La Tribune du Sport


Le Brésil pleure la disparition d’un génie

Publié dans Foot' International,Médias par Roland Richard le 5 décembre 2011
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(Source : ConnectionIvoirienne.net)

Après le décès prématuré de Garrincha en 1983, un autre joueur ayant marqué la Seleçao s’est éteint bien trop tôt, dans la nuit de samedi à dimanche. Socrates, ancien capitaine auriverde, a ainsi laissé le monde du football orphelin de son talent et de son sourire. Hommage. (Lire la suite…)

Roumanie – France : gazon maudit ou fausse route ? (0-0)

Source : Eurosport.fr

La France disputait mardi soir son huitième match dans ces éliminatoires pour l’Euro 2012. En obtenant le point du nul en Roumanie (0-0), les Bleus se maintiennent en tête du groupe D et ont leur destin en main avant les deux dernières rencontres d’octobre au Stade de France contre l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine. Analyse tactique du match à Bucarest. (Lire la suite…)

Albanie – France : sans la défense, l’attaque n’est plus rien (1-2)

Source : Europe1.fr

Pour sa septième rencontre dans les éliminatoires de l’Euro 2012, la France a péniblement glané une cinquième victoire (1-2) en Albanie. L’analyse tactique de La Tribune du Sport. (Lire la suite…)

Coupe du monde féminine : les Bleues n’ont fait qu’ébranler le colosse américain…

Source : LeFigaro.fr

Pour la première fois de leur histoire, les joueuses de l’équipe de France de football disputaient mercredi, en Allemagne, une demi-finale de Coupe du monde. Elles se sont inclinées 3-1 face aux Etats-Unis, troisièmes lors de la Coupe du monde 2007. Analyse tactique. (Lire la suite…)

Ronaldo, l’ambiguïté du « phénomène »

Publié dans Dopage,Foot' International par Roland Richard le 12 juin 2011
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Source : Jornal Brasileiros JBG via Flickr

Le 14 février dernier, lorsque Ronaldo Luis Nazario de Lima, dit « Ronaldo », a annoncé sa retraite sportive à 34 ans, un frisson désagréable a parcouru l’échine de tous les amoureux du ballon rond. (Lire la suite…)

Une Pologne pratiquement rodée s’incline face à une France épuisée (0-1)

Source : English.ahram.org.eg

La France s’est imposée 0-1 en Pologne grâce à un but contre son camp du défenseur polonais Jodlowiec au terme d’un match difficile. La défense française a tenu mais on a senti Laurent Blanc bien en peine dans l’animation offensive de son équipe. Malgré cela, la France reste sur une série de 10 matchs sans défaite, une telle série n’était plus arrivée depuis… 2004. (Lire la suite…)

France-Brésil, un gros volume de jeu des Bleus

Publié dans Foot' International par Roland Richard le 10 février 2011
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Source : 20minutes.fr

Mercredi soir au Stade de France, l’équipe de France de football est parvenue à s’imposer logiquement (1-0) face à une Seleçao réduite à dix dès la 40ème minute. Un match amical dont l’analyse tactique n’est pas très intéressante en soi mais dont certaines informations sont tout de même à retirer. (Lire la suite…)

Les Bleus : la variation, effet bénéfique de la reconstruction

Publié dans Foot' International par Roland Richard le 19 novembre 2010
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Source : photos.europe1.fr

C’était écrit…

 

Je vous avoue sans peine que le match ne m’a pas énormément intéressé. Que j’ai évidemment bondi lorsqu’à la 16ème minute, Karim Benzema (photo à droite) réalisait son festival de dribbles, sollicitait dans le bon tempo le une-deux avec Florent Malouda, et marquait dans un angle très fermé (1-0).

Mais soyons clairs, le résumé de ce match n’a aucun intérêt en soi. J’ai lu, comme vous certainement, la presse de jeudi et observé avec surprise son ton dithyrambique : « Un groupe est né », « Wembley est leur jardin » titrait Eurosport.fr ou bien « C’est si bon ! » pour l’édition-papier de L’Equipe. Mais le site Internet de Lequipe.fr était bien moins sûr de la valeur du match avec en tête « Pas le grand test annoncé ».

Malgré tout, je commencerais mon analyse en citant Laurent Blanc, ce match représente « une pierre de plus à l’édifice » et il démontre que les Bleus « progressent petit à petit ». Mais je partage entièrement l’avis de Franck Leboeuf – et ce n’est pas si fréquent –, Fabio Capello a manqué de respect à l’Angleterre en livrant un match aussi piteux, devant 90 000 personnes. Il a aussi manqué un rendez-vous avec l’Histoire du sport car aucun Angleteterre-France, fusse-t-il amical, ne peut être bazardé…

Certes, il manquait au moins deux joueurs importants dans chaque ligne côté anglais, Rooney et Defoe en attaque, Lampard et Joe Cole au milieu, Terry en défense centrale, Ashley Cole et Glen Johnson aux postes de latéraux ainsi que Hart dans les buts. Mais malgré cela, il était aberrant de laisser sur le banc des joueurs de la qualité de Peter Crouch (avant-centre), d’Adam Johnson (ailier) ou de Micah Richards (défenseur).

Fabio Capello l’a confié après la rencontre : « on avait un peu peur ». Je crois qu’on peut traduire aisément, lui, avait un peu peur. Il n’a donc pas aligné une équipe en conséquence. Il a lancé un schéma en 4-3-3 simpliste, avec A. Carroll en pointe, un attaquant sans expérience (21 ans, 0 sélection) mais très grand (1m93). L’objectif avoué était donc de défendre bas, de récupérer à environ vingt-cinq mètres des buts de Ben Foster, le portier anglais du soir (4 sél.), et d’envoyer de longs ballons vers le géant de Newcastle. La batterie des grands joueurs alignés au milieu de terrain axial, Gerrard, Barry et aux ailes Milner, Walcott, ne devait donc servir qu’à contenir les assauts des Tricolores tout en facilitant le travail de Carroll.

