La Tribune du Sport


Bayern-Lyon : une victoire dans le sang

Publié dans Ligue des Champions par Steven Ayache le 22 avril 2010


Un passé entre gloire et déboires

Source :tcl.fr/

« Ceux qui m’aiment prendront le bus » a dû dire Puel à ses joueurs. Le volcan islandais ayant inondé le ciel de cendres, les Lyonnais ont donc eu droit à l’air bus de circonstance, comme les Barcelonais pour rejoindre Milan. Mais les joueurs de Claude Puel préféraient parler avant le match d’expérience visant à souder le groupe. Ils voient le bon côté des choses, et ils ont d’autant plus raison qu’ils ont déjà battu le Bayern deux fois en Ligue des Champions (en 2001 à Gerland, en 2003 chez l’occupant).

Forts de ce passé, les coéquipiers de Sidney Govou espéraient bien réaliser la passe de trois. De son côté, Franck Ribéry craignait bien sûr la passe de trop, car une victoire de Lyon sur les terres germaniques compromettrait les chances de qualification. En tous cas, les rouges peuvent compter sur une équipe-type, à l’exception notable de Van Bommel, au grand plaisir des chevilles lyonnaises, toutes présentes. Côté Gones, la frayeur est jaune car sept joueurs sont sous le coup d’une suspension.

Stéphane M’Bia le Marseillais a cru bon, au lieu de suivre ce match, d’aller voir Rihanna en concert (quelle info signée laprovence.com !). Le match donnera-t-il un meilleur spectacle ?


Un choc des blocs

Le premier quart d’heure s’apparente à un round d’observation tant les deux équipes peinent à se livrer. Ici et là, on teste les rampes de lancement vers Ribéry et Robben dans le coin rouge, Ederson et Delgado dans le coin bleu. La spider caméra permet d’observer deux blocs en 4-5-1 (Muller jouant derrière Olic côté Bayern), très compacts qui ne veulent surtout pas se désunir.

Soudain, dès la treizième minute, on sent le bloc munichois plus haut et une équipe lyonnaise sur la descente. Cause de tout ce ravage : un corner rentrant de Ribéry d’abord, bien sorti par Lloris, puis un autre de Robben qui trouve « Schweiny » tout seul pour une tête à ras du poteau. Dès lors, les rouges vont donner la couleur de ce match, changeant d’aile comme dans un bucket. Les hommes de Puel, pris de peur, reculent et se tassent, ce qui ne déplaît pas au grand Francky. A la 18ème minute, il enclenche la première côté gauche, démarre Cris et frappe du droit mais le ballon dérape et passe à côté.

Les Gones avaient besoin de souffler, et la circonstance viendra les aider à la 22ème minute, lorsque Cris est bousculé par Muller après une frappe un peu trop emballée. Le petit arrêt fait remonter le bloc bleu qui redevient menaçant, grâce notamment à un Lisandro omniprésent en pivot et à un Ederson plein d’entrain. Le Brésilien va d’ailleurs sonner la charge avec un boulet de canon suite à un corner dégagé dans l’axe mais Demichelis fait mur. En tout cas, les Munichois sont moins menaçants et la nation tricolore commence à croire en son représentant.


Mauvaise fortune pour Ribéry, Bon cœur de Lyon

Source :lequipe.fr/

A la 35ème minute, selon nos confrères de Lequipe.fr, Franck Ribéry est assailli d’insultes par les supporters lyonnais qui le traitent de « pédophile » en référence à cette affaire de proxénétisme dans laquelle il a été cité comme simple témoin. En réponse, Ribéry préfère viser directement la cheville du pauvre Lisandro qui n’avait rien demandé. Mr Rosetti, l’arbitre italien de ce match, voit rouge à juste titre. Tout comme l’un des grands de ce sport qui le réclame au Real, Franck a cédé sous le poids des insultes et réduit son équipe à dix.

Dès lors, Lyon pousse sans trop se découvrir, attendant manifestement la mi-temps pour mettre le coup de grâce. Les hommes de Van Gaal se replient, attendant un orage qui ne viendra jamais. Seul le suédois Kallstrom inquiètera Nicky Butt sur une splendide frappe des 30 mètres que détourne le gardien du Bayern.
A la mi-temps donc, un Bayern réduit à dix et une équipe lyonnaise qui doit tout donner pour marquer ce but


Un retour étonnant.

Van Gaal fait sortir Olic pour le milieu ukrainien Tymoschuk, histoire de glisser à Claude Puel qu’il va jouer le 0-0. Mais étrangement, les Lyonnais sortent des vestiaires avec un arrière goût de bus très amer. Contre toute attente donc, les Bavarois attaquent, pilonnent même les Gones en jouant très haut et en servant systématiquement un Robben de plus en plus intenable. Ce sera d’abord une volée de Pranjic qui passe à côté, puis une occasion inratable de Muller, seul devant Lloris, qui préfère manger la pelouse avec son pointu. On se dit maintenant que seul Robben peut permettre à Munich de vibrer en infériorité numérique.


Trop d’allant pour Toulalan

Cette situation pouvait encore s’inverser et les Lyonnais espéraient d’ailleurs récupérer bientôt le ballon. Les rouges continuent de faire tourner la balle de droite à gauche et inversement pour énerver le chaland, qui dans le cas présent s’appelle Toulalan. En deux minutes, le défenseur de fortune, emblème lyonnais depuis le début de saison, va successivement se faire suspendre en prenant un jaune pour une faute sur Pranjic puis doubler son capital sortie en terminant le match aux vestiaires sur une charge trop appuyée. Compensation ou pas, il est certain que les deux fautes prises séparément valent chacune un jaune et que Toulalan, un peu fou, a considérablement affaibli son équipe, définitivement.


D’égal à égal, Lyon ne fait pas le poids.

Source :lequipe.fr/

Dès lors, le Bayern va progressivement faire monter le rideau rouge, circuler sur toute la largeur du terrain, condamnant les Gones à défendre avec Gonalons dans l’axe et Cissokho en martyr de Robben. Ce dernier va illuminer le match de sa patte gauche, d’abord sur une frappe à l’heure de jeu puis sur un centre à destination de Gomez qui préfère imiter le pélican sans forcer. Mais il n’a besoin de personne (si ce n’est le crane de Muller qui effleure le ballon) pour décocher cette superbe frappe dont il a le secret et tromper un Lloris à la rue sur l’appui opposé.

