La Tribune du Sport


Liga espagnole : le Barça a offert au public un « Clasico » en or

Publié dans Liga Espagnole par Roland Richard le 30 novembre 2010
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Source : El Nuevo Diario

Mourinho a fait un pari trop offensif pour son Real

Comme vous vous en êtes sûrement rendu compte, je ne suis pas un grand fan des statistiques pour analyser les matchs de football. Mais certains chiffrent ne trompent pas : 67 % de possession de balle pour le Barça ; jamais Mourinho n’avait connu un 4-0 (ou plus) depuis qu’il est entraîneur de football ; cinquième victoire consécutive du Barça contre le Real (le record est de 6 et remonte au milieu des années 1960) ; cinq buts pour un Barça qui ne s’est offert que sept tirs cadrés.

Il s’agissait pourtant de la confrontation des deux meilleures équipes européennes actuelles, des deux effectifs les plus pléthoriques du monde avec celui de Manchester United et enfin, des deux meilleurs tacticiens actuels.

La tactique fut d’ailleurs absolument déterminante dans ce match. Très vite, on a pu constater que José Mourinho (photo) n’avait pas mis en place un schéma défensif comme il avait pu le faire pour remporter la finale de la Ligue des Champions face au Bayern lorsqu’il était à la tête de l’Inter en mai dernier.

Il n’a pas non plus reconduit un schéma mixte qu’il avait imaginé pour la demi-finale aller contre ce même Barça. Non, il a voulu la jouer « à l’espagnol », c’est-à-dire en effectuant un pressing très haut, quinze mètres à l’intérieur de la moitié de terrain catalane. Mais le problème a d’emblée résidé dans le schéma utilisé pour un tel pressing : le 5-2-3. Faisant reculer Di Maria sur le côté gauche pour former le « 5 » du second rideau, afin de couvrir les montées de Daniel Alves, le latéral droit du Barça, José Mourinho a concentré son pressing dans l’axe, ignorant les côtés et fatiguant ainsi ses joueurs qui ne pouvaient qu’être en retard devant la vitesse de circulation de balle des Barcelonais.

Le 4-2-3-1 imaginé par Mourinho dans les phases offensives avec une composition de rêve (Casillas ; Ramos-Pepe-Carvalho-Marcelo ; Khedira-Xabi Alonso ; Ronaldo-Özil-Di Maria ; Benzema) n’a jamais eu le temps de s’installer dans la partie sinon pendant une dizaine de minutes après que Ronaldo avait bousculé Guardiola qui refusait de lui donner le ballon (32’). Sinon, rien.

De l’autre côté, Barcelone a très vite mis le pied sur le ballon pour ne plus le lâcher. Sur 90 minutes de jeu, on dit souvent qu’il y a à peine 60-65 de temps de jeu effectif – le reste étant absorbé par les différentes phases arrêtées (fautes, touches, dégagements, blessures). Imaginez donc que le Real n’a réellement touché le ballon que 20-22 minutes…

Source : Europapress

L’« attaquant-fantôme » de Pep’ Guardiola

Or au bout de vingt minutes justement, le Barça menait déjà 2-0. La tactique employée par Guardiola n’était pas inhabituelle avec un bloc-équipe catalan évoluant extrêmement haut – la ligne des quatre défenseurs jouxtant la ligne médiane – et un système en 4-3-3 éprouvé avec un seul récupérateur officiel. Mais elle comprenait une théorie du jeu que je ne connaissais pas. Je crois pouvoir dire que malgré tous les matchs que j’ai vus et analysés, je n’avais jamais vu cette idée-là, à l’origine des trois premiers buts du Barça : celle de l’attaquant-fantôme.

Sur la feuille de match, on lisait la composition suivante pour le Barça : dans les buts, Valdés ; en défense de droite à gauche, Alves-Piqué-Puyol-Abidal ; au milieu, Xavi-Busquets-Iniesta ; et en attaque, Pedro-Messi-Villa. Sauf que dans les faits, Messi n’a pas joué avant-centre, il a joué n°10 et parfois même un cran en-dessous, n°8. Il y avait donc une place vacante au poste de n°9 qu’ont tour à tour occupé Xavi (photo, 10’), Pedro (18’) et Villa (55’). Excepté le quatrième qui fut l’aboutissement d’un contre (58’), tous les buts ont donc répondu à cette logique de l’attaquant fantôme, y compris le cinquième de Jeffren (90+1’).

Le pari de Guardiola résidait là : annihiler toute chance de l’arrière-garde madrilène en général et de la charnière centrale Pepé-Carvalho en particulier, de prendre ses marques et d’acquérir des automatismes au marquage d’un attaquant en particulier. Mais plus que cela, l’absence d’un 9 régulier blaugrana a complètement désorienté une défense du Real habituée à défendre près des joueurs, ce qui ne fut jamais le cas.

