La Tribune du Sport


La France gagne en Bosnie grâce à son trio au milieu de terrain

Publié dans Foot' International par Roland Richard le 8 septembre 2010
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Source : Football365.fr

Deux formations axiales pour un choc au milieu de terrain

 

La Bosnie était pourtant une équipe qui faisait frémir. Jeune nation du football puisque le pays n’existe que depuis 1992, date où il a proclamé son indépendance de l’actuelle Serbie, la Bosnie avait tout pour inquiéter l’équipe de France. Pourtant réputée remarquable offensivement et auteur d’une belle double-confrontation en barrages de la Coupe du Monde face au Portugal, le choc du groupe contre la France a largement tourné à l’avantage des visiteurs.

Les compositions n’avaient rien de surprenant. Du côté bosnien, on avait employé les grands moyens en reconduisant le cinq offensif de devant et plus globalement le onze qui avait débuté la rencontre au Luxembourg. Avec des joueurs que la France connaît bien tels qu’Emer Spahic (Montpellier) ou Miralem Pjanic (Lyon), la formation bosnienne avançait à terrain découvert dans un 4-4-2 en losange très axial et emmené par ses deux grands attaquants, Dzeko (1m92) et Ibisevic (1m89).

Côté français, les blessures de Hoarau, de Rémy et de Saha contre le Bélarus vendredi dernier permettaient à Benzema de refaire son apparition au poste d’avant-centre ainsi qu’à Valbuena d’être récompensé de sa belle performance vendredi pour s’imposer sur l’aile droite. La France évoluait ainsi en 4-1-4-1, une formation en général très agréable à regarder avec un milieu dense et combatif composé du trio Diaby-Diarra-M’Vila. Par ailleurs, c’est le Bordelais qui récupérait le brassard de capitaine. Exit donc Ménez, assez transparent contre la Biélorussie.

Cette formation devait notamment fournir une capacité nouvelle à l’équipe de France : celle d’occuper l’axe du terrain. Laurent Blanc avait également abandonné son système à deux récupérateurs, du moins en apparence puisque son trio axial était en réalité composé de trois milieux à vocation défensive ou du moins, relayeuse.

Vingt premières minutes pour se mettre en confiance (0 – 19’)

 

Absent de la finale de Coupe du Monde remportée face au Brésil ce fameux 12 juillet 1998 mais adepte d’un système défensif imperméable, Laurent Blanc a renoué avec la tradition d’une équipe de France qui construit son jeu sur une solidité à toute épreuve derrière. Sur le plateau de L’Equipe TV lundi soir, Emmanuel Petit insistait d’ailleurs sur cette vérité absolument fondamentale sur laquelle je m’étais également attardé l’an dernier après le match aux Féroé : on construit une équipe sur une charnière et sur la récupération, domaines où la France avait construit sa victoire en 1998 avec un trio au milieu de terrain complètement hermétique et très difficile à contourner : Petit – Deschamps – Zidane.

Rappelant ainsi le cours de l’histoire du jeu français des années dorées, l’ancien joueur d’Arsenal et de Chelsea avait également expliqué que ce n’est qu’après, en 1999 et jusqu’en 2001, que la France avait pris conscience de la potentialité de son beau jeu.

Ainsi, Laurent Blanc a plus que retenu la leçon. Prenant en main personnellement – fait rarissime – la mise en place tactique de la défense bleue lors de l’entraînement dimanche, il a insufflé une force mentale et un état d’esprit qu’on a pu constater d’emblée. Mieux, il a également imposé un nouveau trio au milieu de terrain composé de trois milieux récupérateurs ! Certes Abou Diaby est un joueur polyvalent, plus proche du milieu « central » à la Steven Gerrard ou à la Patrick Vieira, mais tout de même. Quel changement !

Et c’est bien cette nouvelle énergie qui a inspiré un quatuor défensif impénétrable et un trio récupérateur intraitable dans l’axe. Idéal en somme face à une formation bosnienne habituée à avoir le ballon et à jouer au sol au sein d’un milieu adverse souvent dépassé par la rapidité et l’aisance technique des joueurs d’Europe méridionale.