Van Gaal ne poussera pas son prodige et le fera d’ailleurs sortir en fin de match pour préserver un score qui va faire mal pour le retour à Gerland. Sans Ribéry, mais surtout sans un Toulalan indispensable aux Lyonnais pour se stabiliser, le match risque de paraître long, tant à Claude Puel qu’à l’international français devant sa télévision.

L’Inter a dominé collectivement le Barça en demi-finale aller de LdC !

Le FC Barcelone a changé de tactique au dernier moment…


Source : LeMatin.ch

J’avais mis une pièce sur l’Inter lors de ma description des clefs tactiques du match, sans savoir d’ailleurs trop quel serait le stratagème mis en place par José Mourinho (à droite sur la photo ci-contre) pour contrer la colonne vertébrale remarquable du FC Barcelone : Busquets-Xavi-Messi-Ibrahimovic. Oui mais voilà, de colonne vertébrale, il n’y a pas eu.

Le FC Barcelone a entamé son match dans une formation différente de celle qui lui avait permis de renvoyer Arsenal à l’Emirates Stadium avec quatre buts dans la valise lors du tour précédent. Au lieu de l’habituel 4-2-3-1 centré autour de Lionel Messi, Pep’ Guardiola a renoué avec son schéma tactique de l’an passé, celui-là même qui lui avait permis de remporter la Ligue des Champions. Messi était donc replacé de l’axe à l’aile droite, Pedro de l’aile droite à l’aile gauche et Seydou Keita de l’aile gauche dans l’axe, au côté de Xavi.

L’objectif du coach catalan était sans doute de distendre la défense de l’Inter de Milan et de compliquer la tâche des Italiens au niveau du pressing en les contraignant à courir beaucoup, à se disperser et donc, à se fatiguer. En effet, il est pratiquement impossible, car trop éprouvant, d’enclencher un rideau mouvant de trois joueurs ou un losange mouvant sur une telle largeur de terrain. La tactique catalane avait sans doute pour objectif de décourager l’Inter de pratiquer ce type de pressing, un pressing qui avait détruit le milieu de terrain de Chelsea en huitièmes de finale.

Dans le cas présent, les vingt premières minutes furent entièrement à l’avantage des Intéristes qui effectuèrent une pression en bloc, avec toute l’équipe placée haut sur le terrain. Ce que n’avait pas prévu Pep’ Guardiola, l’entraîneur du Barça, c’est que la hauteur du positionnement des Milanais, notamment des latéraux, annulait le dispositif catalan. En effet, ces derniers défendaient à trente-quarante mètres des buts de Julio Cesar.

Un « pressing total »


Je n’avais pas pu observer une tactique de récupération aussi complète depuis… le FC Barcelone de l’an passé. Si, comme on pouvait s’y attendre, l’axe était imprenable avec le carré magique, légèrement modifié pour l’occasion, Motta-Cambiasso-Lucio-Samuel, les ailes furent également verrouillées. Et ce fut bien sûr l’une des clefs du match. Car si Messi a été placé sur l’aile droite, c’était dans l’idée que face à Javier Zanetti, 36 ans, le numéro dix barcelonais allait se régaler.

Source : UEFA.com

Que nenni ! La domination du capitaine des Nerrazzuri, milieu défensif de formation, fut absolument époustouflante. Forçant Lionel Messi à repiquer fréquemment dans l’axe, le Ballon d’Or 2009 s’y vit opposer les deux milieux récupérateurs du jour, Thiago Motta véloce et Cambiasso rugueux. Impossible pour lui de réaliser une seule course « verticale » dont il est pourtant si coutumier. La première frappe de l’Argentin n’intervint qu’à la 53ème minute ! Et ce n’était que le troisième tir du Barça ! Du jamais vu depuis la demi-finale aller de cette même Ligue des Champions, l’an dernier, contre Chelsea au Camp Nou…

Très peu d’équipes peuvent se vanter d’être parvenue à empêcher Barcelone de voler au-dessus d’un match. Certes le FC Barcelone a eu le ballon comme à son habitude (68% de possession selon le site de l’UEFA) mais il n’a pu tirer que huit fois au but sur l’ensemble de la rencontre dont cinq fois après l’heure de jeu, c’est-à-dire après que les Milanais menaient 3-1.

Le pressing fut également redoutable sur l’aile droite de l’Inter où Maicon a régné sans partage dans son couloir, bloquant toutes les initiatives de Pedro de ce côté. C’est d’ailleurs dans l’axe qu’on a retrouvé le jeune joueur formé au Barça pour l’ouverture du score (photo ci-dessus), contre le cours du jeu, à la 19ème minute. A posteriori, il s’agissait d’un but en trompe-l’œil.

Pour un triplé magnifique, une attaque intériste quasiment identique… ?


De prime abord, le quatuor offensif vainqueur contre Chelsea et contre Moscou avait été reconduit. Mais en réalité, le positionnement était totalement différent. Mourinho avait replacé Eto’o de l’aile gauche sur l’aile droite, pressentant qu’il lui serait plus facile d’évoluer face à Maxwell que face à Daniel Alves. Un calcul semblable à celui de Pep’ Guardiola dans le replacement de Messi. Mais le choix de l’entraîneur portugais fut autrement payant puisque les trois actions décisives de l’Inter virent Eto’o à la baguette ou la passe décisive s’effectuer en provenance de l’aile droite.

