La Tribune du Sport


ACT, devenir une « meilleure personne » l’arme à la main

Alexandre Zhelezniak au couteau

Samedi 25 et dimanche 26 juin, les deux inventeurs de l’Armed Combat & Tactics (ACT), A. Zhelezniak et N. Gross, donnaient deux jours de cours aux amateurs d’arts martiaux à Chatou en région parisienne. Reportage.

L’ACT, une pratique du combat à l’arme blanche empirique peu à peu formalisée

Le crissement des chaussures résonne dans le gymnase du Centre Sportif Roger Corbin à Chatou (Yvelines) en région parisienne. Pour une cinquantaine d’adeptes venus de France et une dizaine de Belgique et des Pays-Bas, le repos dominical n’est pas de rigueur dimanche 26 juin. Au contraire. Au menu : attaques au couteau et défense à la machette. Bien sûr, il s’agit de substituts en plastique lourd. Mais tout de même. La vélocité et la puissance des professeurs n’est pas fictive, elle.

Noah Gross (à gauche) et Alexandre Zhelezniak (à droite)

Après une expérience concluante en janvier, les fondateurs de l’ACT (Armed Combat and Tactics), Alexandre Zhelezniak et Noah Gross, sont revenus en France, toujours à l’invitation de Marc Fesler, à la fois responsable du Hagana Azmit (incluant l’ACT en France) et professeur de Krav Maga pour le CESD Chatou (club municipal de karaté et d’arts martiaux).

L’ACT est un système de combat israélien de type « full contact » qui concerne principalement l’utilisation des armes blanches (couteau, machette, épée, katana) et de manière plus générale, des armes de poing (bâtons, Bo, Jo). Alex et Noah l’ont créé dans les années 1990 après une vingtaine d’années consacrées à l’apprentissage de divers arts martiaux. A l’origine pratique empirique, ils ont décidé de la formaliser pour en faire un art martial à part entière.

Depuis, ils en font la promotion à travers le monde, des Etats-Unis à la Russie en passant par le Royaume-Uni, l’Italie, la Slovénie, la Russie, Israël et désormais, la France. Professionnels de l’enseignement de techniques de combat impliquant des armes, les deux hommes donnent des cours aussi bien aux militaires qu’aux civils en Israël.

Une pratique syncrétique et réaliste

Noah Gross vise les points vitaux avec son couteau

C’était donc une chance inespérée pour les pratiquants rassemblés à Chatou d’assister à un stage de deux jours complets avec ces deux sommités mondiales des arts martiaux. L’objectif résidait dans le fait de travailler des techniques très spécifiques de défense par rapport à des agressions-types à l’arme blanche.

A l’instar du Krav Maga, art martial développé par et pour l’armée israélienne, l’ACT répond à deux priorités : proposer une pratique martiale syncrétique, c’est-à-dire basée sur plusieurs techniques de combat de différents pays (Russie, Portugal, Japon, Israël, etc.) ; sans jamais perdre de vue la réalité.

Pour ce faire, la matinée débute par un échauffement prolongé d’une demi-heure au couteau. La séparation des deux groupes se fait en fonction des niveaux. Les confirmés suivent Alex Zhelezniak, les débutants et initiés Noah Gross. Le second ayant été l’élève du premier.

Décontraction, légèreté, appréhension du danger et vitesse de déplacement

Dans un premier temps, nous suivons Noah pour découvrir cette pratique encore méconnue en France. Ce dernier impressionne par la rigueur et l’application avec laquelle il enseigne, de l’échauffement jusqu’à la dernière minute. Son premier sourire ne surviendra qu’après une heure et quarante-cinq minutes de labeur. Longiligne, ce quadragénaire aux yeux bleus et à la musculature sèche en impose par sa vitesse de déplacement et la précision de ses gestes. Il insiste sur la légèreté et la souplesse qu’il faut conserver à chaque instant. Le couteau est « pointu » comme il le rappelle d’emblée, inutile donc d’agir avec une quelconque rage ou de se contracter lors de la frappe.

Alex Zhelezniak (à gauche) vise ici le bras armé de l'agresseur

A ses yeux, un tel état d’esprit est primordial car ce calme est déterminant pour se défendre correctement lors d’une agression à l’arme blanche. Une fois cette disposition intégrée, Noah insiste sur plusieurs points théoriques qu’il faut selon lui avoir en tête. La question des points vitaux est immédiatement abordée. L’art martial diffère du sport en ceci qu’il est constamment aux prises avec la mort et avec la crainte qu’elle inspire. Il s’agit donc ici de viser directement les yeux, la gorge, les flancs, les doigts ou bien les organes. Le combat à l’arme est un combat rapidement conclu car soudain. Ainsi, la première esquive conditionne la réussite du contre lorsqu’on est agressé.

Le second élément mis en exergue concerne le déplacement. Ce qu’Alex Zhelezniak appelle de l’autre côté du gymnase le « in and out ». L’idée de sortir de la distance d’attaque de l’adversaire au moment de sa tentative puis de revenir et de frapper lorsque celui-ci est en bout de course. L’image employée par Alex est celle d’un « balancier » qui provoquerait le recul puis l’avancée de manière régulière.