Mais la défense anglaise n’avait pas le niveau pour tenir une telle tactique. Si l’on accepte l’idée de défendre tout une rencontre, on place effectivement Rio Ferdinand au poste de central droit (78 sél.) mais on ne l’assiste pas du bison peu affuté au niveau international qu’est Lescott (11 sél.) et de deux latéraux de fortune, un très jeune, Gibbs (21 ans, 1 sél.) et un central qu’on décale à droite, Jagielka (28 ans mais 6 sél.). Dix-huit sélections en tout pour ces trois joueurs… Pire, on disait certes beaucoup de bien du milieu récupérateur, Jordan Henderson mais à 20 ans et sans aucune sélection derrière soi, on ne peut pas espérer contenir deux joueurs intelligents et rôdés comme Nasri et Gourcuff…

Bilan des schémas de l’équipe de France qui ont marché

 

De son côté, Laurent Blanc (photo) avait lui choisi de finir l’année avec une équipe forte. Sinon une formation de titulaires, au moins une formation A’. La défense, composée de Lloris dans les cages, de Sagna à droite, de Rami dans l’axe droit et de Mexès dans l’axe gauche ne connaissait qu’un seul changement, celui de Gaël Clichy à gauche par le revenant d’une suspension post-Knysna, Eric Abidal. Une titularisation tout à fait logique au vu des performances réalisées par le défenseur avec Barcelone ces dernières semaines – il a même reçu en ce sens, l’éloge appuyé de Pep’ Guardiola, son entraîneur.

Sinon, il s’agissait d’un 4-3-3 « joueur » que j’opposerai au 4-3-3 « costaud » qui avait été mis en place face à la Bosnie. Et c’est d’ailleurs l’un des premiers constats intéressants que l’on peut effectuer concernant la performance des Bleus : Laurent Blanc a désormais deux systèmes sérieux à disposition.

Depuis le début de sa campagne de qualification, le technicien a testé un système par match. Contre la Bosnie, il s’agissait du 4-3-3 « costaud », précieux contre les équipes joueuses comme la Bosnie. Le milieu de terrain est alors extrêmement dense (Diaby, A. Diarra, M’vila) et pratiquement en ligne.

Contre la Roumanie, on avait retrouvé un 4-2-3-1 plus classique avec deux récupérateurs (A. Diarra et M’vila) en soutien d’un Nasri qui avait eu un peu de mal à exister seul à l’orientation du jeu.

Face au Luxembourg, le test d’un 4-4-2 en losange avec le retour de Gourcuff aux affaires de l’orientation n’avait pas vraiment convaincu. Ce match a permis de s’en rendre compte, malgré son aisance technique, l’équipe de France a besoin de latéralité. Pas forcément pour jouer sur les ailes mais pour avoir cette possibilité, j’y reviendrai.

Enfin, face à l’Angleterre, on est arrivés à un 4-3-3 « joueur », à mon sens idéal face aux équipes qui jouent peu au ballon, comme ce fut le cas de l’Angleterre mercredi et comme ce sera le cas lors des matchs-retours contre le Luxembourg, le Bélarus ou bien la Roumanie. Au vu des joueurs sélectionnés, Blanc semblait avoir anticipé les choix de Capello (la défense et le kick & rush à l’anglaise). Pour ce faire, mettre en place un système à trois joueurs avec Nasri, Gourcuff et M’vila légèrement en retrait semble être la solution tout indiquée.

Quoi qu’il en soit, je crois pouvoir dire que Laurent Blanc a trouvé deux ossatures intéressantes qui ne devraient plus beaucoup bouger, excepté au milieu de terrain. En défense, on devrait retrouver un quintet composé de Lloris dans les cages, et de droite à gauche, de Sagna, Rami, Mexès et d’un latéral gauche où il y a l’embarras du choix avec trois joueurs de très haut niveau (Abidal et Clichy paraissent les mieux placés pour le moment mais attendons le retour d’Evra). En attaque, le trio semble s’être également imposé, du moins tant que Ribéry est blessé, de droite à gauche ce sera Valbuena, Benzema et Malouda.

Le milieu peut dès lors évoluer du trio « joueur » (avec Nasri – Gourcuff) au trio « costaud » (Diaby – M’vila). Quel que soit le duo, il semble qu’Alou Diarra se soit imposé au poste de sentinelle derrière. La titularisation de M’vila en première période face à l’Angleterre répondait à une logique circonstancielle, le Rennais avait bien plus joué ces derniers temps que le Girondin, suspendu pour six matchs pour avoir bousculé un arbitre en Ligue 1. Malgré cela, la rentrée d’Alou Diarra en seconde période, l’âme des Bleus, est à n’en pas douter un symbole fort : malgré son peu de temps de jeu, il est le nouveau capitaine qu’a choisi Laurent Blanc. Malouda, un temps pressenti, devrait finalement se contenter d’un rôle de taulier sur et en-dehors des terrains.

Source : RMC.fr

Du tout cuit pour les Bleus ?

 

La différence d’ambition entre les deux équipes était donc patente. La France avait choisi de se lancer dans une entreprise de pressing dense à partir de la ligne médiane. Au fur et à mesure de la rencontre, constatant la fébrilité des Anglais à relancer proprement, les Bleus ont progressivement haussé la ligne de récupération pour essayer de chiper le ballon de plus en plus près des buts de Foster. C’est cette tactique qui a fait paniquer la défense anglaise à plusieurs reprises et qui a favorisé les deux buts.

Le premier trouva son origine dans une action rageuse de Mathieu Valbuena sur l’aile droite. Essayant plusieurs fois de centrer, le lutin marseillais y parvenait finalement. C’est Malouda qui héritait du ballon aux vingt mètres puis servait Benzema. Le Madrilène partit dans un rodéo de dribbles destinés à créer à la brèche. Sollicitant finalement le une-deux avec Malouda, il perforait l’axe droit de la défense anglaise (pourtant là où évolue Ferdinand) et frappait du pied gauche, mettant en lumière la fragilité de Foster qui encaissait un but dans son angle fermé…

Lorsqu’une équipe a un maillon faible (comme l’était le latéral gauche anglais, Gibbs), l’équipe adverse (la France en l’occurrence) va avoir tendance à l’exploiter. Ici, les Bleus ont choisi de mettre au supplice les Anglais sur leurs trois défaillances majeures : Gibbs sur l’aile gauche (l’aile droite pour la France, donc Valbuena), la lourdeur des défenseurs centraux (Ferdinand et Lescott sont deux stoppeurs, il n’y avait aucun libéro rapide du type de Terry) et le manque d’expérience de Henderson au poste de récupérateur.