A l’image du Barça l’an passé, l’Inter se montrait patient malgré le but concédé. Dix minutes plus tard, une transversale arrivait à destination d’Eto’o. Le jeu renversé fit plonger Daniel Alves dans l’axe de la défense. Le Camerounais de l’Inter centrait pour D. Milito qui contrôlait dos au but et décalait Sneijder au deuxième poteau, là-même où aurait dû se trouver Alves. Le Néerlandais n’avait plus qu’à ajuster Valdes, 1-1 (30ème). Le Barça n’avait existé que quelques minutes après son but avant de subir à nouveau la déferlante milanaise…

Source : L'Equipe.fr

La deuxième période amena rapidement le second but et la domination était désormais totale. Incapable de se trouver au milieu de terrain depuis l’égalisation, le Barça perdait régulièrement le ballon entre la ligne médiane et les trente mètres milanais en raison d’un éloignement trop important, dû au 4-3-3, entre ses joueurs offensifs. Sur l’une de ses rares incursions dans ces fameux trente mètres italiens, il se fit prendre en contre, à la milanaise. Dans une action effectivement plus habituelle d’un club italien, Goran Pandev, replacé à gauche effectuait une relance de vingt-cinq mètres en effaçant trois Catalans puis servait Cambiasso d’une passe profonde croisée remarquable. L’Argentin servait son compatriote, D. Milito qui se muait à nouveau en passeur décisif, cette fois-ci pour son latéral droit qui avait croisé sa course. Maicon glissait le ballon sur la droite d’un Valdes impuissant, 2-1 (48ème).

Mais les Intéristes le savaient, leur pressing avaient un prix physique. Il leur fallait marquer un troisième but avant la 65ème minute sous peine de défendre un seul but d’avance dans les vingt dernières minutes. Car cette pression à la récupération fut tellement magistrale du côté de l’Inter, tellement étouffante, qu’elle annonçait un important contre-coup en fin de match.

Redoublant d’efforts, les Milanais récupérèrent le ballon à une trentaine de mètres par l’intermédiaire de Maicon qui servait Eto’o une fois encore… sur l’aile droite. Omniprésent, le transfuge du Barça adressait un remarquable ballon à Sneijder qui avait une fois de plus plonger dans l’axe de la surface de réparation pour apporter le surnombre. Le meneur de jeu de l’Inter ratait sa tête qui se transformait en passe décisive pour un Milito récompensé de son altruisme sur les deux réalisations précédentes par un but, lui aussi de la tête. La réussite en plus puisque l’Argentin était probablement hors-jeu (photo ci-dessus) mais l’Inter avait assommé son adversaire espagnol dans le jeu puis au score, 3-1 (61ème).

Peu en jambes et martyrisé par la charnière Samuel-Lucio, Zlatan Ibrahimovic fut remplacé juste après par Abidal, de retour de blessure (62ème), Maxwell montant d’un cran sur l’aile gauche, Pedro prenait l’aile droite et Messi enfin l’axe du jeu.

Une fatigue logique et un litige arbitral…


Entre temps, Stankovic avait remplacé Pandev (56ème), épuisé. Sneijder avait pris l’aile gauche tandis que le Serbe occupait le rôle de meneur de jeu. La fatigue des Milanais se fit progressivement sentir, notamment du côté des quatre attaquants. Milito fut d’ailleurs remplacé par Balotelli à la 75ème minute.

Finalement, Messi manqua bien d’être décisif deux minutes plus tôt. Pas vraiment sur ses points forts habituels mais en assénant un terrible coup d’épaule à Maicon à la mâchoire. Un véritable K.O. de boxe pour l’exceptionnel latéral droit de l’Inter qui sortit pour Chivu, à peine remis d’une fracture du crâne. Zanetti continuait son rôle de polyvalent en récupérant le poste de latéral droit. Mais son âge et la fatigue du match permirent à Abidal et Maxwell de faire souffrir l’Inter en fin de match précisément de ce côté.

Les Intéristes ne durent leur salut qu’à la rudesse de leur jeu. Stankovic et Motta prirent tous les deux un carton jaune et sur une faute commise par le premier, il fallait un grand Julio Cesar pour repousser le coup-franc remarquable de Messi (78ème).

Déporté sur son aile droite en raison de la fraîcheur d’Abidal, l’Inter se fit prendre à contre-pied par Alves sur son aile gauche. Le Brésilien pénétrait dans la surface de réparation et chutait en même temps que Sneijder effectuait un tacle peu à propos, par derrière (83ème). Pour l’arbitre, c’est le Brésilien qui avait commis une simulation. Le ralenti ne permettait pas de se faire une idée précise, comme d’habitude. Si Sneijder freinait bien sa jambe gauche au moment de tacler pour éviter le mollet d’Alves, il le touchait malgré tout. Le choc n’était sans doute pas assez rugueux pour faire tomber Alves et on vit bien le latéral chuter volontairement après le tacle. Il y avait peut-être faute mais il n’en demeure pas moins qu’Alves est tombé seul. L’arbitre en prit son parti.

Source : Telegraph.co.uk

Après quoi, Lucio rivalisa d’intelligence avec Julio Cesar pour arrêter respectivement les tirs de Piqué (86ème) et Pedro (90+1ème). Au final, l’Inter s’impose légitimement 3-1 tant il a dominé la rencontre. Les Barcelonais ont à peine existé trente minutes… C’était trop peu pour inquiéter une machine tactique disciplinée, physique et technique. Bref, une équipe qui avait toutes les qualités du haut niveau.

Une victoire totale des Milanais et de José Mourinho


Contre une équipe aussi technique que le Barça, on ne peut pas indéfiniment compter sur la qualité du placement défensif ou sur l’intelligence et l’anticipation. L’Inter a aussi su mettre le pied et jouer dur sur l’homme quand il le fallait. Si Messi ne fut pas rudoyé par une faute grossière, Pedro et Busquets subirent, quant à eux, une ou deux fois une faute violente d’un joueur intériste.

Mais très clairement, on a vu l’équipe de Barcelone distendue, prise à son propre piège de l’élargissement du jeu souhaité par Guardiola. En voulant proposer un jeu aéré destiné à faire courir les Intéristes, ce sont eux qui ont eu les pires difficultés à se trouver dans le jeu, notamment dans l’animation axiale. Par ailleurs, le danger Messi a été fort bien négocié en plaçant sur lui constamment un récupérateur et un défenseur (Zanetti) ou bien les deux récupérateurs. Messi n’est pas parvenu une seule fois, durant la première période, à effectuer une de ses mythiques courses « verticales », si performantes contre Arsenal. On l’a dit, la première frappe de Messi ne survint qu’à la 53ème minute.

