et celui, plus douloureux, d’Alberto Costa pour le FC Valence en Espagne, soit les deux meilleurs joueurs du MHFC de l’an passé. Et enfin une défense, là aussi, très amoindrie. Dzodic blessé, El-Katouari incertain et Spahic suspendu, les Montpelliérains avançaient à tâtons.
Pour palier toutes ces absences, l’équipe avait donc été complètement remaniée par René Girard. Dans les buts, Jourdren avait la charge de rassurer une charnière inédite composée des jeunes Stambouli (20 ans dans cinq jours) dans l’axe droit et Yangambiwa (21 ans) dans l’axe gauche. Garry Bocaly étrennait son transfert définitif vers le Languedoc Roussillon au poste de latéral droit tandis que Jeunechamp assumait la charge à gauche. Devant, un milieu à trois organisé autour du capitaine, Romain Pitau, de Joris Marveaux à droite et de la recrue censée remplacer Costa, le Chilien Estrada à gauche. En attaque, les deux nouveaux visages se nommaient Olivier Giroud (de retour de prêt de Tours) dans l’axe et Hasan Kabze (international turc laissé libre par le Rubin Kazan) sur le côté gauche. A droite enfin, on retrouvait Souleymane Camara.
Un match quasiment à sens unique pour La Mosson…
Montpellier, un hôte dominateur, collectif et réaliste (0 – 48’)
Les Bordelais diront peut-être le contraire mais ce sont bien les Montpelliérains qui se sont procurés les occasions les plus franches au cours d’un match qui s’est déroulé par fulgurances. La seule constance de la rencontre ne résida pas dans le jeu ou dans les occasions mais dans le respect de l’organisation mise en place par les deux entraîneurs. En résumé, aucune des deux formations ne voulait perdre mais chacune espérait tout de même gagner, d’un but.
Ce genre de matchs assez fermés sont assez fréquents à ce moment de la saison puisqu’ils se situent en plein milieu de la préparation physique et tactique, ainsi que de la prise d’automatismes entre nouveaux coéquipiers.
Dès le début du match pourtant, les Bordelais évoluent haut sur le terrain durant leurs phases offensives avec la charnière centrale Fernando-Savic qui s’installe à une dizaine de mètres de la ligne médiane. Lors des phases défensives, le pressing est particulièrement intense et haut, grâce notamment à Gouffran et Cavenaghi qui effectuent un gros travail pour gêner la relance. Par ailleurs et alors qu’on pensait que Bordeaux allait peut-être manquer de latéralité, il n’en fut rien. Le champion de France 2008-2009 vit ses deux milieux axiaux, Wendel et Plasil, s’excentrer régulièrement. Et c’est justement sur une percée du Brésilien que Bordeaux se procurait sa première et seule grosse occasion du match. Le n°17 des Girondins débordait sur son flanc avant de servir Trémoulinas qui avait repiqué dans l’axe au lieu de proposer le dédoublement. Le petit lutin se mettait sur son pied droit et expédiait un tir honorable qui, contré par Stambouli, manquait de tromper Jourdren. Il fallait la chance et le poteau pour que Bordeaux n’ouvre pas le score (13’).
Mais cette tentative ne cachait pas la domination héraultaise. S’appuyant sur un 4-5-1 défensif centré autour de son milieu à trois relayeurs très dur à franchir (Marveaux, Pitau, Estrada) et sur le recul de Kabze à gauche et de Camara à droite, Montpellier a gagné la bataille tactique du match. Utilisant à merveille la fragilité qu’un 4-4-2 mal maîtrisé peut représenter en termes de replacement sur les transversales -puisqu’il s’agit tout de même d’une formation très axiale en défense-, les hommes de René Girard ont parfaitement récité la partition écrite par leur coach au sang chaud. Dès la 6ème minute, c’est Garry Bocaly (photo ci-dessus) qui s’illustrait d’une touche longue à destination d’Olivier Giroud, seul au second poteau. Mais le meilleur buteur de la Ligue 2 2009-2010 ne cadrait pas sa tête, fort heureusement pour un Olimpa en retard.
Cinq minutes plus tard, même endroit avec le même Bocaly qui jouait cette fois la touche en deux temps et centrait du pied gauche pour Kabze, seul lui aussi au second poteau. Le retour de Sané était inutile en raison de la feinte du tir de l’international turc. Mais s’emmêlant un peu les crayons, il simulait odieusement un retour irrégulier de Savic. L’arbitre de la rencontre, Monsieur Ennjimi, ne se laissait pas abuser (11’).
Après quoi, le rythme s’est peu à peu affaissé. Bordeaux s’est moins livré et Montpellier a eu moins d’occasions de déborder son adversaire grâce à ses changements d’aile aériens. Et lorsque le jeu se ferme, c’est bien souvent les coups de pied arrêtés qui permettent de maintenir la pression. Un coup-franc lointain et trois corners consécutifs, tous tirés par Estrada, fournirent l’occasion à Romain Pitau de décocher une frappe des vingt mètres, repoussée par le genou d’Alou Diarra (26’). Quelques instants plus tard, l’international chilien ne s’illustrait pas par sa capacité de passe mais par sa faculté à trouver le cadre. A plus de trente mètres, il mit Olimpa à contribution en l’obligeant à repousser d’une belle horizontale au sol son tir plongeant qui allait tout droit dans le petit filet (27’).