Un maillon faible peut-être compensé par le déplacement du bloc-équipe, par exemple dans le cas présent, la sélection anglaise aurait pu se décaler sur son côté gauche pour ne jamais être complètement débordé par le moindre niveau de Gibbs. Mais là, il y avait trop de points faibles, d’autant plus que la droite de la défense (Jagielka) ne constituait pas une sécurité à toute épreuve.

La France a donc agi dans tous les secteurs qui pouvaient être problématiques pour l’Angleterre. En alignant cinq joueurs offensifs techniques capables d’éliminer en duel (Malouda, Nasri, Gourcuff, Valbuena et Benzema), Blanc avait d’abord doté la France d’une puissance de perforation exceptionnelle. Ensuite, l’entraîneur tricolore avait choisi de varié le plus possible les schémas de jeu. Ains, l’équipe de France a su régulièrement contourné les Gerrard et autre Barry en changeant d’aile par les airs ou bien à l’aide de passes courtes, précises et rapides. C’est là la véritable patte de Laurent Blanc, celle des grands entraîneurs : insister sur la qualité technique des joueurs avant tout. Car c’est d’abord par sa qualité technique et son placement tactique que la France a écrasé l’Angleterre.

Le rythme des passes, les changements de schémas offensifs (axial grâce à M’vila et Gourcuff au moyen de longues passes verticales vers l’attaque ; ou bien sur les ailes, notamment à droite grâce à Valbuena et Sagna), la récupération de plus en plus haute, tout cela allait bien trop vite pour une Angleterre apathique, léthargique et indigne de son maillot réputé combatif. Car c’est principalement le manque de grinta qui fut la cause de tous les maux anglais. Ils furent certes inférieurs techniquement mais ils étaient surtout en retard de manière permanente sur le porteur de balle, incapables de faire un pressing véritablement agressif ou même de commettre une faute. Bixente Lizarazu, consultant sur TF 1 le soulignait avec finesse, à la 72ème minute, les Anglais n’avait été sanctionnés que… deux fois.

Le second but français fut une combinaison de toutes les qualités françaises et de tous les défauts anglais. Valbuena décrochait de son aile droite pour venir récupérer le ballon à trente mètres dans l’axe, transmettait à Gourcuff puis allait se placer dans la surface de réparation, tout cela dans l’indifférence d’un Henderson complètement dépassé. Gourcuff décalait sur l’aile droite pour un Sagna monté pile dans le bon tempo. Gibbs était en retard sans qu’on comprenne pourquoi et le latéral tricolore n’avait plus qu’à centrer. Ferdinand sorti, Jagielka ne faisait pas mieux dans l’axe droit de la défense, je ne parle pas de Lescott, et Valbuena pouvait reprendre de volée sans être ni chargé, ni même gêné, 0-2 (55’) ! Côté français, on avait joué la variation entre axe et côté à merveille, avant d’utiliser la supériorité technique évidente lors de cette rencontre (deux touches de balle par joueur maximum).

Les sorties conjuguées de Benzema (67’), de Valbuena (68’) et de Malouda (77’) firent passer l’équipe de France en 4-2-3-1 avec Alou Diarra au côté de M’vila. Mais cela réduisit grandement la maîtrise technique de l’équipe de France. A l’inverse, Capello se mit à croire à un coup potentiel, voyant que son équipe n’était menée « que » 0-2. Les changements furent progressivement payants à partir de l’heure de jeu. Les entrées à la mi-temps de Micah Richards (latéral droit) et d’Adam Johnson (ailier droit) permirent alors à Steven Gerrard (photo) d’espérer un match international de la part de ses coéquipiers… Bien seul à la 63ème lorsqu’il touchait la barre transversale de la tête sur un coup-franc de Johnson, il put enfin livrer la pleine mesure de son immense talent et manquait d’ouvrir le score à l’issue d’une double-occasion anglaise (74’-75’). Cinq minutes plus tard, le capitaine de Liverpool frappait même le poteau (80’). Bénéficiant finalement du recul de l’équipe de France, dont les six changements avaient un peu bouleversé l’organisation, l’Angleterre revint au score sur corner. Crouch, pour son premier ballon, profitait du manque de compétition d’Alou Diarra pour le semer et marquer du plat du pied, 1-2 (86’).

Le match fini, la France pouvait savourer la qualité de son jeu. Seul Rami avait réellement souffert face à Carroll dans le duel aérien. Mais globalement, la copie française fut de bonne qualité. Elle permit de clore cette fin d’année qui ressemble de plus en plus à un chantier de construction en bonne voie. A l’inverse, l’Angleterre doit oublier cette rencontre et espérer rapidement le retour de la dizaine de grands joueurs absents contre la France pour proposer autre chose contre le Pays de Galles le 26 mars prochain…

La France affrontera quant à elle le Brésil pour un autre match amical de prestige, ce sera le 9 février au Stade de France.

Les Bleus : des ailes inefficaces, des contres précieux

Publié dans Foot' International par Roland Richard le 12 octobre 2010
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Source : Football365.fr

 

Une victoire, du jeu, un soulagement…

 

Cela faisait pratiquement un an que la France n’avait pas remporté de victoire au Stade de France. C’était lors du dernier match de qualifications pour la Coupe du Monde 2010, le 14 octobre 2009, contre l’Autriche (3-1). Un match pour du beurre. De plus, il fallait remonter bien plus loin dans le temps pour trouver trace d’une grande prestation livrée par les Bleus dans l’enceinte de la Plaine Saint-Denis. Cette dernière référence datait de la première sélection de Yoann Gourcuff, contre la Serbie (2-1), déjà lors des qualifications du Mondial, le 10 septembre… 2008.

