La Tribune du Sport


Coupe Davis : pouvait-on mieux faire en finale contre la Serbie ?

Publié dans Coupe Davis & Fed Cup par Roland Richard le 7 décembre 2010

Un Saladier d’Argent pour la meilleure équipe, tout simplement

Source : Le Figaro

La déception s’est un peu atténuée. La France n’a pas remporté la Coupe Davis dimanche à Belgrade face à la Serbie mais on commence à accepter cette idée, à reconnaître la supériorité de l’adversaire ainsi que l’incroyable page d’histoire du sport que viennent d’écrire, pour leur pays, les Novak Djokovic, Janko Tipsarevic, Nemad Zimonjic et autres Viktor Troicki (photo).

Ce qui est d’abord mal passé, je dois le confesser, c’est la déroute que nous avons subi lors des trois simples perdus. Comme le confiait Guy Forget à France Télévisions, des trémolos dans la voix, « ce qui est terrible, c’est que pendant ce dimanche, nous n’avons jamais entrevu la victoire. »

En effet, Dkokovic (3ème mondial) n’aura mis que 2h14 à se débarrasser, aisément, de notre meilleur joueur, Gaël Monfils (12ème), 6-2, 6-2, 6-4. Et il n’aura fallu qu’une minute et un jeu de moins à Viktor Troicki pour priver la France du bonheur de la victoire. En 2h13min, le 30ème mondial n’aura fait qu’une bouchée de Mickael Llodra (23ème), 6-2, 6-2, 6-3.

Alors que le double avait lui-même mis environ quatre heures et trente minutes à choisir son vainqueur, les Serbes ont ruiné tous les efforts de la bande emmenée par Guy Forget dès le lendemain. Sans sourciller. Sans avoir l’air de se poser de questions. Comme si c’était écrit et bien écrit.

Depuis, j’ai lu la presse et entendu mes proches. Le son de cloche est unanime sur la déception mais malgré tout, quelques bruits m’ont dérangé. Je vais donc tenter d’y répondre et d’enterrer toute critique que l’on pourrait adresser à cette équipe de France.

Guy Forget et son staff ont-ils fait les bons choix contre les Serbes ?

Source : L’Equipe

Il est toujours plus facile de répondre a posteriori à cette question. Mais personnellement, je ne pense pas que Guy Forget (photo) ait fait de mauvais choix. Si Monfils a remporté une victoire nette lors du premier simple contre Tipsarevic vendredi (6-1, 7-6, 6-0), nos Bleus n’ont réussi à accrocher qu’une seule rencontre, celle du double où ils ont d’ailleurs bien failli perdre.

Pour les trois autres, le problème principal s’est appelé Novak Djokovic. Alors qu’on le pensait épuisé d’une saison où il a atteint la finale de l’US Open et où il s’est hissé jusqu’aux demi-finales de la Masters Cup il y a une semaine à Londres, il n’en a rien été. S’il a quelque peu tremblé lors de son premier match contre Simon, il lui a malgré tout infligé une demi-correction (6-3, 6-1, 7-5) qui a pratiquement annulé aussitôt l’ascendant psychologique pris grâce au succès de Monfils. Et le Serbe n’a pas flanché au lendemain d’un double terrible pour les Serbes puisque Zimonjic et Troicki avaient mené 6-3, 7-6 avant de perdre les trois sets suivants, 6-4, 7-5, 6-4. Non, il a attaqué sans relâche, s’appuyant sur une balle très lourde (71 % de premières balles avec un taux de 84 % points gagnés lorsque cette première passait) et sur une capacité de relance exceptionnelle. Car malgré les 72 % de premières de Monfils, le Serbe a gagné 44 % des points sur l’engagement du Français.

Pire que cela, il a réussi à forcer le Français à s’installer dans son rythme puissant, du fond du court. Tout ce que Gaël n’aime pas, lui qui est un joueur de variations, de faux rythmes et de coups de boutoir ponctuels. Certes, Monfils aurait pu (dû ?) gagner la troisième manche puisqu’il a pris deux fois le service de Djokovic. Mais les deux fois, ce dernier s’est montré encore plus agressif et encore plus tenace. Malgré l’énervement et une raquette fracassée, le n°3 mondial a ainsi su faire son retard par deux fois puis finalement gagner le match.

