La Tribune du Sport


Indian Wells : Nadal, encore un peu plus loin

Publié dans ATP Tour par Les amis de LTS le 20 mars 2009

 

Rafael Nadal a frappé un grand coup en s’imposant cette nuit en huitième de finale du Masters 1000 d’Indian Wells. Et cela en raison de l’identité de son adversaire du jour, finalement vaincu : David Nalbandian. L’Argentin aujourd’hui 14ème joueur mondial restait en effet le seul joueur du circuit ATP à avoir toujours gagné face au phénomène espagnol.

 

 

Il faut dire que les deux hommes ne s’étaient rencontrés qu’à deux reprises, par le passé, et les deux fois sur dur (en indoor même, pour être tout à fait précis). Ils ne s’étaient jamais retrouvés depuis lors. Et l’on se demande toujours ce que donnerait un affrontement Nadal-Nalbandian sur terre battue… Mais, ces réserves formulées, il faut tout de même dire que les deux seules confrontations qui avaient eu lieu jusqu’ici entre les deux hommes avaient eu de quoi marquer les esprits. Il s’agit de ces deux matches époustouflants qu’avait réalisés Nalbandian coup sur coup face à Nadal sur la route de son extraordinaire doublé Madrid-Bercy fin 2007. Les deux fois, Nadal était reparti avec une défaite sèche en deux sets : 6-2, 6-1 à Madrid, 6-4, 6-0 à Bercy. Que s’était-il donc passé pour le Majorquin lors de ces deux matches ? Toni Nadal, l’oncle et entraîneur de Rafael Nadal, au bord du cours pendant la rencontre de Paris-Bercy (en finale du tournoi), avait confessé espérer une baisse de régime de Nalbandian. Contre ce Nalbandian-là, avait-il dit, il n’y a pas grand-chose à faire. La seule question et le seul espoir pour « Rafa », c’était selon son oncle Toni : Nalbandian va-t-il pouvoir tenir ce niveau de jeu extraordinaire jusqu’au bout ? On connaît la suite. Le fait est que l’Argentin avait « tenu » ce jour-là et ainsi remporté son deuxième Masters Series de suite après Madrid.

 

 

Mais la question de Toni Nadal était pertinente et la suite a montré que l’aptitude de Nalbandian à jouer régulièrement à ce niveau pouvait être mise en cause. La saison suivante, en effet, sera globalement décevante pour l’Argentin, avec notamment des éliminations systématiquement prématurées en Grand Chelem (dont un terrible échec au premier tour de Wimbledon contre Frank Dancevic, alors 95ème joueur mondial, qui a certes des possibilités, notamment un gros service, mais qui n’a jamais vraiment été en mesure de confirmer). Comme l’année précédente, Nalbandian avait fini l’année en fanfare, avec une saison indoor magnifique (certes une défaite en quart de finale à Madrid face à Del Potro, mais, pour le reste, que du bonheur ou presque : victoire à Stockholm face à Soderling, finale à Bâle où il s’incline face au maître des lieux Roger Federer, nouvelle finale à Bercy avec une défaite, on s’en souvient, face à Jo-Wilfried Tsonga (3-6, 6-4, 4-6) à l’issue d’un match de toute beauté). Dans la suite, c’est-à-dire début 2009, il semble enfin confirmer en début de saison suivante les espoirs suscités par ses superbes prestations de fin de saison. Il démarre en effet, tambour battant, avec une victoire à Sydney… avant à nouveau de disparaître prématurément au cours du Grand Chelem australien (défaite en cinq sets contre Yen Hsun Lu au 2ème tour).

 

 

On se perdait donc à vrai dire en conjectures sur ce que pourrait bien réaliser l’Argentin cette semaine à Indian Wells. Et plus encore à la perspective d’un nouvel affrontement avec Rafael Nadal, contre qui il n’avait jamais rejoué depuis ses deux exploits consécutifs de 2007. On ne pouvait qu’espérer bien sûr retrouver un peu de la magie du jeu de l’Argentin si prompte à s’exprimer en indoor. Et on ne pouvait au reste que souhaiter pour lui que cette magie soit là, au vu du chemin parcouru depuis leur dernière confrontation par l’Espagnol. Car Nadal a suivi depuis fin 2007 une trajectoire inverse de celle de Nalbandian. La saison 2008 a été en effet la saison de tous les records pour l’Espagnol, qui réalise notamment une fabuleuse série de cinq titres consécutifs (à Hambourg, Roland-Garros, Queen’s de Londres, Wimbledon, et Toronto) suivie d’un titre de champion olympique à Pékin. Une saison qui le voit ravir la place de numéro 1 mondial à Federer himself, et qu’il honore début 2009 de la plus belle des manières en s’imposant contre ce même Federer en finale de l’Open d’Australie. Cette dernière victoire signifiait déjà beaucoup sur les possibilités de l’Espagnol cette saison. Elle faisait de lui un joueur capable de s’imposer au plus haut niveau sur toutes les surfaces. Mais celle-ci, contre Nalbandian en huitième de finale d’Indian Wells, premier Masters 1000 de la saison, événement de bien moindre importance en termes de prestige, n’en est pas moins hautement significative et donne une indication supplémentaire quant au niveau de jeu auquel Nadal évolue actuellement.