En réalité, cela faisait presque deux ans que le temple du succès de 1998 portait la poisse aux Bleus. Plombait leur jeu. Souillait ces terres. Une souffrance. Une anomalie. Car en deux ans, quelques matchs – peu certes – ont été tout de même encourageants à l’extérieur : je pense en particulier à celui en Irlande à l’occasion des barrages allers de Coupe du Monde (le 14 novembre 2009, 0-1).

Toutes ces dates sont nécessaires car aucun amoureux de l’équipe de France n’avait autant souffert depuis le sacre mondial d’il y a douze ans que lors de ces vingt-quatre derniers mois. Le rappel à l’histoire n’est pas ici journalistique, il est légitime car le passé récent de la sélection française est synonyme de bien des choses sauf du plaisir. Pour rompre avec cette Histoire qui colle aux Bleus comme une sangsue – ils ont été encore sifflés alors qu’ils assistaient au match de basket entre les Nicks de New-York et les Wolves de Minnesota à Bercy la semaine passée –, Laurent Blanc a choisi l’autotransfusion. Exit les vieux briscards étrangers surpayés portant des écouteurs et ne s’arrêtant pas pour signer des autographes, bonjour la jeunesse de la Ligue 1 : Rémy, Payet, Rami, M’vila, Valbuena…

Lors du France-Roumanie des qualifications du Mondial, en septembre 2009, il y avait onze joueurs alignés – logique en football. Sur ce onze de départ, dix n’étaient pas présent au coup d’envoi de ce France-Roumanie d’octobre 2010. Seul Hugo Lloris a réchappé de « mauvais sang tiré » comme dirait Philippe Noiret. Au-delà de ça, le dispositif n’est en revanche pas si différent. On s’acharne à présenter le système de Blanc – et lui le proclame en premier lieu – comme un 4-3-3 alors que samedi, lors de la première période il s’agissait bien d’un 4-2-3-1 avec les deux ailiers proches des lignes de touche. Un peu comme sous l’ère Domenech… Loin d’un 4-3-3 censé utilisé trois attaquants donc.

La composition est d’ailleurs parlante puisque Alou Diarra, capitaine du soir, était dans les faits associé à Yann M’vila à la récupération. M’vila n’a été que très rarement à la hauteur d’un Samir Nasri quant à lui intéressant seulement à partir de la 40ème minute. Du côté défensif, le quintet formé de Lloris dans les cages, de Clichy à gauche, de Réveillère à droite et de la charnière Mexès-Rami, a donné pratiquement satisfaction sur toute la durée de la rencontre. Solide et solidaire malgré l’absence de Sagna blessé, l’arrière-garde tricolore s’est montrée constante. Dans l’animation offensive à l’inverse, Malouda a été aussi peu en vue qu’il est habituellement en forme à Chelsea tandis que Valbuena a fait preuve d’une générosité qui nous manquerait s’il venait à être remplacé dans les matchs à venir. Enfin, Benzema titulaire seul en pointe, n’a pas du tout pu s’exprimer autant que face à la Bosnie.

Le onze de départ : Lloris – Réveillère, Rami, Mexès, Clichy – M’vila, A. Diarra (C), Nasri – Valbuena, Benzema, Malouda.

De son côté, la Roumanie avançait sur des œufs. Jamais revenue de sa génération glorieuse de 1994 emmenée par Hagi, la sélection roumaine ne pouvait pas compter sur Mutu contrôlé positif à la sibutramine en janvier dernier et devait donc s’appuyer sur son capitaine et défenseur central, Christian Chivu pour tenir la barraque. Le vainqueur de la Ligue des Champions avec l’Inter de Milan a ainsi tenté de préserver la valeur centrale des aînés : la ténacité. Et cela a pratiquement payé puisque la France aura mis plus de 80 minutes à ouvrir la marque. Seul visage familier pour les téléspectateurs français, l’ex-Auxerrois et aujourd’hui Monégasque, l’attaquant Daniel Nicuale, présent à la pointe de l’attaque.

Le onze de départ de ce 4-4-2 en ligne envoyé en France pour défendre et faire un coup « à la Biélorusse » : Pantelimon – Sapunaru, Tamas, Chivu, Rat – Zicu, Florescu, Radoi, Cocis – Niculae, Stancu.

Une stratégie complètement différente de celle proposée en Bosnie

 

Contrairement à la performance à sens unique proposée face à la Bosnie où les Bleus avaient été les seuls à exister, le match a cette fois fonctionné par cycles de bonne forme, gros pour la France et petits pour la Roumanie.

Mais un problème s’est malgré tout posé tout au long de la rencontre, c’est la capacité à produire un jeu réellement percutant, performant, destructeur de la discipline adverse et générant des brèches à la suite de mouvements trop rapides pour être contrés. La Roumanie était certes venue pour ne pas jouer, pour tenter de faire un hold-up. Mais malgré ça, la stratégie de Laurent Blanc aurait bien pu échouer.

Alors pourquoi est-ce que le système de l’ancien technicien de Bordeaux a marché contre la Bosnie et moins contre la Roumanie ? Tout d’abord parce que le système précisément était très différent. N’oublions pas que ce qui fait la validité d’un schéma tactique n’est pas sa disposition numérique (4-3-3, 4-4-2 ou 4-2-3-1 pour les dispositifs les plus fréquemment utilisés) mais bien les joueurs sur le terrain et les consignes données à ces derniers par l’entraîneur. En l’occurrence, si le remplacement de Sagna par Réveillère n’a pratiquement rien changé sinon que le premier est un meilleur centreur que le second, il en fut tout autrement de la titularisation de Samir Nasri (photo ci-dessus). En effet, Diaby – qui l’avait suppléé à Sarajevo – est quelqu’un d’athlétique, de grand et de complet. Nasri est certes au-dessus techniquement et a une meilleure disposition à animer le jeu mais il est également moins physique.

L’équipe de France devait donc trouver un équilibre différent. Contre la Bosnie, Blanc avait aligné un 4-3-3 extrêmement axial pour des contres rapides orchestrés à l’aide de passes verticales longues afin d’engendrer des actions à quatre ou cinq transmissions et permettant une projection rapide vers les buts adverses. Pour ce faire, il avait construit un trio intouchable au milieu de terrain en général et à la récupération en particulier (M’vila, A. Diarra et Diaby). Sans meneur, la France avait livré son meilleur match depuis le France-Italie en qualif’ de l’Euro juste après la finale de la Coupe du Monde 2006.

