La Tribune du Sport


Craig Joubert : Une « salope » sur laquelle les « collabos » n’osent rien dire

Publié dans Coupe du Monde de Rugby 2011 par Roland Richard le 26 octobre 2011
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Craig Joubert (Source : L'Alsace.fr)

Injurié. Conspué. Honni. Craig Joubert, l’arbitre sud-africain de la finale de la Coupe du monde de rugby, qui a vu la Nouvelle-Zélande s’imposer face aux Bleus dimanche (8-7), a non seulement vu ses décisions remises en cause mais il s’est aussi vu traité de « salope » sur Wikipedia tandis que ceux qui le soutenaient étaient assimilés à des « collabos » par Eric Di Meco sur RMC lundi.

 

L’arbitrage, un « héritage du rugby » qu’il faut défendre

 

Celui que beaucoup considéraient comme le « meilleur arbitre du monde », notamment le sélectionneur Marc Lièvremont lui-même, est devenu, en quelques heures dimanche, le responsable de tous les maux des Bleus. Sur RMC, l’entraîneur du XV de France de 1999 à 2007, Bernard Laporte, a bien essayé de défendre l’homme en noir en expliquant que rien ne l’avait « choqué » et qu’il avait plutôt trouvé « l’arbitrage cohérent ». Rien n’y a fait.

 

Capture écran de la page Wikipedia

« Craig est une salope », c’est ce qu’on a pu lire sur la page wikipedia falsifiée de Monsieur Craig Joubert. Fier de sa trouvaille, l’auteur a même ajouté : « Un arbitre international corrompu jusqu’à la moelle ». Depuis, la page a bien entendu été archivée et l’on peut retrouver la page « normale » ici.

 

Critiqué par une bonne partie de la presse internationale comme de la presse française, du pourtant très respecté Midi Olympique jusqu’à L’Equipe, M. Joubert a dû passer des nuits bien difficiles depuis qu’il a vu son arbitrage contesté.

 

Alors comment expliquer que même un remarquable journaliste comme Jacques Verdier, directeur délégué du Mid’Ol, ait pu lui aussi regretter, dans l’édition de lundi, « les décisions singulières de M. Joubert, arbitre de la rencontre, dont il est permis de remettre en question sa manière d’appréhender les rucks » ? Il donne lui-même, involontairement, la réponse quelques lignes plus bas en précisant qu’il écrit son édito « la rage au cœur, dans l’émotion où [le] tient cette finale de tous les diables ».

 

Sur RMC, l’ancien international de rugby, Serge Simon, avait pourtant défendu dimanche le sacro-saint idéal du rugby selon lequel on ne doit jamais critiquer l’arbitre. Pour lui, il s’agit même de la dernière valeur à défendre dans ce sport, de « l’héritage du rugby », tout simplement. Inutile. Trop d’observateurs allaient éreinter cette aspiration dans les heures suivantes, ouvrant la boîte de Pandore. Le pire est ainsi arrivé le lendemain, toujours sur RMC : « Le problème dans ce sport-là, c’est que personne n’ose rien dire. Les mecs, y a que des collabos ! Je suis désolé. » La saillie est signée Eric Di Meco. Un dérapage qui s’est produit dans le Moscato Show.

 

Eric Di Meco dérape

 

Comparer le fait de ne pas s’exprimer sur l’arbitrage en rugby – par respect – venait, l’air de rien, d’être assimilé à du collaborationnisme. C’est-à-dire à une aide apportée aux nazis pendant la Seconde Guerre mondiale en France.

 

Eric Di Meco (source : RMC.fr)

Ancien rugbyman présentant l’émission qui porte son nom, Vincent Moscato avait, juste auparavant, reproché par anticipation à René Hourquet, patron des arbitres français de rugby, que si l’on lui passait un coup de téléphone pour lui demander son opinion au sujet de Craig Joubert, il ferait certainement observer son devoir de réserve. Il n’en a pas fallu plus à Di Meco pour dégoupiller, habitué aux critiques faites aux arbitres de football, véritables torchons sur lesquels on s’essuie très régulièrement dans ce sport pour expliquer n’importe quelle contre-performance.

 

Mais dans la blogosphère, ce genre de dérapages porte un nom : le point Godwin. Cela signifie que « plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1 » (définition Wikipedia). Cette maxime, érigée en « Loi de Godwin », se vérifie souvent lorsque les gens parlent longuement d’un sujet qu’ils connaissent peu ou pas. En panne d’arguments, ils tombent alors dans une surenchère qui vise à donner du poids à leur propos alors que dans les faits, ils se discréditent immédiatement et totalement.