Ce fut ici tout l’inverse qui se produisit pour une absence totale de tir bosnien en première période, rien de moins. Après à peine dix minutes de jeu, l’équipe de France prenait conscience de la sérénité qui régnait dans sa moitié de terrain et pouvait ainsi se lancer à l’assaut avec une fougue nouvelle et un Karim Benzema étincelant pour la première fois depuis des mois. En confiance, c’est le Madrilène qui se procurait la première occasion nette du match. Seul face à la charnière centrale Spahic-Nadarevic, il déposait les deux joueurs à coups de dribbles rapides et utiles avant d’allumer l’extérieur du poteau droit (12’).

Et malgré l’abnégation des Bosniens à vouloir conserver le ballon, les 52 % de possession ne révélaient qu’une chose : leur incapacité à franchir le premier rideau tricolore et l’impossibilité à faire autre chose qu’à se passer le ballon de manière latérale. Les joueurs de Safet Susic s’en remettaient donc aux coups de pied arrêtés comme sur ce coup-franc excentré sur la droite mais bien repoussé par un concert de têtes françaises (14’). Rendez-vous compte ! Même dans ce domaine pourtant criant de fragilité sous l’ère Domenech, les Français s’étaient endurcis et la paire Rami-Mexès (photo) faisait déjà merveille.

De l’autre côté, Karim Benzema répondait d’un coup-franc direct à vingt-cinq mètres frôlant la lucarne gauche de Hasagic ainsi que l’ouverture du score (19’). Ces vingt premières minutes ne laissaient pas de place au doute : la France dominait outrageusement son adversaire et ce dans tous les compartiments du jeu.

C’est grâce à cette quiétude construite sur les deux piliers du jeu que constituent l’hermétisme défensif et la récupération haute que la France a pu ensuite développer un jeu offensif séduisant basé sur une tactique totalement différente de celle qui avait été mise en place contre le Bélarus.

Source : LeFigaro.fr

Quarante minutes d’usure mentale et d’une domination sans partage (20’ – 64’)

 

De manière générale, le jeu offensif se construit de deux manières, la première réside dans la relance des défenseurs centraux, qu’il s’agisse de longs ballons aériens – comme Piqué sait magistralement bien le faire avec l’Espagne – ou de passes au sol ; et la seconde tient au type de récupération choisi. En l’occurrence, dans ce 4-1-4-1, que l’on peut également considéré comme un 4-3-3, Laurent Blanc avait bien fait les choses en mettant en place un carré de quatre joueurs agissant comme un étau au pressing. De cette manière, la France ressemblait davantage, dans les phases défensives, à un 4-1-2-2-1. Volontairement très axial pour contrer le 4-4-2 en losange de Safet Susic, ce carré composé d’Abou Diaby et Yann M’Vila d’une part ainsi que de Florent Malouda (photo du haut) et Mathieu Valbuena d’autre part a tout simplement détruit la conception bosnienne du jeu. Ainsi, la récupération fut de plus en plus haute au fil du match et la France a égrené les occasions comme des perles.

Le second atout de l’équipe de France, à l’origine d’une bonne partie des occasions tricolores, fut la maîtrise technique de deux gestes : la passe verticale pour les relanceurs et la capacité à se retourner après avoir réalisé un contrôle dos au but pour les attaquants. Contrairement aux erreurs techniques commises à répétition contre la Biélorussie, la France a dominé son sujet également dans ce secteur qui correspond normalement à celui qui progresse de la manière la plus lente car il implique des automatismes importants et donc du temps de jeu en commun.

Après une bonne récupération de Sagna, M’Vila offrait donc un de ces caviars verticaux – comprenez dans le sens qui va d’un but à l’autre – et si Benzema s’était montré plus spontané, il aurait sûrement ouvert le score (26’). Deux minutes plus tard, Diaby sollicitait le une-deux avec Malouda pour être servi dans l’axe gauche de la surface. Là encore, son dernier contrôle manqué l’empêchait de frapper et laissait Hasagic lui chiper le ballon dans les pieds (28’).