Enfin, il faut souligner la qualité du pressing milanais jusqu’à l’heure de jeu puis la solidité du trio Lucio-Samuel-Cesar. Le portier brésilien fut lui l’artisan de la préservation du score, arrêtant six des sept tentatives cadrées du Barça. N’oublions pas non plus de mentionner l’exceptionnelle intelligence avec laquelle Mourinho a choisi son dispositif, a donné ses consignes et mis son équipe dans la bonne direction sur ce match.

Le match retour s’annonce passionnant car l’arbitre ne sera plus influencé par les 80 000 supporters italiens mais par 100 000 Ibériques en délire au Camp Nou ! Le Barça sera cependant privé à nouveau de son capitaine Carles Puyol, suspendu en raison d’un carton jaune. Peut-être un élément décisif…

Inter-Barça : les deux meilleures équipes européennes s’affronteront en demi-finale

Publié dans Ligue des Champions par Roland Richard le 16 avril 2010


L’Inter de Milan n’a pas sacrifié son animation offensive pour sa rigueur défensive


Un palmarès national qui aspire à redevenir continental

Deux matchs ont déjà fait office de finale avant la finale. Je pense bien sûr à Chelsea-Inter Milan (en huitième de finale) et à Arsenal-Barcelone (en quart de finale). Le premier pour l’exceptionnel duel tactique qui a opposé les deux équipes, le second pour la qualité du football proposé. Ce troisième opus d’une ultime rencontre de rêve avant la lettre verra s’affronter le titan du jeu et champion d’Europe en titre, le FC Barcelone, et l’équipe la plus solide de la compétition tactiquement, l’Inter de Milan.

L’Inter de Milan, club adoré ou détesté de Massimo Moratti. Le président des Nerrazzuri qui donnait une interview intéressante à Alessandra Bianchi pour Canal + la semaine passée. Une rencontre où le patron de l’Inter racontait avec nostalgie et émotion l’épopée du dernier titre européen de sa formation, c’était en 1965 contre le Benfica Lisbonne.

Depuis, l’Inter s’est forgé un palmarès impressionnant en Italie (ndlr : trois Ligues Europa, huit titres de champion d’Italie dont quatre consécutifs les quatre dernières saisons et quatre Coupes d’Italie) mais n’est jamais parvenu à rééditer l’exploit de remporter la C1. Après deux années passées à la tête de la formation lombarde, José Mourinho semble avoir trouvé la formule cette saison pour gêner tous les gros qui se sont présentés à lui. Barcelone a déjà pu y goûter un peu, en phase de groupes (ndlr : un match nul 0-0 à San Siro et une victoire serrée du Barça 2-0 au Camp Nou) mais c’est surtout Chelsea qui l’a appris à ses dépens, en huitièmes de finale (ndlr : 2-1 à San Siro pour l’Inter puis 1-0 à Stamford Bridge à nouveau pour l’Inter, contre toute attente).


Un génie tactique avec des joueurs intelligents

L’Inter est une équipe toute en variations. Les joueurs sont intelligents et ont une grande expérience du haut niveau, deux qualités qui leur permettent d’appliquer avec souplesse et justesse les plans tactiques mis en place par leur coach portugais. En effet, José Mourinho est un habitué des gros coups. En 2004, il avait réussi à remporter la Ligue des Champions avec le FC Porto, à la surprise générale.

Car la grande force de José Mourinho réside avant tout dans son rapport avec ses joueurs. Sa légitimité, le Special One la tire de sa capacité à prendre les coups portés par la presse ou par les supporters à la place de ses joueurs. Il encaisse avec maestria, avec ironie, avec dérision, parfois avec colère. Ses protégés sont intouchables. C’est ainsi qu’il peut se permettre d’écarter une star si elle ne suit pas ses consignes, si elle ne respecte pas ce qu’il demande, à l’image d’Adriano l’an passé et de Balotelli cette saison. Car il ne mesure pas ses efforts, lui.

Cette légitimité lui sert aussi à être entendu. Les consignes tactiques que cet entraîneur atypique délivre sont uniques à chaque match. Le schéma varie entre une formule à un récupérateur et une à deux milieux défensifs. Mais si le schéma change, on observe une constante rigueur drastique en défense, à la récupération et au pressing. Après, les contres ou l’animation offensive sont un peu plus souples et laissent davantage de place à l’imagination et au talent de ses quatre attaquants : Samuel Eto’o, Wesley Sneijder, Goran Pandev et Diego Milito. Un quatuor camerouno-néerlando-macédono-argentin magistral, terrifiant et cosmopolite. Généreux, intelligent, altruiste, décisif, il y a un adjectif pour chacun. Ce carré infernal est complémentaire et sublime à voir évoluer.


Une attaque talentueuse qui s’appuie sur une assise défensive inébranlable

Cependant, il faut faire une place à part à Wesley Sneijder. Dans cette compétition continentale, seuls quelques joueurs auront ébloui de leur classe chaque rencontre, le numéro dix de l’Inter est de ceux-là. Au côté des gardiens Lloris et Akinfeev ainsi que des attaquants Drogba, Rooney, C. Ronaldo et… Messi, bien sûr. Si l’on mentionne Xavi au milieu de terrain et Terry en défense, on dispose des meilleurs joueurs d’Europe.

Sneijder a prouvé qu’il était l’un des rares numéros dix dans la plus pure tradition existant à haut niveau. Mais il est le seul de niveau mondial. Son orientation du jeu, ses passes verticales, ses frappes lointaines, ses coups-francs insaisissables… tout en lui est magique. C’est lui qui offrit à ses avant-centres quatre opportunités de marquer au milieu de la défense de Chelsea à Stamford Bridge… Seul Eto’o finit par y parvenir pour une qualification improbable contre une formation que l’on voyait déjà en finale. Une attaque magnifiquement bien dédoublée par l’arrière-latéral droit Maicon et par le vétéran replacé pour l’occasion à l’arrière à gauche, Zanetti (cf. photo plus haut).