Alors pourquoi avoir changé de système et qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Pourquoi la France a-t-elle éprouvé tant de difficultés à construire le jeu ? Pourquoi s’est-elle procurée si peu d’occasions ? Pourquoi, enfin, Benzema et Malouda ont-ils été si transparents ?

Source : RMC.fr

 

Un jeu sans occupation axiale et résolument tourné vers les ailes

 

D’une part parce qu’Abou Diaby était mal remis d’une blessure à la cheville. D’autre part parce que, le sélectionneur l’a dit, la France ne pouvait pas se contenter de « contrer » chez elle. Il fallait faire le jeu. Blanc (photo) avait ainsi choisi de travailler l’équipe roumaine sur la largeur du terrain avec des montées fréquentes des latéraux, Clichy pendant le premier quart d’heure, Réveillère sur l’ensemble du match avant de revoir Clichy en seconde période. L’objectif avoué était de pouvoir répondre à une organisation roumaine précisément fondée sur la largeur avec un 4-4-2 en ligne. Quand deux formations génèrent des positionnements semblables, c’est la technique individuelle et le mouvement incessant des partenaires qui sont déterminants.

Mais au fil du match, on a rapidement compris qu’il y avait un véritable déséquilibre entre l’aile gauche et l’aile droite – sans parler de l’absence totale des Bleus dans l’axe du jeu. Si le duo Valbuena-Réveillère a pesé très lourd sur le côté droit, Malouda a eu bien plus de difficultés à exister. Pourquoi ? Pour deux raisons, la première est qu’il n’est pas un véritable ailier. A Chelsea, Malouda a appris à être en prise avec l’axe du jeu, notamment à cause de la qualité de sa frappe. Ce n’est donc plus un pur joueur de côté comme il l’était en 2006. La seconde, c’est que Samir Nasri, censé lui servir de relai dans l’axe gauche, a mis pratiquement une mi-temps à se débarrasser de Florescu (milieu axial droit roumain) et de Sapunaru (latéral droit). Comment lui en vouloir ? Lui qui, à peine revenu en Bleu, avait la charge d’animer le jeu de sa sélection…

Benzema a lui aussi compris qu’il trouverait des espaces de ce côté-là. Et c’est alors qu’il dézonait sur le flanc droit que la France s’est créée sa première occasion franche du match. Offrant la possibilité à Valbuena de solliciter le une-deux, ce dernier centrait pour Nasri plongé aux seize mètres. Lequel piquait son ballon au-dessus de Tamas dans la surface et si Malouda avait cadré sa demi-volée, les Bleus auraient sans doute ouvert le score (18’). La seconde occasion franche est survenue lorsque Nasri a progressivement décidé de se déporter à son tour sur l’aile droite. Eliminant trois adversaires d’une manière spectaculaire, il achevait son numéro de soliste avec lucidité en servant Malouda plein axe aux abords de la surface. Le Londonien adressait le ballon sur la gauche à Benzema qui feintait la frappe du gauche pour se remettre sur son pied droit et enrouler un bijou de ballon qui s’écrasait sur l’extérieur du poteau (41’).

La Roumanie avait ainsi traversé cette première période sans broncher et sans rien oser ou tenter sinon durant les cinq premières minutes. Son latéral gauche, Rat, en a d’ailleurs vu de toutes les couleurs face à Valbuena, Réveillère puis Benzema et Nasri. Mais malgré cela, la France, encore marquée par les stigmates du « syndrome Stade de France », a erré dans un manque de réussite qui ressemblait à de la déconcentration…

A la pause, Laurent Blanc à resserrer son 4-3-3 dans l’axe

 

Au retour de la pause, les joueurs de Razvan Lucescu ont retrouvé le gazon tout neuf de Saint-Denis avec des idées nouvelles, comme celle de marquer – pas mal au football. Et cela manquait de payer car les Bleus étaient partis à l’assaut en bloc-équipe, c’est-à-dire à onze joueurs qui conservent les espaces entre eux quelle que soit la situation (attaque ou défense). Sur un contre entre les deux rideaux défensifs tricolores, Deac lançait Niculae qui effaçait Mexès avant de passer à Stancu qui éliminait Rami. La charnière aux fraises, Stancu pouvait centrer à loisir pour Cocis et fort heureusement, Clichy enrichissait sa copie d’un joli sauvetage de la tête. Malheureusement, le ballon retombait dans les pattes de Florescu qui allumait une demi-volée faisant briller Lloris d’une claquette main opposée (47’).

L’avertissement n’en était pas un puisque la Roumanie, sans doute frustrée, n’eut plus de percussion une seconde fois. Et au contraire, on pouvait constater un repositionnement de Malouda et de Valbuena dans l’axe qui donnait un 4-3-3 réel et redoutable avec trois attaquants. Benzema recommença à être dangereux car disons-le franchement, être obligé de se jeter sur des centres alors que ni Clichy, ni Réveillère, ni Malouda ne sont excellents dans l’exercice et que l’on n’est pas non plus un grand joueur dans le domaine aérien, ça n’est pas l’idéal.

Mais le replacement français, conjugué au fait que l’arrière-garde roumaine avait avancé de vingt mètres, fournissait l’occasion de partir dans le dos d’un Tamas (central droit) très lent car pur stoppeur. Malouda saisissait l’occasion un peu avant l’heure de jeu. Lançant Benzema, celui-ci passait en retrait pour Valbuena plein axe qui prenait le shoot des dix-huit mètres. Pantelimon détendait ses deux mètres et signait un arrêt d’exception qui envoyait valdinguer le ballon sur la barre (58’). Deux minutes plus tard, bis repetita avec à nouveau une occasion générée entre les deux lignes défensives roumaines (celle des milieux et celle des défenseurs). Cette fois-ci, c’est Nasri qui distançait Tamas à la course et, pénétrant dans la surface côté gauche sans être inquiété, osait le tir entre les jambes puis la frappe dans l’angle fermé, toutes deux repoussées par Pantelimon, homme du match côté roumain (60’).

