La Tribune du Sport


Coupe du monde féminine : les Bleues n’ont fait qu’ébranler le colosse américain…

Source : LeFigaro.fr

Pour la première fois de leur histoire, les joueuses de l’équipe de France de football disputaient mercredi, en Allemagne, une demi-finale de Coupe du monde. Elles se sont inclinées 3-1 face aux Etats-Unis, troisièmes lors de la Coupe du monde 2007. Analyse tactique.

Les Etats-Unis, favoris au palmarès pléthorique, face à la France, équipe très offensive

 

A l’entame du match, peu d’observateurs donnaient une chance à l’équipe de France de renverser la montagne étasunienne qui domine le classement mondial d’hier et d’aujourd’hui avec ses trois titres olympiques, ses deux coupes du monde et surtout sa renversante régularité, l’équipe nord-américaine n’ayant jamais été sortie du podium en compétition internationale depuis 1991. Soit depuis que les compétitions internationales féminines existent.

Le caractère exceptionnel de la présence de l’équipe de France en demi-finale est à souligner puisque jamais elle n’était parvenue à aller aussi loin.

Les Françaises après leur victoire face à l'Angleterre en quarts de finale (Source : Lexpress.fr)

La première clé du match résidait dans la capacité des Françaises à gérer la pression d’une demi-finale de Coupe du monde, dans un stade plein et face à une équipe habituée à ce genre de rencontres à enjeux. Les Françaises, aussi rigoureuses et appliquées soient-elles n’ont pas emmagasiné autant d’expérience que leurs adversaires ces dernières années.

Ensuite, il fallait observer quelle réponse allait offrir l’équipe de France à l’impact physique et au combat que les Américaines, réputées grandes athlètes rugueuses et rapides, ne manqueraient pas d’imposer. Sur ces deux points, et c’est ce qui a rendu le match aussi intense et intéressant, les Françaises ont répondu présent et n’ont pas eu grand-chose à envier aux favorites du tournoi.

Concernant les formations, les coachs avaient décidé d’aligner des structures semblables à la récupération, qu’il s’agisse du second rideau composé de quatre défenseurs en ligne, ou bien du cœur du premier rideau, composé quant à lui de deux milieux récupérateurs. En revanche sur le plan offensif, les Etats-Unis se sont présentés avec un 4-4-2 en lignes structuré  autour de deux attaquantes axiales (Rodriguez et Wambach) ainsi qu’avec deux ailières mobiles oscillant entre le milieu de terrain et l’attaque (O’Reilly et Cheney).

De son côté, l’équipe tricolore a reconduit son 4-2-3-1 qui l’a amené jusqu’en demi-finale. La différence majeure d’avec les Américaines en attaque tint à une organisation plus axiale pour une France qui fonctionne avec un vrai pivot en attaque (Délie), une animatrice du jeu (Nécib) et deux attaquantes de soutien (Abily et Thiney).

Il faut préciser qu’en football c’est surtout quand les organisations diffèrent que la bataille tactique est la plus intense. En effet, les joueuses n’affrontent pas régulièrement la même adversaire, leur vis-à-vis, mais plus globalement une “disposition”, avec ses forces et ses faiblesses. Les entraîneurs-sélectionneurs ont alors un grand rôle à jouer.

Source : AFP

Une équipe américaine de contres face à une formation française très technique

 

La première mi-temps a confirmé que le football féminin est intense physiquement. Le pressing des deux équipes était soutenu et particulièrement haut, quinze mètres dans la moitié de terrain adverse (parfois jusqu’à vingt mètres quand c’était les Françaises qui défendaient).

Dans le premier quart d’heure, les deux équipes se sont procurées des occasions, l’aisance technique des joueuses de Bruno Bini (photo) répondant aux occasions provoquées sur des phases arrêtées (corner, coup-franc) par les Américaines…

Paradoxalement, ce n’est pas au terme d’une de ces constructions sur coups de pied arrêtés que les Etats-Unis ont ouvert le score mais sur un contre. Les joueuses de l’entraîneure suédoise des Américaines, Pia Sundhage, ne convertirent pas une période de domination globale mais furent plutôt fidèles à une de leur grande qualité depuis le début de la compétition, le réalisme. Cheney n’avait ainsi plus qu’à pousser le ballon de la tête à la réception d’un centre impérial pour ouvrir le score, 1-0 (9’).

Au bout d’un quart d’heure, la physionomie du match était plus ou moins révélée. Les Etats-Unis allaient jouer de façon très directe et très rapidement vers l’avant, au moyen de passes longues vers les ailières ou les attaquantes axiales. Le duo de milieux défensifs, formé par Lloyd et Boxx, allait reculer pour ne quasiment plus quitter les 35 mètres américains afin d’aspirer l’équipe de France pour la prendre en contres (c’est ainsi que le premier but a été construit). Sur le plan défensif, cela avait pour objectif de gêner le jeu rapide à une touche balle entre les rideaux proposé par le quatuor offensif français (Necib, Abily, Thiney, Delie).