Source : RMC

Ainsi, il est important de souligner la chronologie des événements. Une finale se gagne avant tout dans les têtes. Les Français ont marqué les esprits à deux reprises, la première fois grâce à Monfils, la seconde fois grâce au double. Mais Djokovic (photo) est passé par là les deux fois, remettant ainsi son équipe à flot. Qui peut dire ce qui se serait passé si Troicki avait dû jouer avant Djokovic le dimanche ?

Plusieurs personnes se sont alors demandées, Guy Forget le premier, si le choix de Llodra était une bonne idée. Beaucoup se sont demandés s’il n’y avait mieux, s’il n’aurait pas fallu mettre le remplaçant (Gasquet) en prétextant une blessure de Simon… Eh bien je ne pense pas. Llodra avait tout pour être l’homme de la situation. Tout d’abord, le tournoi se jouait en indoor. Inutile de vous rappeler que le Parisien a frôlé la finale à Bercy, précisément sur une surface semblable. Alors certes l’indoor de Belgrade était un peu plus lent qu’à Paris mais il s’agit quand même du revêtement le plus propice au service-volée. Ensuite, Llodra (23ème) était le joueur le mieux classé après Monfils (12ème) en simple. Enfin, il était le joueur le plus expérimenté (30 ans) mais aussi le plus en forme avec Monfils, en témoignent ses derniers résultats en Coupe Davis (victoire contre Verdasco en quarts, puis contre Monaco en demi) mais aussi en général. Il n’a jamais été aussi bien classé de toute sa carrière et il restait sur cette demi à Bercy perdue d’un rien contre Söderling (le Suédois qui a battu Nadal puis Federer à Roland Garros ces deux dernières années). Il avait au passage, en huitièmes, battu un certain Novak Djokovic en deux manches…

Il faut donc bien comprendre que Guy Forget avait le projet légitime et logique d’aligner Mickaël Llodra dès le premier simple. Mais il ne l’a pas fait pour le protéger physiquement. Car si Llodra s’était blessé, c’en était fini du double… Il manquait donc un joueur de haut niveau dans le groupe car il manquait en réalité un point à prendre contre Djokovic.

Une chronologie qui a permis à Troicki d’y croire…

Dans cette chronologie si particulière qui a vu Djokovic joué systématiquement pour « égaliser », Troicki (photo) a pu trouver les ressources de livrer un match absolument magnifique contre Llodra en bout de course. Au lieu de le paralyser, cela l’a survolté. Troicki imbattable ? Il avait pourtant encaissé lui-même presque cinq heures de jeu la veille, et de surcroît, il avait perdu. Ce qui n’était pas le cas de Llodra. Oui mais voilà, il y avait 2-2 au tableau d’affichage.

Source : Mondo.rs

Alors certes, Llodra aurait pu prendre le jeu à son compte s’il avait breaké d’entrée alors que Troicki semblait un peu perdu dans le premier set à 1-0, 15-40. Certes encore, Llodra n’a pas su saisir les occasions dans ce premier set de manière générale. Il n’a pas su libérer son jeu et il s’est logiquement incliné 6-2 contre moins fort que lui – et c’est probablement ce qui devait le frustrer le plus. Mais dans les deux autres sets, il a joué un tennis solide avec une première qui s’est maintenue au-dessus des 60 %, ce qui pour lui est important car il cherche les lignes sur sa mise en jeu. Alors pourquoi a-t-il perdu ?