Après quoi, le rythme a baissé d’intensité, comme toujours à l’heure de jeu. Les Roumains, épuisés de défendre et choisissant de casser le jeu pour endormir les Bleus, et les Français justement, frustrés de ne pas scorer, marquèrent le pas pendant dix minutes. Moment où la Roumanie produisait un nouvel éclair imprévisible grâce au une-deux entre Sapunaru et Cocis. Le latéral, projeté dans l’axe, trouvait le poteau du plat du pied alors que la France s’évertuait à jouer haut (71’).

Un « coaching » décisif de Laurent Blanc

 

Finalement, et c’est la patte des grands entraîneurs, c’est Laurent Blanc qui trouvait la solution. Faisant sortir l’infatigable Valbuena pour faire rentrer Rémy autour de la 65ème minute, il donna à son équipe le petit coup de pouce dont elle avait besoin pour gagner un match semblable à celui imposé par les Lituaniens il y a un an. Aspirant les Roumains, les Bleus commettaient une grosse bourde défensive par l’intermédiaire de Clichy. Mais cette bévue eut le mérite de faire avancer le bloc roumain. Ressortant proprement le ballon, au sol, en passant par l’aile droite, c’est finalement M’vila qui transmettait à son capitaine. Diarra, homme du match côté français, osait une relance en profondeur à une touche de balle pour Rémy. Le Marseillais accélérait, déposant aisément un Rat à genoux, et marquait d’une lourde frappe croisée à ras de terre du droit (83’). Un but magnifique qui mettait en lumière la faiblesse d’un grand gardien, celle à descendre au sol pour claquer ce type de tirs. Mais aussi le travail préalable effectué par le duo Valbuena-Réveillère aux dépens d’un Rat qui n’avait plus les jambes pour continuer de défendre. Mais aussi l’érosion du capitaine Chivu, fautif car non-aligné pour mettre l’attaquant marseillais hors-jeu.

Entre temps, Nasri était sorti pour Gourcuff (74’), bientôt suivi de Benzema pour Payet (86’). Un Lyonnais en méforme et un Stéphanois sur un nuage. Il était sans doute écrit que la rivalité d’un derby encore douloureux à l’esprit des supporters lyonnais allait ici être transcendée par le maillot tricolore et un tricot efficace du Vert pour l’ex-Girondin qui inscrivait le second but d’une France enfin apaisée (90+3’). Symbole de ce que doit être la tunique bleue : la fierté de représenter son pays, quel que soit le club ou les affinités… 2-0, score final pour des Bleus aux anges, tout simplement heureux d’avoir gagné au Stade de France. Leur Stade de France. Et cet amour du public, déjà affiché lors des deux Marseillaises tonitruantes et chantées à l’unisson avant l’opposition avec la Biélorussie et le match de samedi soir, rencontrait enfin non pas seulement du « beau jeu » mais tout simplement la victoire sans bavure d’une équipe courageuse et enfin récompensée.

La France gagne en Bosnie grâce à son trio au milieu de terrain

Publié dans Foot' International par Roland Richard le 8 septembre 2010
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Source : Football365.fr

Deux formations axiales pour un choc au milieu de terrain

 

La Bosnie était pourtant une équipe qui faisait frémir. Jeune nation du football puisque le pays n’existe que depuis 1992, date où il a proclamé son indépendance de l’actuelle Serbie, la Bosnie avait tout pour inquiéter l’équipe de France. Pourtant réputée remarquable offensivement et auteur d’une belle double-confrontation en barrages de la Coupe du Monde face au Portugal, le choc du groupe contre la France a largement tourné à l’avantage des visiteurs.

Les compositions n’avaient rien de surprenant. Du côté bosnien, on avait employé les grands moyens en reconduisant le cinq offensif de devant et plus globalement le onze qui avait débuté la rencontre au Luxembourg. Avec des joueurs que la France connaît bien tels qu’Emer Spahic (Montpellier) ou Miralem Pjanic (Lyon), la formation bosnienne avançait à terrain découvert dans un 4-4-2 en losange très axial et emmené par ses deux grands attaquants, Dzeko (1m92) et Ibisevic (1m89).

Côté français, les blessures de Hoarau, de Rémy et de Saha contre le Bélarus vendredi dernier permettaient à Benzema de refaire son apparition au poste d’avant-centre ainsi qu’à Valbuena d’être récompensé de sa belle performance vendredi pour s’imposer sur l’aile droite. La France évoluait ainsi en 4-1-4-1, une formation en général très agréable à regarder avec un milieu dense et combatif composé du trio Diaby-Diarra-M’Vila. Par ailleurs, c’est le Bordelais qui récupérait le brassard de capitaine. Exit donc Ménez, assez transparent contre la Biélorussie.

Cette formation devait notamment fournir une capacité nouvelle à l’équipe de France : celle d’occuper l’axe du terrain. Laurent Blanc avait également abandonné son système à deux récupérateurs, du moins en apparence puisque son trio axial était en réalité composé de trois milieux à vocation défensive ou du moins, relayeuse.

Vingt premières minutes pour se mettre en confiance (0 – 19’)

 

Absent de la finale de Coupe du Monde remportée face au Brésil ce fameux 12 juillet 1998 mais adepte d’un système défensif imperméable, Laurent Blanc a renoué avec la tradition d’une équipe de France qui construit son jeu sur une solidité à toute épreuve derrière. Sur le plateau de L’Equipe TV lundi soir, Emmanuel Petit insistait d’ailleurs sur cette vérité absolument fondamentale sur laquelle je m’étais également attardé l’an dernier après le match aux Féroé : on construit une équipe sur une charnière et sur la récupération, domaines où la France avait construit sa victoire en 1998 avec un trio au milieu de terrain complètement hermétique et très difficile à contourner : Petit – Deschamps – Zidane.

Rappelant ainsi le cours de l’histoire du jeu français des années dorées, l’ancien joueur d’Arsenal et de Chelsea avait également expliqué que ce n’est qu’après, en 1999 et jusqu’en 2001, que la France avait pris conscience de la potentialité de son beau jeu.