Mais l’Inter, c’est avant tout un groupe de six-sept joueurs défensifs intraitable. Mourinho n’a jamais renoncé à son principe de base qui est la base du football moderne : ne pas prendre de but et récupérer le ballon plus ou moins vite en fonction de l’adversaire. Le cinq de derrière est parmi les plus solides d’Europe. Le portier Julio Cesar en premier lieu. Le Brésilien est l’auteur d’une saison particulièrement réussie au poste de gardien. S’il n’a pas le génie et le grain de folie d’un Lloris ou d’un Akinfeev, il a la solidité pour lui. Une solidité renforcée par un binôme de défenseurs centraux impériaux, Lucio à droite, Samuel à gauche. Si le premier nous avait paru parfois maladroit lorsqu’il jouait au Bayern Munich l’an passé, il a désormais mûri et beaucoup apporté à l’Inter ; le second a la malice pour lui ainsi qu’un sens très intéressant du placement, un peu à la manière d’un Cannavaro.

Devant ce trio, on retrouve l’âme de l’Inter. Qu’il s’agisse du capitaine, Javier Zanetti (décalé en arrière-latéral gauche contre le CSKA Moscou), d’Esteban Cambiasso ou bien de Dejan Stankovic, les Nerrazzuri possèdent dans leurs rangs trois joueurs complets. Trois joueurs inusables, collectifs et qui n’hésitent pas à se sacrifier physiquement pour le bien de l’équipe et le résultat final. Hommes de l’ombre et parfois de la lumière lorsqu’ils frappent de loin, ce sont ces trois joueurs qui dessinent le portrait d’une équipe qui a tout d’une championne et qui possède de loin la meilleure défense du championnat italien avec seulement trente buts encaissés en trente-trois matchs.

Mourinho a su faire exister ce groupe qui n’était, jusque là, parvenu à gagner des titres que sur le long terme, par sa constance globale mais pas au moyen d’une concentration de l’instant. Désormais, il y a l’envie et l’ambition d’aller plus loin. Il y a aussi la croyance, la confiance en soi, l’idée d’un destin qui tend les bras à l’Italie, moribonde depuis la victoire du Milan AC en 2007. L’Inter veut aussi laver l’affront d’avoir vu la maison rossonera, rivale historique, aller à trois reprises en finale de la C1 ces dix dernières années avec deux victoires à la clef (2003 (V), 2005 (D) et 2007 (V)) et elle aucune fois. Elle est le renouveau du foot italien et entend bien le prouver.

Avec l’un des tous meilleurs entraîneurs du monde à sa tête, elle a trouvé la discipline défensive qui permet l’épanouissement d’une attaque imaginative et talentueuse. Le Barça devra donc vaincre une formation complète, sûre de sa force et bien décidée à le faire chuter, lui, le champion d’Europe en titre.


Quand le Barça s’organise autour de Lionel Messi…


Source : Sport.co.uk

Il était une fois… l’un des meilleurs joueurs de l’histoire

A l’image d’autres formations dans une situation difficile en début de saison comme Manchester United, le Bayern Munich ou l’Olympique Lyonnais, le FC Barcelone a su compté sur sa régularité pour se maintenir au plus haut niveau. Après un début catastrophique en phase de groupes (ndlr : le Barça n’avait pris qu’un point sur six contre le Rubin Kazan à l’automne), le Barça a fait sa mue. Pep’ Guardiola a changé sa formation pour un 4-1-1-3-1 inédit et ô combien efficace. Quittant le 4-3-3 de l’an passé qui lui avait tout fait gagné, l’équipe catalane s’est recentrée autour d’un duo aligné verticalement Xavi-Messi. Le premier en position de six et demi, le second en neuf et demi. Deux joueurs entre les lignes, la marque de fabrique du Barça.

Et comme le veut la tradition footballistique, c’est bien à un poste hybride qu’un joueur devient une légende. Le quadruplé contre Arsenal lors du quart de finale retour (ndlr : Barcelone s’est imposé 4-1 au Camp Nou le 6 avril dernier après avoir obtenu le nul 2-2 à l’Emirates Stadium le 31 mars) l’a fait passé du statut de Ballon d’Or 2009 à celui de mythe vivant.

Ne croyez pas pour autant que Lionel Messi soit beaucoup plus altruiste dans le jeu que son rival madrilène Cristiano Ronaldo ! Mais son état d’esprit est différent. Contrairement au Portugais qui estime que son équipe n’est rien sans lui, le petit Argentin formé au Barça sait qu’il n’est rien sans son équipe. Chacun des deux frappera autant au but et effectuera autant de passes mais Messi joue en ayant en tête qu’il est obligé de marquer car il le doit à ses coéquipiers. De la même manière, il ne fait pas ses passes par-dessus la jambe où il ne dribble pas pour dribbler, il fait tout cela pour l’équipe.

C’est ce qui différencie pour le moment les deux joueurs. Peut-être même que Ronaldo est un joueur plus complet, mais Messi a ce « supplément d’âme » des génies, des artistes du ballon rond : il vit grâce au groupe et pour le groupe.


Pep’ Guardiola a reconstruit sa tactique autour de Lionel Messi

De cette manière, Pep’ Guardiola sait qu’il peut construire son équipe autour de lui. Et c’est ce qu’il a fait. Il a placé Xavi derrière lui. Xavi dont le statut de meilleur passeur décisif du monde ne tardera pas à être entériné pour l’histoire. Quand vous disposez du meilleur joueur et du meilleur passeur du monde, il est difficile de perdre. Mais n’oublions pas les autres. L’émergence de Busquets au poste de milieu défensif et celle de Pedro à l’aile ont respectivement mis sur le banc Yaya Touré et Thierry Henry, deux indéboulonnables de la saison précédente. Bojan a quant à lui profité des blessures répétées d’Ibrahimovic pour s’offrir une réputation de joker décisif. Remarquons aussi que la ligne de défense est particulièrement riche (de droite à gauche) : Daniel Alves qui se dispute avec Maicon et Lahm le titre de meilleur latéral droit du monde, la charnière Piqué-Puyol (charnière titulaire de l’équipe nationale espagnole championne d’Europe) et Abidal qui avait effectué un retour en grâce avant sa nouvelle blessure aux adducteurs contre Arsenal (ndlr : le Français se remettait à peine d’une blessure aux adducteurs).

