Sara Errani, un hommage au tennis féminin
En un peu plus de deux heures de jeu, l’Italienne Sara Errani s’est qualifiée pour la première fois de sa carrière en finale de Roland Garros après une démonstration d’intelligence et de variation face à Samantha Stosur : 7-5 ; 1-6 ; 6-3.
Un jeu débarrassé de la prépondérance du service
Sara Errani incarne à elle seule la contradiction à apporter aux fans misogynes du seul tennis masculin. Ceux-là qui prétendent que le tennis féminin n’est tout simplement « pas le même sport ».
A la manière de sa compatriote Francesca Schiavone, vainqueur en 2010 et finaliste l’an passé, la jeune femme de 25 ans a offert ce que le tennis féminin a de plus précieux en cette journée de la femme : la perpétuation d’un jeu épuré où la puissance du service ne fait pas tout.
L’engagement d’Errani n’a effectivement rien d’exceptionnel et c’est d’ailleurs fort logiquement qu’elle le perdit d’entrée de jeu, laissant son adversaire, l’Australienne Samantha Stosur, mener 2-0.
Mais que dire du jeu de retours suivant ? Un débreak blanc immédiat où la tombeuse d’Ana Ivanovic, Svetlana Kuznetsova et Angélique Kerber aux tours précédents s’est appuyée sur un revers à deux mains et sur un coup droit d’égale puissance et d’égale longueur.
Une richesse qui, sur l’ensemble de la rencontre a fait d’abord gamberger puis craquer une Stosur par trop inconstante. L’Australienne, finaliste malheureuse en 2010 et vainqueur de l’Us Open l’année dernière, a multiplié les fautes (48 en tout), ne trouvant pas la solution aux coups de boutoir assénés par une Errani qui, elle, refusait de reculer d’un pouce de derrière sa ligne de fond de court.
Fort heureusement pour la 6ème joueuse mondiale, l’Italienne ne dispose donc pas d’un service à la hauteur de son jeu. Elle a donc pu l’agresser en retour, spécialement sur des secondes balles qui ne dépassaient que rarement les 125 km/h… Résultat : 44% de points gagnés par Stosur sur la seconde d’Errani.
La 24ème joueuse mondiale a donc dû s’employer et déployer l’ensemble de sa palette technique, y compris l’amortie qui lui offrit l’occasion d’atteindre 5-5 dans la 1ère manche. Un match qui, dès que l’échange s’allongeait, dès que l’opposition prenait les formes d’un affrontement traditionnel de terre battue, faisait terriblement souffrir le rouleau compresseur australien.
Dans le jeu suivant, Stosur tremblait et égarait sa première balle au plus mauvais moment pour concéder deux opportunités de break malgré la précision de son service kické extérieur côté avantage.
Deux balles de break effacées par l’Australienne mais la 3ème lui fut fatale. Un enchaînement service kické extérieur-revers croisé anticipés par Errani qui lui expédia un boulet de canon dans les pieds. L’Australienne lâchait son engagement pour la seconde fois du set (5-6).
Martyrisant le revers de l’Australienne, Errani remportait sans frémir la 1ère manche sur sa première balle de set après un sublime service slicé côté avantage (5-7).
Quand Stosur frise le génie en coup droit
Le second set recommença sur les mêmes bases. Acculée, la 6ème joueuse mondiale dut se départir d’une nouvelle balle de break obtenue par Errani. Deux giffles en coup droit eurent raison de la fougue de l’Italienne (1-0).
Dans le jeu suivant, l’engagement d’Errani à peu près tenu jusque là s’effrita brusquement. Une erreur d’appréciation de l’arbitre sur une seconde balle vint se conjuguer à ce creux et l’Italienne céda sa mise en jeu. A nouveau 2-0 pour Stosur. Mais cette fois-ci, revigorée par ce break libérateur, l’Australienne frappa son coup droit et son service avec rage pour concrétiser son avance (3-0).