Ainsi, Laurent Blanc a plus que retenu la leçon. Prenant en main personnellement – fait rarissime – la mise en place tactique de la défense bleue lors de l’entraînement dimanche, il a insufflé une force mentale et un état d’esprit qu’on a pu constater d’emblée. Mieux, il a également imposé un nouveau trio au milieu de terrain composé de trois milieux récupérateurs ! Certes Abou Diaby est un joueur polyvalent, plus proche du milieu « central » à la Steven Gerrard ou à la Patrick Vieira, mais tout de même. Quel changement !

Et c’est bien cette nouvelle énergie qui a inspiré un quatuor défensif impénétrable et un trio récupérateur intraitable dans l’axe. Idéal en somme face à une formation bosnienne habituée à avoir le ballon et à jouer au sol au sein d’un milieu adverse souvent dépassé par la rapidité et l’aisance technique des joueurs d’Europe méridionale.

Ce fut ici tout l’inverse qui se produisit pour une absence totale de tir bosnien en première période, rien de moins. Après à peine dix minutes de jeu, l’équipe de France prenait conscience de la sérénité qui régnait dans sa moitié de terrain et pouvait ainsi se lancer à l’assaut avec une fougue nouvelle et un Karim Benzema étincelant pour la première fois depuis des mois. En confiance, c’est le Madrilène qui se procurait la première occasion nette du match. Seul face à la charnière centrale Spahic-Nadarevic, il déposait les deux joueurs à coups de dribbles rapides et utiles avant d’allumer l’extérieur du poteau droit (12’).

Et malgré l’abnégation des Bosniens à vouloir conserver le ballon, les 52 % de possession ne révélaient qu’une chose : leur incapacité à franchir le premier rideau tricolore et l’impossibilité à faire autre chose qu’à se passer le ballon de manière latérale. Les joueurs de Safet Susic s’en remettaient donc aux coups de pied arrêtés comme sur ce coup-franc excentré sur la droite mais bien repoussé par un concert de têtes françaises (14’). Rendez-vous compte ! Même dans ce domaine pourtant criant de fragilité sous l’ère Domenech, les Français s’étaient endurcis et la paire Rami-Mexès (photo) faisait déjà merveille.

De l’autre côté, Karim Benzema répondait d’un coup-franc direct à vingt-cinq mètres frôlant la lucarne gauche de Hasagic ainsi que l’ouverture du score (19’). Ces vingt premières minutes ne laissaient pas de place au doute : la France dominait outrageusement son adversaire et ce dans tous les compartiments du jeu.

C’est grâce à cette quiétude construite sur les deux piliers du jeu que constituent l’hermétisme défensif et la récupération haute que la France a pu ensuite développer un jeu offensif séduisant basé sur une tactique totalement différente de celle qui avait été mise en place contre le Bélarus.

Source : LeFigaro.fr

Quarante minutes d’usure mentale et d’une domination sans partage (20’ – 64’)

 

De manière générale, le jeu offensif se construit de deux manières, la première réside dans la relance des défenseurs centraux, qu’il s’agisse de longs ballons aériens – comme Piqué sait magistralement bien le faire avec l’Espagne – ou de passes au sol ; et la seconde tient au type de récupération choisi. En l’occurrence, dans ce 4-1-4-1, que l’on peut également considéré comme un 4-3-3, Laurent Blanc avait bien fait les choses en mettant en place un carré de quatre joueurs agissant comme un étau au pressing. De cette manière, la France ressemblait davantage, dans les phases défensives, à un 4-1-2-2-1. Volontairement très axial pour contrer le 4-4-2 en losange de Safet Susic, ce carré composé d’Abou Diaby et Yann M’Vila d’une part ainsi que de Florent Malouda (photo du haut) et Mathieu Valbuena d’autre part a tout simplement détruit la conception bosnienne du jeu. Ainsi, la récupération fut de plus en plus haute au fil du match et la France a égrené les occasions comme des perles.

Le second atout de l’équipe de France, à l’origine d’une bonne partie des occasions tricolores, fut la maîtrise technique de deux gestes : la passe verticale pour les relanceurs et la capacité à se retourner après avoir réalisé un contrôle dos au but pour les attaquants. Contrairement aux erreurs techniques commises à répétition contre la Biélorussie, la France a dominé son sujet également dans ce secteur qui correspond normalement à celui qui progresse de la manière la plus lente car il implique des automatismes importants et donc du temps de jeu en commun.

Après une bonne récupération de Sagna, M’Vila offrait donc un de ces caviars verticaux – comprenez dans le sens qui va d’un but à l’autre – et si Benzema s’était montré plus spontané, il aurait sûrement ouvert le score (26’). Deux minutes plus tard, Diaby sollicitait le une-deux avec Malouda pour être servi dans l’axe gauche de la surface. Là encore, son dernier contrôle manqué l’empêchait de frapper et laissait Hasagic lui chiper le ballon dans les pieds (28’).

Dès lors, la titularisation de Valbuena et de Benzema prenait tout son sens et fournissait une complémentarité totale à l’attaque française. Le Madrilène renouait avec son passé prestigieux de futur grand avant-centre des Bleus tandis que le Marseillais s’évertuait à jouer les feux follets insaisissables. En confiance, les trois attaquants – n’oublions pas Malouda – furent inlassablement servis par ces passes verticales. A la baguette, Rami, Mexès, Diaby et Diarra furent redoutables de précision dans l’exercice. L’ultime occasion de la première période fut un tir lointain de Benzema, une fois de plus en lumière, à une vingtaine de mètres mais Hasagic repoussait bien à propos (44’).

La deuxième période recommença comme la première avait terminé, avec des fautes bosniennes. Pjanic et Ibisevic se voyaient complètement dépassés dans leur replacement défensifs et agacés d’avoir le dessous notamment face à M’Vila et Rami au milieu de terrain. Les occasions françaises continuèrent de se succéder et l’on commençait à craindre que l’ultime péché français, celui de l’efficacité devant le but, ne soit, lui, pas absout. Un coup-franc lointain tiré par Florent Malouda trouvait bien Diaby mais ce dernier ne cadrait pas sa tête qui passait au-dessus des cages (60’). C’était le dixième tir français mais seuls quatre avaient été alors cadrés.