Dans cette équipe qui a pratiquement remporté la Liga pour la seconde fois en s’imposant brillamment à Santiago Bernabeu samedi dernier (0-2), il faut aussi souligner la belle progression dans les buts de Victor Valdes. Bon gardien la saison dernière, il est aujourd’hui un grand portier. Tenter d’arrêter les frappes de Messi, Ibrahimovich, Henry et Bojan à l’entraînement doit bien évidemment aider…

Pour conclure, le FC Barcelone impressionne par l’homogénéité de l’équipe (et du banc) et par la construction collective autour du meilleur individu. Messi, lui-même obnubilé par le groupe qui l’entoure, et ce jusque dans son discours de remerciements pour le Ballon d’Or en décembre dernier. Ce collectif est d’ailleurs tellement au-dessus que lorsque la charnière Piqué et Puyol fut privée du match retour contre Arsenal parce que les deux joueurs étaient suspendus, la paire Marquez-G. Milito supporta aisément la comparaison.


Qui l’emportera ?

Dans cette confrontation, le choix des schémas tactiques sera décisif. Mais s’il y a bien un carré de joueurs capable de contrer Lionel Messi, c’est bien celui de l’Inter de Milan, constitué par Lucio, Samuel, Cambiasso et Stankovic. Or la clef sera là : être ou non capable d’étouffer le jeune meneur de jeu argentin. Si tant est que cela soit possible. Mourinho va sûrement passer de très mauvaises nuits devant les vidéos des matchs du Barça à tenter de trouver une solution au problème que représente la colonne Xavi-Messi-Ibrahimovich. Mais là encore, si quelqu’un peut imaginer un plan efficace, c’est bien lui.

Alors, bien sûr le Barça est favori à sa propre succession au niveau continental (ndlr : ce qui n’est plus arrivé depuis les deux victoires du Milan AC en 1989 et en 1990) mais si l’Inter a battu Chelsea, l’Inter peut vaincre l’ogre catalan et ses innombrables perles. Donc je mettrai personnellement une pièce sur l’Inter. Rendez-vous mardi !

Les clefs tactiques de l’autre demi-finale de C1, Bayern-Lyon.

Le Bayern et l’Olympique Lyonnais se défieront dans un duel d’équipes collectives

Publié dans Ligue des Champions par Roland Richard le 15 avril 2010


Le Bayern Munich fera certainement trembler l’Olympique Lyonnais…

Source : Uefa.com


Deux milieux axiaux puissants pour compenser une charnière et un gardien moyens

Pour leur première demi-finale de C1, les hommes de Claude Puel seront opposés au ténor du football allemand. S’il y a quelques mois, cette équipe avait été vaincue par deux fois par les Girondins de Bordeaux en phase de groupes (ndlr : 2-1 le 21 octobre dernier à Chaban-Delmas et 2-0 à Munich le 3 novembre) et avait montré un visage médiocre, la formation de Louis Van Gaal n’a désormais plus rien à craindre de personne.

Et ceci tient précisément à son technicien hollandais car l’ex-entraîneur de l’AZ Alkmaar a su trouver la recette avec des ingrédients qui ne se mélangeaient pas très bien jusque là. La faute en partie à une charnière centrale certes puissante mais lente et fébrile. En effet, l’ex-marseillais Daniel Van Buyten et l’Argentin Martin Demichelis ne se sont pas montrés impériaux depuis le début de saison. Aucun des deux n’est parvenu à faire oublier le Brésilien Lucio, parti à l’Inter de Milan à l’intersaison. Alliés au portier allemand Butt, ils ne représentent pas, à eux trois, la sécurité sociale.

Mais pour combler les lacunes d’un axe défensif moyen, Van Gaal a non seulement compté sur son indéfectible et odieux milieu récupérateur, Mark Van Bommel, mais il a également osé repositionné complètement la star allemande, Bastian Schweinsteiger. L’exceptionnel ailier droit allemand a apporté sa puissance, son intelligence de jeu et sa vista pour occuper un poste de milieu central dans lequel il a excellé contre Manchester United lors du quart de finale retour à Old Trafford.


A l’aile, la vie est belle !

Par ailleurs, la grande force du Bayern s’est progressivement développée avec le retour de blessure de Franck Ribéry. Le second bon choix de Louis Van Gaal fut de placer le Français, droitier, dans le couloir gauche comme la saison précédente et le gaucher néerlandais, Arjen Robben, à l’aile droite. Les deux attaquants présents devant, qu’il s’agisse d’Olic, Gomez, Müller ou Klose, ont ainsi pour objectif de contraindre la défense adverse à reculer, à servir de point de fixation pour un-deux éventuel et ainsi à libérer une quinzaine de mètres dans l’axe pour que les deux ailiers puissent repiquer et frapper de loin. Le choix de laisser Klose sur le banc peut surprendre mais se justifie car il est avant tout un buteur et pas quelqu’un servant prioritairement le collectif. Gomez et Olic ne sont pas des inconnus pour rien. Ils marquent peu mais sont altruistes. Gomez n’a inscrit que dix buts cette saison, autant qu’un certain Robben, justement.

Robben dont l’intégration en Bavière est tout à fait spectaculaire. Auteur d’une bonne saison l’an passé avec le Real Madrid, il avait plus d’une fois sauvé la maison blanche de la catastrophe. L’ex-joueur de Chelsea, jugé trop individualiste, ne rentrait plus dans les plans de Manuel Pellegrini. Avec les arrivées de C. Ronaldo, Kaka et Benzema, trois des quatre Néerlandais du Real furent contraints de partir, à Munich pour Robben, à Hambourg pour Van Nistelrooy et à Milan pour Sneijder. Seul Van Der Vaart a survécu à l’exode orange.

Mais aujourd’hui, Sneijder et Robben sont en demi-finales de la C1 tandis que Van Der Vaart se débat dans une équipe madrilène en déperdition.