Pour les coéquipières de la capitaine Soubeyrand, il s’agissait prioritairement d’avoir le ballon et de recentrer l’animation du jeu dans l’axe. Tandis que les deux attaquantes de soutien, Abily et Thiney, offraient un losange dans un petit périmètre en attaque à Necib et Delie, les deux latérales, Lepailleur à droite et Bompastor à gauche, avaient pour mission d’utiliser toute l’envergure du terrain et donc de donner de l’oxygène au coeur du jeu. Cette conception du jeu impliquait une numéro 10 de haut vol en la personne de Louisa Nécib (pourtant floquée du numéro 14 sur son maillot). Tout ceci ayant pour racine une récupération de balle très haute.

Source : NouvelObs.com

Alors que la France s’exposait sur chaque ballon arrêté, du fait de la taille des Américaines, elle se procura dans le même temps énormément d’occasions grâce à son “losange” offensif. La grande peur des Américaines résidait dans les tirs de loin tricolores, indéniable point fort des joueuses de Bruno Bini. Il y eut des séquences à une touche de balle qui firent le régal des spectateurs et reléguèrent les détracteurs du football féminin aux bas fonds de la bêtise et du machisme.

A la pause, il paraissait évident que le retour aux vestiaires allait provoquer chez Pia Sundhage une colère noire : son équipe, bien que menant au score, était dominée physiquement, tactiquement mais aussi au niveau de l’envie. Coté français, il fallait ne pas perdre l’état d’esprit ainsi que le schéma déployé en première mi-temps, et prier pour ne pas subir un contrecoup physique.

En deuxième période, les Bleues dominent, égalisent puis s’effondrent

 

La première moitié de la seconde mi-temps a ainsi été dans la continuité du spectacle dessiné en première période. Les attaquantes françaises ont mis le feu en se procurant un nombre incalculable d’occasions de but. Les courses incessantes, toujours dans un petit périmètre, d’Abily et de Thiney, le positionnement empoisonnant de Nécib et la hargne des milieux récupératrices (Soubeyrand et Bussaglia) qui n’hésitaient pas à se projeter en avant pour créer le surnombre, aboutirent à une véritable domination tactique de l’équipe de France.

Les Etats-Unis n’avaient tout simplement pas de solution pour contenir les assauts des Bleues. C’est à la 53ème minute que Bompastor (photo ci-dessus) allait fort logiquement égaliser d’un centre que personne n’avait touché et qui atterrissait au fond des buts, 1-1. La France était alors tellement au-dessus que l’on assista à des récupérations tricolores incroyables dans les vingt derniers mètres américains.

Source : FranceSoir.fr

Mais à partir de la 70ème minute, le match s’est peu à peu équilibré. Tout d’abord parce que le banc américain avait apporté du sang neuf et créé du danger en attaque, notamment grâce à la très bonne rentrée de l’attaquante Rapinoe. Ensuite, parce que les Françaises ont progressivement baissé d’intensité physique : elles étaient notamment moins tranchantes dans les duels. Les championnes du monde ont su profiter de cette chute d’énergie pour prendre les espaces et menacer la forteresse bleue. C’est par un corner que l’équipe des Etats-Unis prirent finalement l’avantage à la 79ème minute grâce à une tête de Wambach (2-1). Trois minutes plus tard, Morgan marqua un troisième but qui mit hors d’atteinte les Américaines, 3-1 (82’).

Le résultat n’a en soi rien de surprenant dans la mesure où les Américaines sont à la fois plus titrées et plus expérimentées que les Françaises dont c’est leur meilleur résultat en Coupe du monde mais la manière interroge forcément. Car comment expliquer que la France ait perdu tout en réussissant à faire autant déjouer les Américaines ? Ces championnes qui n’ont en réalité existé, en première mi-temps et durant la première partie de la seconde période, qu’à travers des contre-attaques et une défense pleine d’abnégation.

Peut-être que c’est justement cette envie trop forte et ce pressing trop soutenu qui, conjugués à la frustration de n’avoir marqué qu’un seul but sur les vingt-deux tirs effectués (dont huit cadrés), ont eu raison de la force bleue en fin de match. Comme contre le Brésil où les Américaines avaient égalisé en prolongation alors qu’elles étaient réduites à dix, c’est finalement l’abnégation et la patience des joueuses étatsuniennes qui ont payé.

Malgré cela, la performance de l’équipe de France reste plus qu’encourageante : une qualification d’office pour les Jeux Olympiques à Londres l’année prochaine ainsi que le droit de disputer la petite finale du Mondial et potentiellement de finir à la troisième place d’une compétition magnifique. Ce tournoi international organisé en Allemagne devant un public déjà conquis par le football féminin ne demande qu’à émerger médiatiquement tant il a prouvé sa qualité au cours des dernières semaines sur le terrain. On peut finalement remercier les chaînes Direct 8 et Eurosport d’avoir donné un peu d’espace en France à un sport pas seulement “rafraîchissant” mais à un sport à part entière, complet et intéressant.

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