 

 

Ce match a en effet été de toute beauté. Et cela pour une raison simple : Nalbandian était au rendez-vous. Il était au niveau de ce qu’il avait su proposer à Nadal un an et demi plus tôt. Les interrogations quant au niveau de jeu de l’Argentin ont été levées très tôt. D’emblée, on a reconnu le Nalbandian écumeur des tournois indoor. Le dur extérieur laissait s’exprimer tout le registre de l’Argentin qui avait tant fait souffrir l’Espagnol par le passé : prises de balle précoces et ouverture des angles (donnant lieu à ces fameuses zones courtes croisées si dévastatrices). Nalbandian a ceci de particulier que le jeu de lift de Nadal peut très bien s’avérer inefficace contre lui (ce qui est une singularité suffisamment rare sur le circuit pour être notée). L’Argentin a cette capacité de ne pas laisser aux balles liftées de l’Espagnol le temps de rebondir et de prendre par là cette hauteur et ce poids qui les rendent si difficiles à maîtriser. Il les prend au contraire montantes ou au sommet du rebond. Ce qui lui permet également de ne pas reculer pour frapper.

Car la difficulté est double en fond de cours face à Nadal : il y a la « vie » que Nadal donne à la balle (qui impose un vrai défi physique à l’adversaire, lequel va dépenser beaucoup d’énergie pour pouvoir la contrôler), et il y a aussi le fait que si l’on attend que la balle redescende après le rebond (ce qui est la solution de facilité) on est forcé de reculer et de ce fait de céder du terrain. Ce dernier aspect est décisif : beaucoup d’échanges sont gagnés par Nadal en grignotant ainsi du terrain, en faisant reculer 20 centimètres par 20 centimètres l’adversaire derrière sa ligne de fond de cours. La fin est toujours la même, et inéluctable : l’adversaire, surpris en longueur de balle, finit par proposer une balle arrondie qui permet à Nadal de rentrer dans le terrain et d’asséner un smash de coup droit ou de revers qui le met à deux-trois mètres de la balle.

Nalbandian, en refusant de reculer et en prenant la balle tôt, supprime ces deux problèmes. Il s’autorise même parfois à smasher côté coup droit comme côté revers les balles liftées de Nadal si difficiles à maîtriser pour la plupart des joueurs du circuit, qu’il joue alors pour son compte comme s’il s’agissait de simples balles hautes, arrondies et molles ! Cette tactique a également pour conséquence d’enlever du temps à Nadal et, en réalité, donc, de renverser les choses, car Nadal, habitué au succès de sa propre tactique, compte sur le temps que lui donne ses lifts pour effectuer ses déplacements et ses anticipations. Le jeu de Nalbandian lui enlève ce temps et c’est ainsi que Nadal se retrouve régulièrement à devoir faire des efforts surhumains pour toucher les balles placées de Nalbandian.

 

On a revu tout cela lors de ce huitième de finale. Mais cependant il faut bien le dire avec un élément en moins : la qualité de service. Fin 2007, Nalbandian, lors de ces deux Masters Series indoor qu’il finit par remporter, est l’un des meilleurs serveurs de la planète. Il frappe fort, il varie beaucoup et il est régulier. Un vrai cauchemar allié à la qualité de jeu à l’échange dont l’Argentin est capable. Sur ce tournoi d’Indian Wells 2009, il a vraiment pêché dans ce domaine. Pendant tout le deuxième set, qu’il a pourtant dominé un temps largement au score, il a connu une régulière panne de premières balles qui à terme ne pouvait lui être que préjudiciable physiquement surtout contre un Nadal, car même sur ses mises en jeu il était toujours obligé d’engager l’échange et de gagner dans le jeu contre son adversaire.