Dans la foulée, les efforts consentis pour empocher le premier set furent plus visibles encore. Errani ne trouvait plus sa première balle (30 %) synonyme de survie aux retours de l’Australienne. Ne glanant pas un seul point derrière sa seconde, elle fut vite dépassée une seconde fois (4-0).
L’Italienne tenta de mettre à nouveau place le schéma du premier set visant à pilonner le revers de l’Australienne. Mais celle-ci ne s’y laissa pas prendre et appuya plus fort encore, notamment sur le revers de son adversaire. La puissance et la précision avaient changé de camp et 5-0 sur un huitième ace de Stosur.
Errani férailla malgré tout pour garder son engagement et ne s’incliner que 6-1 dans le deuxième set et commencer à servir à l’entame du troisième.
La constance, mère de toutes les terres battues
Une ultime manche très mal débutée par Stosur avec six fautes directes et une double faute sur l’ensemble des deux premiers jeux. La tension rattrapait la musculeuse jeune femme de 28 ans qui ne trouvait plus les ressources pour inquiéter une Errani de retour. Trois balles de break d’entrée. La deuxième fut la bonne sur un coup droit boisé de l’Australienne. Contrairement aux deux premiers épisodes, c’est donc Errani qui emmenait cette manche 0-2 puis bientôt 0-3 à force d’une agressivité et d’un service retrouvés (90 % de premières sur les deux premiers jeux de service).
Mais Stosur n’en était pas à sa troisième demi-finale Porte d’Auteuil pour rien. Elle se concentra davantage sur les retours de service et dans le cinquième jeu, à 3-1 pour l’Italienne, la passe d’armes fut magnifique. Les coups droits gagnants en retour de l’Australienne répondant au lift imprimé par l’Italienne. A ce petit jeu, la 6ème joueuse mondiale fut plus forte et sur un énième coup de fusil, elle débreaka, 2-3.
Forte de ce jeu empoché, Stosur se résolut alors à monter au filet pour forcer la décision. Mais prise par un passing « espagnol » puis victime d’une amortie diabolique, l’Australienne offrait une balle de 2-4 à Errani. Quelques coups assassins et un gros service kické plus tard, elle conservait néanmoins sa mise en jeu pour recoller à 3-3.
Distribuant les coups droits à nouveau avec une aisance remarquable, l’Australienne semblait en mesure de prendre l’avantage mais trop monolithique, elle se fit contrer régulièrement par la variation (passing, contre-pied, lift) en coup droit de l’Italienne qui stoppa l’hémorragie, 3-4.
Dès lors, l’Australienne parut à nouveau victime de son inconstance. Comme en proie à un sortilège que les dieux du tennis jetteraient sur elle selon leur humeur.
Sonnée par les uppercuts liftés d’Errani, Stosur, vêtue d’une robe noire, paraissait résignée et prête à faire le deuil d’une deuxième finale à Roland. Elle commit une nouvelle faute directe en coup droit décroisé et perdit pied (3-5).
Comme un symbole, l’Italienne monta alors au filet pour aller chercher sa première finale en tournoi majeur. Elle obtint trois balles de match après un échange marathon où les deux joueuses rivalisèrent dans la variation avec du slice, du lift et du coup plat à foison. Mais aujourd’hui, la patronne, c’était bien Sara Errani. Elle conclut son match d’un jeu blanc sur un contre-pied.
Sara et son père en tribunes pleuraient de joie tandis que Stosur affichait le masque de la déception. Cruelle désillusion pour l’Australienne qui, auteur de 58 coups gagnants (48 fautes directes), nourrissait bien des ambitions après avoir facilement vaincu Cibulkova en quarts de finale (6-4, 6-1). Mais la régularité et la constance qui lui manquèrent durant cette demi-finale furent au contraire les principaux atouts de l’Italienne (22 coups gagnants mais seulement 21 fautes directes).
Sara Errani disputera samedi une finale contre une joueuse forcément puissante, Petra Kvitova ou Maria Sharapova. Cela ne lui a pas beaucoup posé de problèmes jusqu’ici.
Roland RICHARD




le 7 juin 2012 le 17 h 54 min
[...] Sara Errani, un hommage au tennis féminin [...]