Dès lors, la titularisation de Valbuena et de Benzema prenait tout son sens et fournissait une complémentarité totale à l’attaque française. Le Madrilène renouait avec son passé prestigieux de futur grand avant-centre des Bleus tandis que le Marseillais s’évertuait à jouer les feux follets insaisissables. En confiance, les trois attaquants – n’oublions pas Malouda – furent inlassablement servis par ces passes verticales. A la baguette, Rami, Mexès, Diaby et Diarra furent redoutables de précision dans l’exercice. L’ultime occasion de la première période fut un tir lointain de Benzema, une fois de plus en lumière, à une vingtaine de mètres mais Hasagic repoussait bien à propos (44’).

La deuxième période recommença comme la première avait terminé, avec des fautes bosniennes. Pjanic et Ibisevic se voyaient complètement dépassés dans leur replacement défensifs et agacés d’avoir le dessous notamment face à M’Vila et Rami au milieu de terrain. Les occasions françaises continuèrent de se succéder et l’on commençait à craindre que l’ultime péché français, celui de l’efficacité devant le but, ne soit, lui, pas absout. Un coup-franc lointain tiré par Florent Malouda trouvait bien Diaby mais ce dernier ne cadrait pas sa tête qui passait au-dessus des cages (60’). C’était le dixième tir français mais seuls quatre avaient été alors cadrés.

Les Bosniens ne pouvaient donc s’en remettre qu’à des coups de pied arrêtés pour exister offensivement et il ne s’en fallait d’ailleurs de peu que Pjanic ne parvienne à signer le hold-up parfait. A près de quarante mètres et légèrement excentré sur la droite, le Lyonnais s’essayait à un tir tendu du pied droit en direction de la lucarne gauche adverse. Fort heureusement, le portier des Bleus Hugo Lloris, également le partenaire de club de Pjanic, anticipait la tentative et la repoussait en corner (64’).

Une ultime variation pour un match en tous points réussi (65’ – 90’)

 

On l’a déjà précisé, la France a construit son jeu très différemment de ce qu’elle avait pu faire contre le Bélarus. La dernière différence résida dans un jeu très peu porté sur les ailes. Bakary Sagna a ainsi très rarement pris l’initiative de monter sur le flanc droit pour épauler Valbuena et Gaël Clichy ne l’a pas beaucoup plus fait. Et ceci peut s’expliquer assez aisément.

Au vu du match contre le Bélarus, que Safet Susic ne peut avoir manqué de regarder et de décortiquer, la France devait clairement évoluer librement sur les ailes avec des montées très fréquentes de ses latéraux. On avait d’ailleurs pu se lamenter de la pitoyable précision des deux joueurs d’Arsenal sur les centres, secteur qu’Arsène Wenger se vante pourtant de travailler énormément à Londres. Qu’importe, Safet Susic avait bien évidemment reconduit son 4-4-2 losange en attaque mais il l’avait distendu en défense pour empêcher les latéraux de monter. Comptant sur la supériorité technique de ses joueurs, il pensait aussi maîtriser l’axe. Mais Laurent Blanc a totalement déjoué les pronostics de son homologue. Car au final, les rares montées des latéraux et les fameuses passes verticales françaises ont profité des béances que les Bosniens ont laissé entre eux au milieu de terrain. De plus, la technicité était indéniablement française. Enfin, durant la dernière demi-heure, deux éléments supplémentaires sont venus s’ajouter au calvaire bosnien : la supériorité physique des Bleus et leurs permutations offensives incessantes.

Au premier chef, on ne pourra que se réjouir d’avoir vu un Karim Benzema tant dézoner et prouver en même temps que l’on peut quand même être un grand avant-centre, buteur qui plus est. Tandis que Valbuena et Malouda sont régulièrement venus se substituer à lui dans l’axe lorsqu’il avait choisi de prendre une aile. Toutes ces caractéristiques du jeu français et de l’intelligence de Laurent Blanc furent à l’origine d’innombrables fautes bosniennes en seconde période, spécialement sur Mathieu Valbuena. Rahimic commettait ainsi un attentat à la 69’ minute en additionnant tous les critères du carton rouge : intégrité de Mathieu Valbuena remise en question, le Croate ne jouait pas le ballon, il maîtrisait mal son geste et l’effectuait par derrière… On peut même douter de l’intention de jouer le ballon. Mais M. Brych ne l’entendait pas de cette manière et faisait probablement son seul mauvais choix de la partie.