 

 

Cela n’a cependant pas empêché l’Argentin de remporter le premier set 6-3 en étouffant littéralement le jeu de l’Espagnol. A 2-1 pour Nadal dans le deuxième set, Nalbandian lutte dix minutes pour finalement remporter sa mise en jeu, accusant déjà le coup de ses défaillances en première balle. Mais, ayant su remporter ce jeu, il surfe ensuite sur la dynamique positive de ce gain jusqu’à mener 4-2 puis 5-3. Et là, malgré la faiblesse de Nalbandian en premières balles, il a fallu tout le génie mental de Nadal pour s’extraire du guêpier dans lequel l’Argentin était parvenu à l’embarquer.

 

 

Source : www.lequipe.fr

Nalbandian a eu en effet 5 balles de match face à Nadal, 4 sur le service de l’Espagnol (à 5-3), 1 sur son propre engagement (à 5-4). Et malheureusement (ou heureusement comme on voudra) il n’a rien à se reprocher tant Nadal a été exceptionnel de courage à ce moment du match. Nadal dira plus tard en conférence de presse avoir eu beaucoup de chance. C’est vrai dans un sens. Mais on ne peut s’empêcher de penser que cela ne suffit pas. Oui Nadal a eu de la chance, mais la chance était il faut bien le dire minuscule et il a su la saisir et la transformer en résultat tangible et positif. Cela, en continuant de jouer : en variant au service, en ayant la lucidité et l’humilité de revenir à des schémas simples qu’il connaît par cœur pour gagner LE point qu’on ne peut pas perdre.

 

 

Nalbandian n’ayant pas pu gagner à ce moment du match ne pouvait que perdre, c’est ce qu’a montré la suite de la rencontre. Il est assez vite distancé (4-0) dans le tie-break, et même s’il revient ensuite, il est trop tard et Nadal a tout loisir de conclure 7-5 ce jeu décisif. Dans le troisième set, excepté une résistance à 2-0 sur son service, Nalbandian n’existe plus et perd 6-0 en laissant vraiment filer les deux derniers jeux.

 

 

Formidable Nadal, qui montre toute l’étendue et l’efficacité de ses ressources mentales (qu’on savait déjà exceptionnelles mais qui s’avèrent ici hors norme). Dominé dans le jeu, il refuse littéralement de perdre là où sans doute n’importe quel autre joueur se serait incliné. Entendons-nous bien. Nadal n’est pas persuadé qu’il va gagner au moment où il est mené 5-3 avec des balles de match contre lui. Mais son immense force est de croire qu’à ce moment-là le match n’est effectivement pas fini et qu’il a réellement une chance d’éviter de perdre. Et l’adversaire, évidemment, à mesure que passent les balles de match est atteint moralement et, même insensiblement, perd son tennis.

 

 

Nadal a vraiment franchi un cap avec ce match. Il a encore repoussé les limites de ses ressources mentales, et montré, face à un homme devant qui il avait toujours connu des défaites sévères et qui s’était à nouveau présenté face à lui avec des armes redoutables, que rien n’est jamais suffisant contre lui. Il faut gagner dans les faits face à Nadal. On le savait déjà en principe. Mais en allant au bout d’un match qu’il aurait très bien pu perdre 6-3, 6-3 et qu’il remporte finalement 3-6, 7-6, 6-0, et en écartant ainsi un adversaire qui autrement se serait installé comme sa bête noire officielle, Nadal envoie un signe fort à tous les joueurs du circuit : on savait, c’est vrai, que Nadal n’est jamais mort, mais on a maintenant la preuve que c’est véritablement vrai contre tout le monde.

Guillaume Richard

Federer peut-il véritablement s’imposer à l’Open d’Australie ?

Publié dans ATP Tour par Les amis de LTS le 16 janvier 2009

 

Source : CNN

On parle beaucoup de Roger Federer en ce moment. Le Suisse, arrivé à Melbourne en avance pour disputer le tournoi exhibition de Kooyong, peut en effet, s’il venait à s’imposer lors du premier Grand Chelem de la saison 2009, revenir dans l’histoire du tennis à la hauteur de Pete Sampras quant au nombre de victoires remportées dans les tournois majeurs. On ne peut s’empêcher de se laisser aller un instant à la magie de l’histoire et au vertige des chiffres : 14 titres en Grand Chelem, cela ferait de Federer l’égal de Sampras au plan comptable, mais surtout, si vraiment Federer atteignait cette année ce chiffre mythique (et, effectivement, pourquoi pas maintenant, lors de cet Open d’Australie 2009 ?), cela signifierait qu’il a vraiment la possibilité de faire mieux même que Sampras et de devenir, par là, véritablement aux yeux de l’histoire le meilleur joueur de tous les temps. Federer pourrait jouir de ce statut alors même que sa carrière ne serait pas achevée. Ce serait ce qu’on appelle une légende vivante.