Noah Gross

Mais l’idée de déplacement et d’esquive ne fait pas pour autant oublier que face à un adversaire agressif, les attaques se multiplieront. Il s’agit alors de bloquer en amont le bras portant l’arme pour immédiatement contre-attaquer.

L’agression de rue se substitue au champ de bataille

Les pratiquants ne peuvent qu’être frappés par la jovialité d’Alex. Plus petit que son ancien élève, Noah, Alex est carré, brun et très souriant. Son aura à lui ne réside pas dans la discrétion et dans une densité intériorisée mais bien dans une certaine exubérance où ses longues années de recherches semblent avoir développé chez lui une sorte d’« instinct » de combat. Mais les deux hommes partagent cette apparente facilité à anticiper n’importe quelle attaque.

Malgré le sérieux de ce qui est enseigné, c’est avec affabilité que les explications sont proposées par Alex. Il insiste sur la limite de l’esquive car un coup de couteau latéral peut toujours blesser si jamais l’on se désaxe du mauvais côté.

La perspective du champ de bataille et du combat armé « full-contact » qui prévalait à la création de cet art martial dans les années 1990 laisse place, dans le cadre d’un stage adressé aux « civils », à celle de la rue, de ses dangers et de sa brutalité. Dans les deux cas, c’est la préservation de la vie qui est au cœur de la pratique.

Durant le cours, Alex explique ainsi devant une quinzaine d’élèves admiratifs que ce qui compte prioritairement, ce n’est pas la distance mais le timing. Au fur et à mesure des minutes qui s’écoulent, on reconnaît pêle-mêle l’emploi du « direct » (le « jab ») de la boxe ou bien l’idée propre au karaté de s’enfoncer dans le sol et de fléchir les genoux lorsqu’il s’agit de bloquer une attaque.

Appréhender la mort

Noah Gross vise le bras armé de l'agresseur à la machette

Après cinquante minutes de couteau, un des deux groupes laisse de côté le couteau pour la machette. Le combat simulé se raccourcit encore : une attaque, une esquive, un contre. En raison de la taille de l’objet, il devient plus difficile d’approcher les points vitaux de l’assaillant, il s’agit donc en premier lieu de le désarmer en frappant le bras qui porte la machette. La primauté de l’efficacité ressurgit lorsqu’un stagiaire propose un contre que Noah juge trop éloigné de la réalité du combat.

Vingt minutes plus tard, Noah en vient à son tour à utiliser l’idée du balancier. La machette doit être utilisée autant avec le bras qui la porte qu’avec celui laissé libre. Les deux doivent effectuer un mouvement symétrique et arrondi pour ne jamais perdre l’équilibre et ne jamais avoir à se pencher alors qu’on est en train de frapper en contre. La fluidité du mouvement est ainsi constamment mise en avant.

Les avant-bras rougis et la fatigue n’altèrent en rien le plaisir des élèves, pratiquement tous adultes. Après une heure et demie de stage, ceux-ci se rapprochent pour moins se fatiguer. Noah intervient presqu’instantanément et leur demande de retrouver une distance de combat plus proche de la réalité.

Au terme des deux heures d’une pratique intense, tout le monde semble heureux de l’expérience. Y compris les professeurs. Alex et Noah nous expliquent que leur satisfaction provient essentiellement de ce sentiment qui se lit sur les visages à l’issue du cours. Alex affirme que si le but est de devenir un « meilleur combattant », il s’agit aussi de devenir « une meilleure personne ».

Noah (à gauche), Alex (au centre) et Marc Fesler (à droite) à l'issue du stage

Il insiste sur le fait qu’il faut en premier lieu apprendre à réagir différemment, à comprendre comment désarmer un agresseur et à ne plus céder à la panique en situation de danger. Ce qui frappe, c’est l’absence totale d’agressivité sur le visage d’Alex, de Noah ou de Marc. Tous trois se démarquent avant tout par une belle capacité à sourire, à expliquer et à enseigner. Le présupposé selon lequel une pratique armée impliquerait nécessairement une certaine violence qui serait palpable chez ses pratiquants et ses enseignants, est sérieusement ébranlé.

En apprendre davantage :

- Le troisième stage en France aura lieu en janvier, vous retrouverez les informations sur le site du CESD.

- Le site officiel international d’ACT : http://www.a-c-t.co.il/

- Le groupe Facebook d’ACT : https://www.facebook.com/home.php?sk=group_9825212996

- Les inventeurs et les professeurs : http://www.a-c-t.co.il/index.php?option=com_content&view=article&id=54&Itemid=65

- La pratique de l’ACT en France à travers le Hagana Azmit : http://www.hagana-azmit.com/

- Le groupe facebook de Hagana Azmit : https://www.facebook.com/pages/Hagana-Azmit/178009722220841

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