La qualification contre Manchester United en quarts de finale de la Ligue des Champion le 7 avril dernier doit beaucoup à son entraîneur et au renforcement de son axe central pour libérer ses ailes, meurtrières. Plutôt que de mettre en concurrence des joueurs, il a su les replacer, pour l’équilibre de l’équipe, pour l’équipe tout court. Espérons que cela inspire Ribéry qui a pu vivre cela de très près et voir les bienfaits d’une telle abnégation.

Si Manchester s’est finalement fait éliminé, alors qu’il menait 3-0 à la 40ème minute le 7 avril dernier en quarts de finale, c’est grâce à cette tactique protéiforme. Brusquement, Olic, dont on attendait pas un placement en avant-centre, s’est retrouvé seul face à Carrick et Van Der Sar. La charnière Vidic-Ferdinand craignant les frappes de loin de Robben et Ribéry s’était trop avancée. Un centre de Schweinsteiger, une déviation de Müller et la réduction du score, juste avant la mi-temps, s’était produite, à la surprise générale. Le second but bavarois est en revanche arrivé sur un tir lointain de Robben. Le corner suivant permettait à Ribéry de déposer le ballon sur le pied gauche d’un Robben déjà étincelant contre la Fiorentina en huitièmes de finale.

Il faut bien comprendre, mais Claude Puel le sait, qu’il y aura un véritable duel tactique contre le Bayern Munich qui est habitué à opérer contre un axe solide (Manchester avait tout de même aligné Carrick et Fletcher devant Vidic et Ferdinand). Lyon devra donc s’occuper de défendre sur les ailes, ce qu’il n’a pas su faire contre Bordeaux.


Lyon est une équipe basée sur un axe fort : alors comment battre le Bayern ?

Source : 20minutes.fr


Défendre sur les ailes sera la priorité des priorités !

On dit souvent que la colonne vertébrale d’une équipe est déterminante. L’entraîneur de l’OL l’a bien sûr compris, intégré et appliqué tant qu’il a pu. Mais les blessures en charnière centrale depuis le début de saison se sont succédées : Bodmer, Boumsong, Toulalan, Lovren… Seul Cris a su éviter les éloignements prolongés du terrain. Mais l’axe gauche est fragile. Régulièrement. Et cela ne risque pas de s’arranger puisque Bodmer et Lovren se sont blessés le week-end dernier face à Lille en championnat et que Boumsong sera encore absent quinze jours à cause de son mollet gauche.

A l’image de l’équipe de France, Lyon connaît une pénurie de défenseur central gauche. Toulalan, fidèle au poste, devrait donc assumer ce rôle qui n’est pas le sien mais auquel il s’adapte fort bien ; Gonalons ou Makoun occupant ainsi le poste de milieu défensif. Mais Lyon va devoir résoudre le problème de ces ailiers munichois qui repiquent dans l’axe pour frapper mais qui savent aussi effectuer le travail d’ailier classique, c’est-à-dire déporter l’équipe sur le côté et centrer pour Gomez, Olic ou Müller, tous bons joueurs de la tête. Sans parler de Klose…

Or pour le moment, si Anthony Réveillère (latéral droit) s’est montré plutôt solide cette saison comme face à Cristiano Ronaldo qui effectuait des choix semblables à ceux de Ribéry, Aly Cissokho (latéral gauche) a plusieurs fois présenté des manques inquiétants dans son jeu défensif, notamment contre le Real Madrid où Boumsong a dû régulièrement compenser son mauvais replacement.

Pour renforcer la défense sur les ailes dans le 4-3-3 choisi régulièrement par Claude Puel, l’ex-entraîneur de Lille devrait à mon sens titulariser Delgado (ailier gauche) et Govou (ailier droit) plutôt que Bastos ou Ederson car les deux premiers cités sont des ailiers vifs, qui savent défendre et qui ne rechignent pas à se replacer. Dans l’axe, faire le choix d’un binôme Kallström (à gauche) et Pjanic (à droite) me semble le plus approprié car les deux peuvent produire du jeu court comme du jeu en profondeur, mais surtout, du jeu vertical, indispensable pour perturber le carré infernal Schweinsteiger-Van Bommel-Van Buyten-Demichelis. De ce point de vue-là, la puissance du Suédois Kallström ne peut qu’être un avantage.


Mais Lyon peut s’imposer tant son collectif est rôdé et son avant-centre impressionnant

En somme, Lyon bénéficie de trois atouts maîtres dans son jeu : l’intelligence individuelle et collective de ses joueurs dans le placement défensif (Toulalan, Cris, Réveillère, Gonalons, Makoun, Govou, Delgado) et le repositionnement permanent du « bloc-équipe » qui va vers l’avant et vers l’arrière en même temps ; une très belle vista et la technicité qui permet d’en profiter (Kallström, Delgado, Pjanic) ; et deux joueurs de classe internationale (son gardien Lloris et son attaquant Lisandro Lopez).

Si l’on fait le bilan, la colonne vertébrale des Gones est donc globalement solide : Lloris – Cris-Toulalan – Makoun ou Gonalons – Pjanic-Kallström – Lisandro Lopez. L’attaquant argentin a d’ailleurs tout à fait le profil pour gêner le Bayern et profiter du plus gros point faible des Bavarois : la lenteur de sa charnière. Les appels incessants, changeants, multiples et les permutations proposées en permanence devraient faire considérablement souffrir Van Buyten et Demichelis.

Mais l’OL devra se méfier cependant de la qualité des centres munichois car c’est cette qualité que possèdait également Bordeaux et qui a mis en défaut à deux reprises la défense lyonnaise lors du quart de finale. En effet, les deux buts encaissés par les coéquipiers de Toulalan sont intervenus sur des centres et sur la fébrilité d’un axe défensif sans automatismes, comme cela sera le cas contre le Bayern.