 

On ne peut donc que comprendre l’effervescence provoquée par l’arrivée du Suisse en Australie. Mais Federer a-t-il vraiment les moyens aujourd’hui d’écrire cette page inédite de l’histoire du tennis sur laquelle seul son nom figurerait, laissant définitivement derrière lui tous les plus grands champions de toutes les époques du jeu ? Plus sobrement, et pour commencer, peut-il véritablement d’ici quelques jours s’imposer à nouveau à Melbourne (pour ce qui serait sa quatrième victoire à l’Open d’Australie) ?

 

Les bookmakers n’ont pas fait de Federer leur favori pour ce tournoi. La faveur des pronostics va à l’Ecossais Andy Murray. Et, très honnêtement, on les comprend. En termes de résultats, c’est vraiment le joueur le plus régulier au plus haut niveau ces cinq derniers mois. Pour rappel, Andy Murray, c’est, depuis son quart de finale perdu à Wimbledon face au futur vainqueur Rafael Nadal : demi-finale au Masters Series de Toronto, victoire au Masters Series de Cincinnati, finale à l’US Open, victoire au Masters Series de Madrid, victoire au tournoi ATP de Saint-Petersbourg, quart de finale au Masters Series de Paris-Bercy, demi-finale à la Masters Cup. Et, en 2009 : victoire au tournoi exhibition d’Abu Dhabi (avec, au passage, des victoires contre Federer et Nadal) et victoire au tournoi ATP 250 de Doha. Murray n’a tout simplement pas perdu en 2009. Les faits parlent d’eux-mêmes.

 

Source : Eurosport

Bien sûr, ces résultats ne viennent pas de nulle part. On les comprend quand on voit Murray jouer. Murray, de l’aveu de l’ensemble des joueurs du circuit, est l’un des joueurs les plus difficiles à manœuvrer. Son jeu, reposant avant tout sur un art exceptionnel de la défense et du contre, est particulièrement déroutant. Son faux rythme, ses accélérations soudaines, sa capacité à « tout ramener », alliés à un service tonitruant (très précis et très rapide), en font un adversaire redoutable, très difficile à déborder sur ses jeux de retour et très difficile à breaker sur ses jeux de service. Une formule imparable, que Murray est parvenu à appliquer régulièrement lors des dix derniers tournois qu’il a joués.

 

Or, justement, Murray semble être devenu progressivement au cours de cette période (qui va donc d’août 2008 à janvier 2009) la nouvelle bête noire de Federer. Si l’on excepte l’abandon face à James Blake pour cause de douleurs au dos en quarts de finale du Masters Series de Paris-Bercy (match que Federer n’a pas joué), les quatre dernières défaites de Federer sont des défaites face à Murray : d’abord à Madrid en demi-finale, ensuite au Masters de Shangaï lors des phases de poule, puis, pour son premier match de la saison 2009, en demi-finale du tournoi exhibition d’Abu Dhabi, et enfin en demi-finale du tournoi ATP 250 de Doha. Chacune de ces défaites est intervenue, il est vrai, au terme d’un match en trois sets, donc disputé. Mais tout de même. Cette série a de quoi marquer les esprits.

 

Il y a quelques jours, à l’occasion de son arrivée à Melbourne, lors d’une conférence de presse, Federer a paru surpris quand on lui a parlé de Murray comme du joueur considéré par bon nombre d’observateurs comme le principal favori pour cet Open d’Australie. Il a tenu à souligner que « gagner un Grand Chelem est quelque chose de très spécial ». Et d’ajouter, avec une pointe de provocation : « peu de joueurs en ont été capables ces dernières années ». Federer conclut sur Murray : « Murray a sa chance, comme d’autres joueurs ». Si l’on était inquiet quant à l’envie et à la motivation du Suisse, on peut être rassuré !

 

Cette dimension comptera indéniablement beaucoup. 2008, qui fut une année si décevante pour Federer, est tout de même une année où il parvient à jouer trois finales de Grand Chelem (plus une demi-finale à l’Open d’Australie, qu’il atteint en étant diminué physiquement par une mononucléose !). La motivation du Suisse en Grand Chelem est vraiment capable d’augmenter de façon spectaculaire ses chances de réussite dans un match. C’est elle qui, sans aucun doute, lui a fait retrouver en septembre dernier un tennis de rêve (digne de celui qu’il pouvait produire dans ses meilleures années) en demi-finale et en finale de l’US Open. Federer n’est pas le même joueur en Grand Chelem. C’est quelque chose qu’on pouvait déjà observer auparavant, mais qui va très certainement, maintenant qu’il n’y a plus la pression du statut de n° 1 mondial à défendre et qu’il s’approche du record de Sampras, être plus vrai que jamais.