 

Loin de moi l’idée d’accabler Eric Di Meco lui-même. Mais sa sortie met en exergue deux choses. La première, c’est qu’on touche ici la limite du principe même de l’émission du Moscato Show. Avouant il n’y pas longtemps dans l’édition papier du 10 Sport qu’il était loin d’être calé dans tous les domaines abordés et ayant lui-même effectué plusieurs dérapages, Vincent Moscato a dans son équipe un certain nombre de grandes gueules mais qui ne sont pas forcément plus experts que lui. Eric Di Meco en fait partie.

 

La très mauvaise influence du football

 

La seconde, c’est qu’en élargissant son public – il y avait 15,4 millions de téléspectateurs en France devant la finale – le rugby a converti un certain nombre de « footeux » au ballon ovale. Et avec eux, c’est une certaine idée de l’arbitrage qui a inondé les forums et médias de rugby. On ne sait jamais qui, de l’œuf ou la poule, a libéré la parole de l’autre mais il s’avère que médias, joueurs comme amateurs ont tiré de concert sur l’infortuné M. Joubert.

 

Craig Joubert pendant la finale (Source : 20minutes.fr)

Hamid Imakhoukhene, journaliste à L’Equipe, a ainsi dénoncé dans l’édition de mardi « le mutisme de Craig Joubert dans de nombreuses phases de rucks où les Néo-Zélandais ont souvent semblé fautifs sans pour autant être sanctionnés ». Un point de vue confirmé par bon nombre de joueurs du XV de France à l’issue de la rencontre à commencer par Fabien Barcella : « Entre la soixantième et la soixante-dixième, j’ai vu des choses dans les rucks, c’était n’importe quoi ! a affirmé le pilier biarrot. Mais on savait qu’il n’allait pas siffler pour nous. Il n’aurait pas pu sortir du pays sinon ! »

 

Avec la même virulence dans Midi Olympique lundi, le talonneur Dimitri Szarzewski a regretté que sur « une ou deux mêlées, l’arbitre [n’ait] pas été courageux ». Il a en outre déploré que les Français aient joué « à quinze contre seize » et affirmé que, « de toute évidence, il fallait que la Nouvelle-Zélande soit championne du monde ».

 

Finalement, il aura fallu attendre les précisions du président de la commission centrale des arbitres de France, Didier Mené, pour entendre la vérité que tout le monde refusait jusqu’ici d’accepter : « Je ne pense pas que l’on puisse dire que cette finale se soit jouée au niveau de l’arbitrage ». Assurant qu’il s’est agi d’un arbitrage propre à l’hémisphère sud, « plus permissif, plus souple et qui, du coup, permet de faire (…) trop de fautes », M. Mené n’estime pas pour autant que cela a avantagé plus une équipe qu’une autre.

 

Mais en attendant, les (trop) nombreuses sorties malveillantes à l’égard de Craig Joubert de la part des professionnels du métier (journalistes, observateurs et joueurs) ont eu pour effet désastreux, sinon de générer les commentaires, du moins de libérer la parole des amateurs de rugby. Leur offrant une possibilité sans précédent de pouvoir critiquer ouvertement l’arbitrage dans un sport qui s’était fait une (honorante) particularité de le respecter en toutes circonstances. Il n’aura donc fallu qu’une quinzaine d’années de professionnalisme pour porter un coup fatal à cet état d’esprit qui avait fait venir les déçus de Knysna au rugby. Une cruelle désillusion.

 

3 Réponses à 'Craig Joubert : Une « salope » sur laquelle les « collabos » n’osent rien dire'

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  1. Heureusement, les fans de rugby ont encore de magnifiques initiatives : http://www.lerugbynistere.fr/videos/vis-ma-vie-de-craig-joubert-dans-ton-fauteuil.php

  2. yves a dit,

    ce que je vois c’est qu’en 95 les sud AF de ce cher Mandela ont volé
    la CM face à nous puis face aux all blacks.
    Je pense qu’il y a compensation cette année;il faut voir les choses en face.


    • Mais vous imaginez que qui décide cela ? Je veux dire, ce serait la fédé internationale ? l’arbitre de lui-même ? il y aurait corruption ? Je ne suis hostile à aucune théorie donc je vous écoute.


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