On le sait, une défense a besoin de ces automatismes, j’oserais même parler d’« habitudes », car les attaquants ont chacun leurs dribbles, chacun leurs façons d’appeler le ballon, chacun des courses propres. Or les attaquants catalans sont non seulement très différents (Messi, Villa, Iniesta, Pedro ou même Bojan et Jeffren), mais ils sont aussi extrêmement adaptables. On a retrouvé Villa aussi à l’aise à gauche que dans l’axe ou bien même en défense dans son couloir. Et lundi, c’était vrai de tous les joueurs offensifs du Barça.

De cette manière, on a régulièrement constaté que les trois défenseurs madrilènes mobilisés dans l’axe (Marcelo, Carvalho, Pepé) ne défendaient sur personne. Ils étaient alignés, attendant le moment où un joueur allait se détacher pour perforer la charnière. Et c’est arrivé trois fois, sur les trois premiers buts sans qu’ils puissent réagir.

Source : Defensa Central

Barcelone, ou le pressing parfait allié à la technique parfaite d’une équipe parfaitement collective

Mais alors, me direz-vous, certes les défenseurs n’avaient pas leurs habitudes, certes ils n’étaient au marquage de personne mais comment se fait-il qu’avec le talent que l’on prête à des bonhommes du niveau de Ramos (champion du monde avec l’Espagne), de Pepe (photo) et de Carvalho (titulaires de la sélection portugaise), la défense madrilène ait pu prendre l’eau de cette manière ?

Pour deux raisons majeures. La première, c’est que le pressing incessant du Barça a bloqué toute relance. Le Real récupérait trop bas le ballon à cause du caractère trop axial de son pressing, aisément contournable grâce aux montées régulières d’Abidal à gauche et d’Alves à droite. Et de cette manière, les Merengues devaient systématiquement relancer de très loin. Le Real a alors adopté une tactique spécifique, celle de tenter de jouer par des passes au sol. Néanmoins après les quinze premières minutes du match, cela fut abandonné. La seconde option choisie consista à jouer dans le domaine aérien, en sautant le milieu pour s’éviter le pressing trop agressif des Catalans. Les Madrilènes l’ont abondamment fait, par l’intermédiaire de Casillas mais le portier a manqué absolument tous ses renvois aux six mètres, ou bien par l’intermédiaire de Carvalho et d’Alonso, quant à eux constamment harcelés par le pressing. Le résultat fut sans appel, je n’ai pas le chiffre mais je peux vous dire que huit ballons aériens sur dix ont été gagnés dans le duel par les défenseurs barcelonais.

A perdre trop vite le ballon, on s’expose de manière plus fréquente aux attaques adverses. Et le rythme incessant de ces attaques finit par générer une brèche, causer un petit moment de déconcentration. Sur chaque but, il y en a eu au moins un. Sur le premier but, le recul de Messi à trente mètres des buts de Casillas a fait avancer Khedira et Alonso. Ceci a bénéficié aux deux milieux animateurs que sont Iniesta et Xavi pour plonger vers le but de Casillas. En s’approchant à vingt mètres des cages du Real, le premier a fait jaillir Pepe en désordre, forçant Carvalho à le couvrir et à se décaler sur sa droite, laissant ainsi Marcelo seul avec Xavi. Quand on sait que Marcelo est le moins bon défenseur du Real, il n’est pas difficile de comprendre que la passe verticale rapide et puissante d’Iniesta n’a eu aucun mal à prendre de vitesse le latéral brésilien dans son replacement. Xavi n’avait ainsi plus qu’à lober un Casillas laissé seul (10’).

C’est là la seconde raison – avec la première qui était le pressing haut et incessant – qui a permis à Barcelone de marquer si régulièrement : l’outrancière domination technique sur les joueurs de Mourinho. Tous les gestes techniques ont été réussis, permettant ainsi de conserver le ballon le temps qu’il fallait pour ouvrir un trou dans la défense du Real, par trop classique. Le dernier élément qui permet de faire exister tout cela, c’est bien sûr la mobilité d’un collectif qui se connaît par cœur, de cette identité de jeu digérée et du coup explosive.

Source : TF1

Cinq buts barcelonais pour une « manita » humiliante

Sur le second but, c’est encore Messi qui était à l’origine de l’accélération brutale après une possession de balle qui durait depuis deux minutes (!). Son décalage vers la droite pour Xavi lui fit solliciter un faux une-deux et embarquer quatre joueurs du Real dans l’axe droit de la surface, offrant sur la partie gauche un véritable boulevard. Xavi changeait d’aile avec simplicité pour Villa. L’ailier gauche du Barça rentrait dans la surface, déposait Ramos et centrait fort devant le but pour… Pedro qui s’était recentré (18’). Sur cette action-ci, on peut souligner l’apathie de Ramos, l’erreur de placement de Pepe, la faute de main de Casillas… Tout y est passé. Le second but était démonstratif de la tactique de l’« attaquant-fantôme » dans la mesure où les joueurs du Barça aspirent les défenseurs qui ne savent pas d’où la course de l’attaquant-buteur va venir. Ils tentent bien que mal de marquer un joueur tout en regardant le ballon et c’est ainsi qu’ils se font prendre de vitesse. Car le turn-over des joueurs du Barça est trop important en attaque. A l’origine du premier but, on a pu constater que lorsqu’Alves prenait le ballon, à trente-cinq mètres des buts madrilènes, il avait six joueurs devant lui, soit sept joueurs dans le dernier tiers du terrain !