Parce que Troicki a fait le match de sa vie dans les 2ème et 3ème sets, très certainement. Comme vous le savez, lorsqu’un joueur gagne un match, il a eu une moyenne de 30-35 % de points gagnés sur le service adverse, cela suffit en général amplement pour breaker les quelques fois nécessaires et gagner. Troicki était à 52 %… Alors que Micka a eu une première qui est rentrée 64 % du temps sur l’ensemble de la rencontre (et qu’il a lui-même retourné victorieusement 36 % des services serbes), il a perdu un point sur deux sur son propre engagement. Llodra a fait un match honnête pour gagner. C’est bien Troicki qui a signé un exploit particulièrement exceptionnel, enchaînant les frappes sur la ligne pour obtenir un total de 58 points gagnants en trois sets secs… (des stat’ que Federer envierait !).

Ce qui demeure le plus impressionnant, c’est ce dernier chiffre. Comme vous le savez, Llodra monte beaucoup au filet. Il y est allé 41 fois contre Troicki mais il n’y a gagné que 10 points. Avec tout cela, vous pouvez mesurer le caractère exceptionnel du match livré par Troicki qui a su, grâce à son revers aussi puissant que précis ainsi que ses innombrables passings, faire perdre un Llodra pourtant dans un bon jour à partir de la seconde manche.

Alors que peut-on regretter pour cette édition 2010 de la Coupe Davis ?

Source : France Soir

Au-delà de la défaite bien sûr, on peut regretter plusieurs choses :

1) La blessure de longue durée au genou de Gilles Simon, qui l’a amputé de toute la première moitié de sa saison. Il n’a ensuite réussi qu’un seul coup d’éclat digne de son talent avec une victoire à Metz en septembre. Sa saison grevée par les pépins physiques l’a fait chuté au classement puisqu’il pointe à la 41ème place alors qu’il a été 7ème mondial.

2) Mais cette absence prolongée de Simon aurait pu être compensée s’il n’y avait pas eu les blessures récalcitrantes de Jo-Wilfried Tsonga, le haut de la cuisse à droite tout contracté à Roland Garros puis à présent le genou gauche, blessure subie lors du tournoi ATP de Montpellier début novembre.

3) On pense aussi aux mois d’errance d’un Richard Gasquet qui regrettera peut-être toute sa carrière cet épisode de mars 2009, à Miami, où il a été contrôlé positif à la cocaïne. Même s’il a finalement été blanchi (sans jeu de mots) dans des conditions pour le moins surprenantes par le Tribunal Arbitral du Sport, le Biterrois a perdu du temps, a consommé beaucoup d’énergie à prouver son innocence et n’a regagné son niveau passé que de manière fugitive.

4) Des quatre « mousquetaires » que la France se vantait d’avoir retrouvé il y a encore un ans, il ne restait donc que Gaël Monfils. L’équipe de France et ses responsabilités ont dès lors pesé de tout leur poids sur celui dont on sait que la constance mentale n’est pas sa plus grande qualité.

Source : Sud Ouest

Malgré cela, Monfils (photo) a su puiser dans ses ressources pour battre tour à tour Kohlschreiber en huitièmes, David Ferrer en quarts et David Nalbandian en demi-finales, soit respectivement les 34ème, 7ème et 27ème joueurs mondiaux. Maintenant, il n’a eu l’étoffe de battre des top 4 qu’à Bercy où il a successivement battu Murray et Federer. Il aurait fallu renouveler l’exploit pour battre Djokovic, ce qui n’a pas pu être fait tant le Serbe a bien joué devant son public.

Je conclurais donc en disant ceci. L’équipe de France ne pouvait structurellement pas battre cette Serbie, qui plus est devant un public serbe absolument honteux. Les sifflements systématiques lors des mises en jeu tricolores ont été indignes du tennis. Mais qu’importe, lors des trois défaites françaises, il n’y en avait pas besoin. Par ailleurs, et au-delà de la performance des joueurs, on peut clairement dire que la Serbie avait très certainement davantage besoin de cette victoire que la France. Après le succès de Troicki, la liesse s’est emparée de Belgrade qui n’avait jamais connu un triomphe international dans l’un des sports-rois… Nous ne pouvons donc que nous incliner et leur donner rendez-vous pour l’année prochaine. En espérant que Tsonga en sera, et que Simon et Gasquet seront revenus au plus haut niveau.

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