 

Source : myfreesport.fr

Mais, indépendamment de ce paramètre (qu’il faut effectivement prendre en compte), Federer a-t-il les moyens de ses ambitions dans le jeu ? Si l’on prend comme point de référence le dernier match qu’il ait joué sur le circuit, ce match perdu contre Andy Murray à Doha, on peut avoir des doutes. Federer s’est montré irrégulier au service et beaucoup trop friable sur son revers. Il a qui plus est fait montre, chose plus inhabituelle, d’une certaine lenteur dans les déplacements : il a souvent manqué un pas d’ajustement dans le placement. Depuis, à Kooyong, il a montré de bonnes choses face à Moya, mais rien d’exceptionnel. Son match face à Verdasco est quant à lui plus encourageant : même s’il a fait preuve, à nouveau, d’irrégularité, notamment en fin de première manche et au milieu du deuxième set, il s’est montré entreprenant et a réalisé de superbes échanges. Son service était eu rendez-vous (près de 70 % de premières balles sur l’ensemble du match) et son revers également. C’est même ce dernier point qui est, à mon sens, le plus positif : il a su retrouver plusieurs fois un vrai revers d’attaque et de contre. L’arme du revers recouvert de Federer, c’est sa précision. Il ne lui est pas vraiment possible de frapper des revers comme Djokovic, Nalbandian ou Verdasco. Ce sont les zones, les angles, les longueurs de balle, qui comptent. Pour cela, il faut beaucoup de maîtrise et de concentration. Et lors de ce match, Federer avait tout cela. Ce qui est de très bon augure.

 

Compte tenu, donc, de la motivation qu’aura le Suisse pendant l’Open d’Australie, et en voyant à Kooyong son jeu se mettre en place (régularité au service, maîtrise en revers), on peut raisonnablement dire qu’il a sa chance. Et même plus que cela : une chance sérieuse. Mais Federer n’est pas seul en cause. Il faut compter au moins avec les trois autres de ce qu’on peut maintenant appeler le Big Four du tennis : Nadal, Djokovic et Murray. Ce qui est étonnant, c’est la sérénité, la confiance du Suisse (au moins affichée). Ses défaites à répétition contre Murray n’ont pas l’air de l’inquiéter beaucoup. Comme s’il savait qu’effectivement les choses seront bien différentes en Grand Chelem.

 

J’émettrai, pour mon compte et pour finir, une réserve. Force est de constater que le jeu de Federer, pour être supérieur à celui de ses adversaires les plus relevés, doit compter sur une concentration et une technique sans faille. Or, au cours de l’année 2008, cette concentration et cette technique l’ont plusieurs fois lâché. Le jeu de Federer est très exigeant : il suppose que l’arsenal soit complet (coup droit, revers, service, volée), que la concentration soit régulière, sans quoi le jeu tout en variations du Suisse ne peut pas exister. Combien de fois avons-nous vu Federer en 2008 se frustrer à essayer de jouer son jeu alors que la régularité au service ou sa technique de revers l’avait abandonné ? Cela donnait ces festivals de fautes directes, qui paraissent incompréhensibles quand on songe à l’apparente facilité avec laquelle le Suisse a pu accumuler les victoires sur le circuit par le passé. C’est tout simplement que quand la possibilité de varier (qui est vraiment la base de son jeu et qui lui permet de pratiquer ce tennis d’attaque si plaisant à regarder) disparaît, Federer redevient un joueur « ordinaire ». Federer a montré lors du dernier US Open qu’il était capable dans les grands rendez-vous de retrouver la régularité et la sécurité technique suffisantes pour pratiquer son jeu. Il peut le refaire à Melbourne. Mais la nature même de son style de jeu fait que cette possibilité, même associée à la pensée de la motivation particulière en Grand Chelem que ne manquera pas d’avoir le Suisse au cours de cet Australian Open, ne peut que demeurer empreinte d’incertitude.

Guillaume Richard

 

Nadal peut-il durer ? (3/3)

Publié dans ATP Tour par Les amis de LTS le 16 décembre 2008

Source : Buzkeo

Nadal dans l’histoire

Nul ne peut dire combien de temps exactement durera l’ère Nadal qui s’est ouverte à l’été 2008. Mais on peut sans trop de risques penser que, si les choses restent en l’état, si les tendances de fond observables dans la carrière du Majorquin se confirment, cette ère ne sera pas très longue. Que si Nadal a indéniablement le niveau pour être numéro 1 mondial, il ne le sera jamais très longtemps et seulement par périodes. Comme la plupart des grands numéros 1 mondiaux qui l’ont précédé dans l’histoire du tennis.