A la demi-heure de jeu, chacune des deux équipes travaillait prioritairement sur son aile gauche. Côté Montpellier pour déplacer le bloc girondin et libérer le couloir droit de Bocaly. Côté Bordeaux car Sané n’est pas Chalmé et le seul latéral à pouvoir apporter le surnombre s’appelait Trémoulinas. Mais la construction girondine est demeurée brouillonne. Seul Gourcuff, parcourant 6,3 km en une mi-temps (!) avait la disponibilité et la mobilité nécessaires pour fournir des solutions entre les deux rideaux bien huilés des Héraultais. Sinon, exception faite de l’énergie déployée par Wendel en début de match -qui s’éteignit progressivement-, le reste de l’attaque bordelaise n’était pas au rendez-vous…
A l’inverse, la vision du jeu d’Estrada a vraiment été remarquable durant la première période. De plus, la tactique de placer le trio Kabze-Giroud-Camara sur la largeur de la surface de réparation a eu pour effet de tasser la défense girondine et donc de laisser des espaces sur les ailes. Et c’est fort logiquement que l’on a retrouvé les deux hommes les plus en vue de cette première période, Estrada et Bocaly, à la concrétisation de cette domination. Le premier adressait un bijou de centre sur un coup-franc des quarante mètres pour le second qui coupait la trajectoire de la tête au premier poteau. A vingt-deux ans et avec seulement vingt matchs en Ligue 1, l’ex-joueur de Marseille ouvrait le score pour sa formation. 1-0 pour Montpellier (48’).
Yoann Gourcuff et pis f’est tout ! (48’ – 90’)
Comment ne pas souligner l’importance de la prestation de l’international tricolore ? Si en première période il a su être un véritable dynamiteur du système montpelliérain en allant parfois jusqu’à décrocher dans le rond central d’une manière très intelligente pour éviter Romain Pitau, sa deuxième mi-temps aura été écourtée par une semelle violente de ce dernier. La sortie du jeune Girondin (65’) aura été plus que préjudiciable à Bordeaux puisque Jussié, son remplaçant, n’a tout simplement pas existé…
Et pourtant, une dizaine de minutes auparavant, il avait montré une fois encore la voie à ses partenaires en prenant l’intervalle, en pénétrant dans l’axe gauche de la surface et en tirant sur Jourdren (54’). Un peu avant, son engagement avait même manqué de lui faire commettre une faute grave sur Jourdren (photo). Mais une fois son meneur de jeu sorti, Bordeaux s’est cherché sans jamais se trouver. Il y avait un Bordeaux avec Yoann et un Bordeaux sans Gourcuff…
Et si Montpellier n’a pas doublé la mise, il le doit à deux choses essentiellement. La première, c’est son manque de fraîcheur. En pleine préparation physique et trois jours seulement après avoir été défait au terme de cent vingt minutes de combat en Ligue Europa, les Héraultais ont clairement accusé le coup après l’heure de jeu. En témoignent les quatre cartons jaunes reçus, soit pour des gestes d’antijeu soulignant le manque de sérénité, soit pour des tacles en retard (Pitau à la 77’, Kabze à la 82’, Aït-Fana à la 90’ et Jeunechamp dans les arrêts de jeu).
La seconde tient au manque d’automatismes offensifs d’une équipe qui cherche encore la bonne formule après avoir perdu son meilleur buteur (Montano) et son meilleur passeur (Costa). L’apport d’Estrada pour compenser le départ de Costa est indéniable mais Giroud peine encore à trouver ses marques dans une formation qui était habituée aux appels en profondeur de Montano et qui n’exploite pas encore les qualités de pivot (aérien et au sol) de sa nouvelle recrue. Ce déficit s’est d’ailleurs matérialisé par le peu d’occasions que s’est créé l’ex-Tourangeau… Mais de part et d’autre, il n’y a plus eu d’occasions franches après la frappe de Gourcuff. Le match s’est enlisé dans une fatigue bien légitime à ce stade de la saison.
Focus sur l’intelligence de Montpellier
Tactiquement tout d’abord. On peut clairement dire que le 4-4-2 en losange aligné par Jean Tigana a souffert face à la triplette du milieu de terrain héraultais lorsque les Girondins étaient à l’attaque avec un 4-5-1 montpelliérain particulièrement hermétique. Mais la souffrance fut aussi ressentie par les Girondins lorsqu’ils défendaient puisque le 4-4-2 en losange fournissait l’occasion à l’équipe adverse de pouvoir changer d’aile régulièrement et de faire courir beaucoup le milieu bordelais d’un côté à l’autre du terrain. Le maître de ces changements d’orientation fut incontestablement Estrada, homme du match selon moi (photo). Par ailleurs, faire bouger un milieu en losange, plutôt placé dans l’axe en défense, ainsi qu’une charnière inhabituelle (Fernando-Savic), c’est s’offrir des espaces entre les lignes de manière certaine. C’est ce qu’a très bien compris et fait Montpellier pendant près d’une heure.
Mentalement enfin. En effet, Montpellier a multiplié les actes allant de la filouterie la plus ingénue jusqu’au mauvais geste caractérisé : la simulation de Kabze (11’) ; le tacle par derrière de Marveaux sur Wendel (35’) ; la simulation de Camara provoquant le coup-franc à l’origine du but (48’) ; la semelle non sanctionnée de Pitau sur Gourcuff (63’) ; l’antijeu du même Pitau qui empêchait Jussié de jouer rapidement un coup-franc (78’) ; coup-franc où Stambouli retenait honteusement Sané par le maillot, lui faisant manquer sa tête (78’) ; la simulation de Jeunechamp face à Sané, récompensée injustement d’une faute (80’) ; le tacle par derrière de Kabze sur Ayite (82’) ; le tacle par derrière de Jeunechamp sur Ayite à nouveau (90’) et l’antijeu d’Aït-Fana qui gênait la relance rapide sur coup-franc de Savic (90+3’). Sans compter la pression permanente mise par René Girard sur l’arbitre assistant, à tel point qu’il manquait de se faire exclure dans les arrêts de jeu de la seconde période par Monsieur Ennjimi. Tout cela n’est pas très élégant.