La sortie d’Özil (46’), meneur de jeu, pour Lassana Diarra, milieu défensif, n’a rien changé aux problèmes du Real. Pourtant, l’idée de Mourinho n’était pas mauvaise : densifier son milieu de terrain pouvait faciliter la récupération du Real. Au lieu de ça, Villa était directement servi par Messi, dans une course croisée magnifique et au terme d’un nouveau mouvement collectif de grande classe. Sa frappe croisée permettait au Barça d’enterrer le match, 3-0 (55’). Soulignons ici l’énorme importance de Messi sur quatre des cinq buts du Barça car lors des deux premiers buts, c’est son placement qui aspire les défenseurs et les lors des deux suivants, il est à la passe décisive…

Mais les Catalans en voulaient plus. Comme le souligna Omar da Fonseca après la rencontre, la force des Barcelonais réside en partie dans le fait que malgré une avance de trois buts, ils continuent d’attaquer, d’en vouloir et de jouer. Pour la énième fois, les Madrilènes tentaient de se rebeller quand ils se firent prendre en contre. Jaillissant à quarante mètres de ses buts sur Messi, Carvalho laissa tout l’espace nécessaire à une longue balle en profondeur. L’Argentin servait Villa d’une passe de trente mètres à ras de terre dans le dos de Ramos. L’attaquant espagnol devançait la sortie de Casillas d’un extérieur du pied droit (58’). A l’heure de jeu, le Barça menait 4-0 (photo)

Source : Sport.es

Après quoi, les hommes de Pep’ Guardiola ont géré. Certainement éprouvés d’avoir tant couru pour récupérer si haut, ils ont dès lors fait tourner le ballon. Entre la 66’ et la 71’ minute, ils ont même réussi à la conserver pratiquement cinq minutes sans discontinuer… Bref, le Real subissait une humiliation en règle, sans s’être procuré d’autre occasion qu’une frappe cadrée de Di Maria à la… 12ème minute.

Il devait sans doute en être ainsi. Les entrées conjuguées de Bojan (76’) et de Jeffren (87’), respectivement à la place de Villa et de Pedro permirent tout à la fois de permettre aux buteurs de recevoir l’ovation des 100 000 spectateurs du Camp Nou (photo) et en même temps de s’offrir un cinquième but. Dans les arrêts de jeu, Bojan déboulait côté droit avant de centrer fort à ras de terre. La défense ne pouvait plus y être, Ramos en retard ne pouvait empêcher le jeunot de 20 ans, Jeffren de marquer (90+1’). Les arrêts de jeu s’allongeant de trop, Sergio Ramos connut une seconde expulsion en une semaine après avoir mis sa main sur la figure d’un Puyol provocateur… (90+3’).

Avec cette victoire sans équivoque, le Barça a pris la tête de la Liga (34 points), deux unités seulement devant le Real Madrid. Mais au-delà du fait que le Real est désormais derrière au goal-average (+22 contre +30 pour le Barça), c’est cette « Manita » du Barça, cette main ouverte qui désigne le fait d’avoir inscrit cinq buts, qui pourrait se révéler préjudiciable pour le moral des Madrilènes à l’avenir. Malgré cela, José Mourinho est un grand entraîneur et croyez bien qu’il voudra prendre sa revanche au match retour. Ce sera le 16 avril, à Santiago Bernabeu. En attendant, il faut panser les plaies, mentales surtout.

Je conclurai cette analyse en soulignant la qualité exceptionnelle de ce que l’on a pu voir lundi soir. L’origine du jeu total inventé par les Néerlandais dans les années 1970 résidait dans le fait d’une attaque totale. Mais face au Real, le Barça n’a pas pris de but, malgré la présence de Ronaldo, Benzema, Di Maria et consorts. Le jeu proposé est resté attrayant, même après trois buts marqués. La qualité technique de ce football a dépassé de loin tout ce que j’ai pu voir par ailleurs ces dernières années. Seul Arsenal a pu rivaliser au début des années 2000. Profitons-en !

4 Réponses à 'Liga espagnole : le Barça a offert au public un « Clasico » en or'

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  1. [...] encore deux lors du terrible Clasico où le Barça a corrigé le Real Madrid de José Mourinho (5-0). Source : [...]


  2. [...] côté de Barcelone, Pep’ Guardiola avait reconduit sa tactique de l’« attaquant fantôme » mise au point face au Real Madrid. Avec un 4-3-3 où Lionel Messi est le joueur central qui oscille entre numéro huit (milieu [...]


  3. [...] ne s’est pas résolu à faire redescendre Messi d’un cran et à reprendre la tactique de l’attaquant « fantôme » où le numéro 9 n’est pas fixe. Une fois Messi replacé plus bas, ce fut alors alternativement [...]


  4. [...] le Clasico retour tant attendu à Madrid entre la Maison Blanche et le Barça (on se souvient que Barcelone avait humilié Madrid à l’aller, 5-0). Madrid devra donc avoir encore progressé dans le réalisme, chose qui lui fait quelque peu [...]


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