Il y a, il faut bien le dire, quelque chose d’un peu triste dans cette pensée, car ce qui est sûr, c’est que Nadal n’est pas, même parmi les joueurs qui ont été numéro 1 mondial, un joueur ordinaire. Entendons-nous bien : tous les numéro 1 mondiaux ont été en leur temps, par le fait même, des joueurs hors du commun. Mais on peut raisonnablement penser que, même parmi ceux-là, « Rafa » a une place à part. Quelque épuisante que puisse être sa manière de jouer, il y a en effet dans ce jeu-là, quand on le voit à l’œuvre, une force irrésistible de démolition du jeu adverse quel qu’il soit, une puissance de compression de l’opposant telle qu’elle donne l’impression d’une vague irrésistible dont on ne peut jamais que retarder la victoire. Cette vague, c’est un fait qu’aucun joueur, pas même Federer, n’a su la contenir régulièrement ni y résister sur le long terme. Mais on peut s’attendre à la voir dans l’avenir sinon s’épuiser au moins diminuer tout aussi inexorablement qu’aujourd’hui elle finit toujours par faire plier toute forme d’opposition. Rafael Nadal est ainsi semblable à un de ces phénomènes naturels, tels les cyclones ou les grands raz-de-marée, qui fascinent par la formidable puissance qu’ils sont capables de déchaîner, emportant tout sur leur passage, mais qui ne peuvent, à terme, que baisser d’intensité en raison de la violence même de leurs manifestations.

Cette complexion singulière de l’Espagnol fait qu’alors même qu’il est sans doute par le jeu l’un des meilleurs joueurs de tennis de tous les temps (cela s’impose véritablement comme une évidence quand on le voit jouer), il risque de ne pas pouvoir être vraiment considéré comme tel, sinon par ceux, peu nombreux, qui apprécient et se souviennent de la qualité du jeu proprement dit. Cette qualité-là, malheureusement, ne pourra peut-être pas se traduire aussi largement que celle d’un Federer dans la réalité si aisément observable des chiffres et des statistiques, qui pour tous, y compris les connaisseurs, reste en définitive le premier critère considéré pour établir la valeur d’un joueur dans l’histoire.

Pete Sampras et Björn Borg se sont récemment exprimé au sujet de Nadal et de sa place de numéro 1 mondial. Tous deux voient dans le règne de l’Espagnol un règne court. Le second prévoit même un retour de Federer à la place de numéro 1 dès 2009. Sachons, en tout cas, en attendant, apprécier le jeu de Nadal, indépendamment de ce qu’on peut présager de sa durée de vie. Et pour ce faire, n’oublions pas de cesser régulièrement de compter les mois et les années, d’arrêter alors de nous inquiéter du temps qui passe et des chiffres que l’histoire veut retenir : n’oublions pas de regarder simplement Rafael Nadal jouer.

Guillaume Richard

 

1ère partie : http://www.latribunedusport.fr/Tennis/ATP-Tour/Rafael-Nadal-peut-il-durer-1-3

2ème partie : http://www.latribunedusport.fr/Tennis/ATP-Tour/Nadal-peut-il-durer-2-3

 

Nadal peut-il durer ? (2/3)

Publié dans ATP Tour par Les amis de LTS le 16 décembre 2008

 

Source : NBC sports

Une fatigue récurrente en dépit de progrès techniques remarquables

 

Ces difficultés, cependant, ne sont pas dues aux mêmes causes à l’époque où il est jeune et fougueux numéro 2 mondial et à celle où il conquiert la place de numéro 1. En 2005, en 2006, c’est vraiment dans le jeu que Nadal se fatigue. A partir de 2007, époque où s’effrite l’inhumaine régularité de Federer dans la victoire, l’Espagnol a appris à jouer autrement. Il ne s’appuie plus de façon aussi systématique sur son coup droit et son extraordinaire couverture du terrain (c’est ainsi qu’on voit moins de ses passings d’extra-terrestres tirés en bout de course qui enflammèrent la terre battue européenne au printemps 2005). Son revers devient de plus en plus précis et puissant, devenant un redoutable coup d’attaque sous lequel les adversaires plient régulièrement comme naguère sous la force de son lift de coup droit. Son service devient également une arme régulière : le poids et la trajectoire de la balle deviennent tout aussi difficiles à maîtriser sur la mise en jeu que dans les coups frappés en cours d’échange.