Deux minutes plus tard, la France, comme révoltée par cette injustice, ouvrait le score. Un but qui concrétisait la domination française et venait plonger le Stade de Sarajevo dans le silence. A l’origine, une nouvelle passe verticale d’Alou Diarra pour Florent Malouda qui décalait sur le côté gauche Gaël Clichy. Le joueur d’Arsenal, monté pour l’occasion, servait au sol plein axe dans la surface Karim Benzema. L’ex-Lyonnais sortait une roulette magnifique sur Spahic pour se retourner et frapper du gauche sans que Nadarevic ne puisse intervenir (photo ci-dessus). Hasagic, le gardien, ne pouvait qu’effleurer le ballon qui venait battre le petit filet. La France menait logiquement 0-1, (72’).

Les Bosniens n’eurent pas le temps de se ressaisir qu’ils en encaissaient un second. Et c’est ce qui est le plus réjouissant, car la France a non seulement dominé la Bosnie mais elle s’est en plus tenue à sa volonté de produire du beau jeu avec ici un superbe jeu en triangle au terme d’une remarquable construction. Valbuena était à l’origine du mouvement. Plein axe, en poste de milieu central, il vint servir Benzema qui avait pris le flanc droit. Le Madrilène offrait un caviar plein axe dans la surface à Diaby qui avait plongé. Celui-ci remettait instantanément en retrait aux seize mètres à Valbuena qui ouvrait finalement son pied pour Malouda sur la gauche, tout en tombant. Dans ce jeu multiple, Hasagic s’y perdait et était aisément trompé par le joueur de Chelsea qui n’avait qu’à ajuster son plat du pied gauche pour le 0-2 (76’).

La France accélérait alors le rythme, comme consciente de l’exploit en marche. S’imposer sur un score net en Bosnie, chez le meilleur du groupe, était à portée de main. Valbuena mit une première fois Hasagic à contribution d’une frappe du droit dans l’angle fermé (79’). Benzema s’essaya quant à lui à la frappe croisée de l’autre côté mais sans trouver le cadre (81’). L’ultime occasion fut encore pour le Madrilène. Positionné une nouvelle fois en meneur de jeu, Mathieu Valbuena décalait Matuidi (rentré à la place de Malouda) sur l’aile gauche. Pour sa première sélection, le Stéphanois adressait un bijou lobé à Benzema complètement seul au point de pénalty. Enchaînant contrôle poitrine et reprise de volée, il fallait une sortie héroïque de Hasagic pour empêcher le ballon de rentrer (90’). Le corner qui s’en suivit ne donnait rien malgré un nouveau bon centre de Matuidi (91’).

L’arbitre pouvait ainsi siffler la fin du match (0-2) et la France remportait sa première victoire convaincante depuis le match contre la Serbie au Stade de France le 10 septembre 2008 (éliminatoires de la Coupe du Monde 2010) où les Bleus s’étaient imposés 2-1 pour la première sélection de Yoann Gourcuff. Un succès très encourageant pour la suite de la compétition et qui ravissait d’ailleurs Laurent Blanc en conférence de presse…

5 Réponses à 'La France gagne en Bosnie grâce à son trio au milieu de terrain'

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  1. [...] le début de sa campagne de qualification, le technicien a testé un système par match. Contre la Bosnie, il s’agissait du 4-3-3 « costaud », précieux contre les équipes joueuses comme la Bosnie. Le [...]


  2. [...] à la performance à sens unique proposée face à la Bosnie où les Bleus avaient été les seuls à exister, le match a cette fois fonctionné par cycles de [...]


  3. [...] sous le maillot bleu au début de la saison 2009-2010 ? Ensuite, avez-vous vu le Karim Benzema contre la Bosnie ? Et celui, mercredi soir, contre le Brésil (photo, à g.) ? Source : [...]


  4. [...] dès mardi soir, mais aussi pour reproduire une performance de haut vol, comme ce fut le cas au match aller, face à la Bosnie-Herzégovine le 11 octobre prochain au Stade de [...]


  5. [...] manière générale, on a tout de même regretté la performance de haut vol contre la Bosnie où l’équipe adverse avait certes un profil joueur, technique et axial mais où la France avait [...]


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