Les Bosniens ne pouvaient donc s’en remettre qu’à des coups de pied arrêtés pour exister offensivement et il ne s’en fallait d’ailleurs de peu que Pjanic ne parvienne à signer le hold-up parfait. A près de quarante mètres et légèrement excentré sur la droite, le Lyonnais s’essayait à un tir tendu du pied droit en direction de la lucarne gauche adverse. Fort heureusement, le portier des Bleus Hugo Lloris, également le partenaire de club de Pjanic, anticipait la tentative et la repoussait en corner (64’).

Une ultime variation pour un match en tous points réussi (65’ – 90’)

 

On l’a déjà précisé, la France a construit son jeu très différemment de ce qu’elle avait pu faire contre le Bélarus. La dernière différence résida dans un jeu très peu porté sur les ailes. Bakary Sagna a ainsi très rarement pris l’initiative de monter sur le flanc droit pour épauler Valbuena et Gaël Clichy ne l’a pas beaucoup plus fait. Et ceci peut s’expliquer assez aisément.

Au vu du match contre le Bélarus, que Safet Susic ne peut avoir manqué de regarder et de décortiquer, la France devait clairement évoluer librement sur les ailes avec des montées très fréquentes de ses latéraux. On avait d’ailleurs pu se lamenter de la pitoyable précision des deux joueurs d’Arsenal sur les centres, secteur qu’Arsène Wenger se vante pourtant de travailler énormément à Londres. Qu’importe, Safet Susic avait bien évidemment reconduit son 4-4-2 losange en attaque mais il l’avait distendu en défense pour empêcher les latéraux de monter. Comptant sur la supériorité technique de ses joueurs, il pensait aussi maîtriser l’axe. Mais Laurent Blanc a totalement déjoué les pronostics de son homologue. Car au final, les rares montées des latéraux et les fameuses passes verticales françaises ont profité des béances que les Bosniens ont laissé entre eux au milieu de terrain. De plus, la technicité était indéniablement française. Enfin, durant la dernière demi-heure, deux éléments supplémentaires sont venus s’ajouter au calvaire bosnien : la supériorité physique des Bleus et leurs permutations offensives incessantes.

Au premier chef, on ne pourra que se réjouir d’avoir vu un Karim Benzema tant dézoner et prouver en même temps que l’on peut quand même être un grand avant-centre, buteur qui plus est. Tandis que Valbuena et Malouda sont régulièrement venus se substituer à lui dans l’axe lorsqu’il avait choisi de prendre une aile. Toutes ces caractéristiques du jeu français et de l’intelligence de Laurent Blanc furent à l’origine d’innombrables fautes bosniennes en seconde période, spécialement sur Mathieu Valbuena. Rahimic commettait ainsi un attentat à la 69’ minute en additionnant tous les critères du carton rouge : intégrité de Mathieu Valbuena remise en question, le Croate ne jouait pas le ballon, il maîtrisait mal son geste et l’effectuait par derrière… On peut même douter de l’intention de jouer le ballon. Mais M. Brych ne l’entendait pas de cette manière et faisait probablement son seul mauvais choix de la partie.

Deux minutes plus tard, la France, comme révoltée par cette injustice, ouvrait le score. Un but qui concrétisait la domination française et venait plonger le Stade de Sarajevo dans le silence. A l’origine, une nouvelle passe verticale d’Alou Diarra pour Florent Malouda qui décalait sur le côté gauche Gaël Clichy. Le joueur d’Arsenal, monté pour l’occasion, servait au sol plein axe dans la surface Karim Benzema. L’ex-Lyonnais sortait une roulette magnifique sur Spahic pour se retourner et frapper du gauche sans que Nadarevic ne puisse intervenir (photo ci-dessus). Hasagic, le gardien, ne pouvait qu’effleurer le ballon qui venait battre le petit filet. La France menait logiquement 0-1, (72’).

Les Bosniens n’eurent pas le temps de se ressaisir qu’ils en encaissaient un second. Et c’est ce qui est le plus réjouissant, car la France a non seulement dominé la Bosnie mais elle s’est en plus tenue à sa volonté de produire du beau jeu avec ici un superbe jeu en triangle au terme d’une remarquable construction. Valbuena était à l’origine du mouvement. Plein axe, en poste de milieu central, il vint servir Benzema qui avait pris le flanc droit. Le Madrilène offrait un caviar plein axe dans la surface à Diaby qui avait plongé. Celui-ci remettait instantanément en retrait aux seize mètres à Valbuena qui ouvrait finalement son pied pour Malouda sur la gauche, tout en tombant. Dans ce jeu multiple, Hasagic s’y perdait et était aisément trompé par le joueur de Chelsea qui n’avait qu’à ajuster son plat du pied gauche pour le 0-2 (76’).

La France accélérait alors le rythme, comme consciente de l’exploit en marche. S’imposer sur un score net en Bosnie, chez le meilleur du groupe, était à portée de main. Valbuena mit une première fois Hasagic à contribution d’une frappe du droit dans l’angle fermé (79’). Benzema s’essaya quant à lui à la frappe croisée de l’autre côté mais sans trouver le cadre (81’). L’ultime occasion fut encore pour le Madrilène. Positionné une nouvelle fois en meneur de jeu, Mathieu Valbuena décalait Matuidi (rentré à la place de Malouda) sur l’aile gauche. Pour sa première sélection, le Stéphanois adressait un bijou lobé à Benzema complètement seul au point de pénalty. Enchaînant contrôle poitrine et reprise de volée, il fallait une sortie héroïque de Hasagic pour empêcher le ballon de rentrer (90’). Le corner qui s’en suivit ne donnait rien malgré un nouveau bon centre de Matuidi (91’).

L’arbitre pouvait ainsi siffler la fin du match (0-2) et la France remportait sa première victoire convaincante depuis le match contre la Serbie au Stade de France le 10 septembre 2008 (éliminatoires de la Coupe du Monde 2010) où les Bleus s’étaient imposés 2-1 pour la première sélection de Yoann Gourcuff. Un succès très encourageant pour la suite de la compétition et qui ravissait d’ailleurs Laurent Blanc en conférence de presse…

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