Ce travail technique de fond lui permet de doser davantage ses courses et ses efforts. Et il commence alors à mettre en danger Federer dans son “jardin” de Wimbledon. La cinquième victoire du Suisse, en 2007, sur le gazon mythique du All England Tennis Club ne doit pas en effet nous aveugler : ce jour-là Federer a moins gagné qu’éviter de perdre (cela, en faisant preuve une nouvelle fois de sa fabuleuse capacité à gagner certains points importants). Il y avait dans ce match-là, en germe, la victoire de l’Espagnol l’année suivante.

Reste que dans ces années 2007 et 2008, au cours desquelles Nadal ne cesse de se rapprocher de Federer (en venant le défier sur l’un de ses terrains de prédilections – l’herbe – tout en parvenant à conserver la maîtrise absolue sur la terre battue et à effectuer régulièrement de beaux parcours dans les Masters Series sur dur), le Majorquin continue de montrer des signes de faiblesse en fin de saison. Cette fois, ce n’est plus tant le jeu de Nadal qui est en cause : même s’il continue d’être particulièrement exigeant physiquement, il l’est tout de même moins qu’auparavant. Et assez nettement moins. Aujourd’hui l’Espagnol s’épuise toujours, on le retrouve inévitablement diminué en fin de saison, mais ce n’est plus la manière dont Nadal joue qui peut suffire à expliquer ce phénomène C’est bien plutôt le calendrier que l’Espagnol s’est imposé.

 

 

La nécessité d’un rythme infernal dans la victoire

 

Nadal, en 2008, a joué 19 tournois. Ce chiffre en soi ne semble pas monstrueux. Il le devient quand on se rend compte que sur ces 19 tournois, il n’y en a que 4 où il n’a pas atteint au minimum les demi-finales. Nadal a joué certainement au-delà de ce que son organisme pouvait supporter. Le problème est qu’il le fallait, sans doute, pour pouvoir détrôner le roi Federer. Ce que l’Espagnol a économisé sur le plan du jeu grâce à ses progrès techniques, il a été, pour ainsi dire, contraint de le réinvestir dans le rythme des tournois joués. Nadal, pour être en mesure d’inquiéter réellement Federer, était dans l’obligation d’avoir des performances similaires à celles du Suisse en termes de résultat. Autrement dit, il lui fallait suivre les traces de son prestigieux aîné et aller loin systématiquement partout : au moins en demi-finale ou en finale de tous les grands tournois. Et, de préférence, s’imposer en finale d’au moins un Grand Chelem autre que Roland-Garros.

 

Source : Le Parisien

C’est ce que Nadal est parvenu à réaliser cette année. Et il ne s’est pas trompé de Grand Chelem. C’est à Wimbledon que le sort du tennis mondial masculin s’est joué. L’effet symbolique de la chute de Federer à Londres a été aussi fantastique que la somme des victoires que le Suisse y avait accumulées. Car Federer en perdant à Wimbledon n’a pas seulement cédé un autre Grand Chelem (et cela, alors même que déjà en début d’année il n’était pas parvenu à conserver sa position dominante à l’Open d’Australie, où il avait perdu en demi-finale contre le futur vainqueur Novak Djokovic), il a ensuite complètement raté la tournée estivale qui a suivi en Amérique en perdant d’entrée au Masters Series du Canada et dès son deuxième match au Masters Series de Cincinnati. Federer, en termes comptables, pouvait difficilement faire pire lors de ces deux tournois où il était respectivement finaliste et vainqueur sortants. Nadal dans le même temps, enfonçait le clou et accomplissait le parcours que le Suisse aurait dû réaliser pour se maintenir : il gagnait à Toronto et allait jusqu’en demi-finale à Cincinnati. Sur sa lancée, il allait même chercher une victoire de plus au tournoi des Jeux Olympiques : il donnait alors à sa saison un tour quasi-irréel en remportant trois tournois majeurs de suite (le tournoi olympique de Pékin faisant figure de petit Grand Chelem supplémentaire après Roland Garros et Wimbledon).

Seulement, à l’évidence, Nadal pour parvenir à réaliser ce parcours hors du commun a dû puiser dans ses réserves physiques (sur la photo ci-contre, prise lors de sa victoire aux J.O., l’ambivalence des succès de Nadal cette saison est partriculièrement sensible : la victoire y apparaît indissociable de la lassitude). Le médecin de l’Espagnol l’a dit clairement à la presse ces derniers jours : « Nadal a trop joué cette année ». Le rythme du calendrier qu’il faut pouvoir assumer pour être devant Roger Federer au classement est, à l’heure actuelle, tout simplement insoutenable. Nadal a certes rendu plus économique son jeu en cours de match, mais il reste fondamentalement orienté vers la dépense, la débauche de courses et de force dans les frappes de balle. Et l’économie réalisée, à l’évidence, ne suffit pas. On peut en dire autant malheureusement, pour le moment, d’un Jo-Wilfried Tsonga dont le tennis surpuissant est proprement enthousiasmant mais a jusqu’ici tout autant freiné que favorisé la carrière du Français. Force est de constater qu’aujourd’hui seul Roger Federer a été en mesure de produire ce tennis économique qui lui a permis de rester plus de quatre ans à la première place mondiale (et qui lui laisse toute chance de la retrouver au moins une fois avant la fin de sa carrière). Seul ce tennis-là permet, jusqu’à preuve du contraire, de soutenir le rythme du calendrier nécessaire pour être présent en finale ou demi-finale de tous les tournois majeurs comme a su le faire Federer plusieurs années de suite.

Guillaume Richard

(à suivre)

 

1ère partie : http://www.latribunedusport.fr/Tennis/ATP-Tour/Rafael-Nadal-peut-il-durer-1-3

3ème partie : http://www.latribunedusport.fr/Tennis/ATP-Tour/Nadal-peut-il-durer-3-3

 

 

Nadal peut-il durer ? (1/3)

Publié dans ATP Tour par Les amis de LTS le 16 décembre 2008

Source : Zimbio

Un jeu physique à double tranchant

 

A-t-on vraiment pris la mesure de l’ampleur de l’événement qui s’est produit cette saison dans le monde du tennis masculin ? Roger Federer a perdu sa couronne mondiale qu’il arborait depuis plus de quatre années consécutives. Une éternité dans un sport où il est en général difficile, au moins depuis le début de l’ère Open (1968), de se maintenir plus d’une année de suite au sommet de la hiérarchie mondiale. Le Suisse avait la fâcheuse tendance, ô combien décourageante pour ses adversaires, de se qualifier systématiquement pour la plupart des finales des tournois les plus prestigieux du circuit principal, et de gagner ces finales presque à chaque fois.

Depuis 2005, cependant, Rafael Nadal, un véritable prodige, s’est progressivement installé dans la peau du possible successeur de Federer. Cette année-là un match préfigure ce que sera leur opposition vouée à devenir légendaire, faisant apparaître une première fois, de manière fugace mais marquante, l’éventualité d’une passation de pouvoir entre les deux hommes (qui interviendra en réalité seulement trois ans plus tard). Il s’agit de la finale du Masters Series de Miami que Federer finit par gagner en cinq sets après que Nadal eut remporté les deux premiers et laissé entrevoir la possibilité d’une défaite sèche de Federer en trois manches, tant la domination du jeune Espagnol semblait irrésistible pendant la première partie du match. Déjà à l’époque il était possible de percevoir tout ce qui allait mettre tant de fois Federer en difficulté par la suite : un acharnement, une volonté de gagner hors norme, présente à chaque échange, sur chaque point disputé.

Mais ce que le public peut également percevoir d’emblée à cette époque, c’est que cette qualité exceptionnelle se paie d’un immense investissement physique dans les matches. Tout le monde se souvient de ses célèbres décalages coup droit qui ouvraient tout le terrain pour de possibles contres de la part de ses adversaires. Nadal médusait les spectateurs du monde entier par cette prise de risque répétée à l’envi, sans calcul : aucune dépense physique n’était trop importante pour lâcher un coup qui ferait mal physiquement et mentalement au joueur d’en face. Par la suite, il devait apprendre à ménager son corps, à ne plus se lancer aussi systématiquement dans ces schémas de jeu épuisants qui certes avaient raison de ses adversaires mais finissaient également par l’entamer lui-même, comme en témoigne sa tendance devenue régulière depuis lors à “marquer le pas” en fin de saison. Le fait est, en effet, que Nadal connaît traditionnellement des difficultés à l’issue de la tournée américaine de l’été, symbolisées par ses défaites année après année à l’US Open toujours à un stade inférieur à ce que son rang pouvait laisser espérer (3ème tour en 2005 contre James Blake, quart de finale en 2006 contre Mikhaïl Youzhny, quart de finale en 2007 contre David Ferrer, demi-finale en 2008 contre Andy Murray).

Guillaume Richard

(à suivre)

 

2ème partie : http://www.latribunedusport.fr/Tennis/ATP-Tour/Nadal-peut-il-durer-2-3

3ème partie : http://www.latribunedusport.fr/Tennis/ATP-Tour/Nadal-peut-il-durer-3-3

 

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