Lyon peut gagner…

Lyon peut gagner s’il est rigoureux défensivement et s’il s’applique à être patient offensivement, à l’image des grands d’Europe. Le talent individuel pur des Lyonnais n’est pas moins imposant que celui des Bavarois, même s’il n’est pas placé au même endroit. La différence sera donc collective et tactique. Jusqu’à présent, Lyon a fait preuve d’une immense abnégation en défense que ce soit contre le Real ou contre Bordeaux. Il faudra reconduire cet effort. Continuer d’offrir un bloc-équipe étonnant de mobilité, laissant peu de places entre les lignes, effectuant un pressing haut et ne fatiguant jamais. Enfin, il faudra être plus réaliste et être décisif devant le but, l’aspect où il y a encore une importante marge de progression pour les Lyonnais. Lisandro doit monter en puissance et concrétiser le travail qu’il fournit dans son placement.

Si Lyon fait cela, Lyon devrait se qualifier pour la première finale de C1 de son histoire car son équipe est plus homogène.

Les clefs tactiques de l’autre demi-finale de C1, Inter-Barça.

Manchester United – Porto : un match relevé

Publié dans Ligue des Champions par Roland Richard le 7 avril 2010

Manchester est fragile ces temps-ci

Manchester reste sur une série compliquée (deux défaites et une victoire) notamment à cause d’une défense centrale expérimentale. Ferdinand, blessé au dos, est d’ailleurs toujours indisponible pour le match de ce soir tandis que Vidic était suspsendu pour le match contre Aston Villa dimanche. Du coup, c’est Garry Neville qui était aligné hier au côté de Evans. En revanche, on a pu voir à nouveau un grand Cristiano Ronaldo (cf. photo ci-contre pendant la conférence de presse d’aujourd’hui), auteur de deux buts hier, tous les deux somptueux. Le Portugais a choisi le meilleur moment pour se hisser au niveau qui lui avait valu le ballon d’or en décembre dernier. Si les défaites contre Liverpool (qui plus est à Old Trafford) sur un score sec 1 – 4 et contre Fulham à Londres 2 – 0 avaient fait énormément de mal aux coéquipiers de Patrice Evra, on a pu observer chez eux une grande force mentale alors qu’un troisième match sans victoire leur tendait les bras.

Porto est quant à lui en pleine confiance

De son côté Porto est en confiance. Très à l’aise dans leur championnat mais aussi dans les coupes puisqu’ils n’ont plus perdu, toutes compétitions confondues, depuis la septième journée du championnat portugais et une défaite à Naval 1 – 0. Depuis, le FC Porto surnage complètement. Emmené par son maître d’œuvre, Lisandro Lopez ainsi que par de très bons joueurs tels que Raul Mereiles, Lucho Gonzalez ou Cristian Rodriguez, le FC Porto n’est pas en quarts de finale par hasard. Pour Manchester, il s’agira d’un match difficile à négocier. Une marche pénible à monter sur le chemin d’un doublé en Ligue des Champions. Si je devais pronostiquer, je dirais que Manchester est favori mais que Porto pourrait bien créer la surprise et ne pas être battu largement comme on le prétend dans les médias.

Arsenal noie le poisson

Publié dans Ligue des Champions par Steven Ayache le 1 avril 2010

La promenade des champions

Source :www.lequipe.fr/

En Ligue des Champions, jouer contre le Barça revient à défier Usain Bolt sur 100 mètres : dès le coup d’envoi, une curieuse impression de décalage se fait sentir.
Dès les premières minutes donc, c’est la formation catalane qui mène la danse balle au pied, faisant bouger les têtes de l’Emirates au rythme de leur Toché.
L’enchaînement des passes est fluide et rapide, le tout vers l’avant, ce qui surprend un bloc-équipe bien statique en face. En vérité, un seul homme se dresse contre l’armée blaugrana : Manuel Almunia, le portier d’Arsenal.
Dans le premier quart d’heure, les occasions pleuvent par Messi, Zlatan et Xavi, toutes sauvées par le gardien espagnol. Qui plus est, il a pu compter sur sa défense et notamment sur Clichy qui sauve sur la ligne un ballon de Busquets dès la 2ème minute ou encore sur Song et sa tête de fer.

Pose ton gun !

En défense chez les Gunners, Gallas est fébrile, Vermaelen pataud, et le milieu à cinq dirigé par un Fabregas moribond peine à construire vers un Bendtner qui défie, comme toujours, la vitesse du télégraphe.
Sortis de ce premier quart d’heure fatidique sans encaisser de but, les hommes d’Arsène Wenger s’en tirent déjà très bien. Malheureusement, et en dépit du mieux offensif enregistré dans la seconde partie de cette mi-temps, Arsenal perd deux de ses pièces maîtresses sur blessure : Arshavine et Gallas.

L’heure Z

C’est donc une défense inédite Song – Vermaelen qui se présente sur la pelouse pour entamer cette deuxième mi-temps, Arsène ayant préféré décaler Song plutôt que faire rentrer Sol Campbell. En une

Source :Topfoot.com

quinzaine de secondes, sur une belle action collective ponctuée par une ouverture lumineuse de Xavi, Zlatan prend de vitesse les deux boulets sans canon qui l’entourent et lobe un Almunia indécis sur sa sortie.
Après ce but, le Barça déroule et sur une action quasiment identique, Zlatan crucifie Almunia à l’heure de jeu.

Arsène prépare le poison

Arsenal montre là le visage d’un 4-5-1 sans âme, dénué de projection vers l’avant, qui aurait rappelé à Gallas de bons souvenirs s’il était resté sur la pelouse.

Source :www.lequipe.fr/

Mais sur le banc, Arsène se creuse la crinière grise et sort de son chapeau la fusée Walcott. En le faisant entrer à la place de Sagna, il prouve que lorsqu’on joue avec un dispositif défensif, il est bon en temps de crise de prendre des risques.
Trois minutes après son entrée, à la 69ème minute, il bénéficie d’une belle ouverture de Bendtner pour s’infiltrer dans la défense depuis son côté droit, mystifier le bloc de vitesse et trouer Victor Valdes.

« I’m not god »

Le match aurait très bien pu en rester là, et de manière toute à fait justifiée. Cependant, Mr Busacca, arbitre de la rencontre et héros du film « Kill the Referee » (en français : Tuez l’arbitre) en a décidé autrement.
Sur une action anodine et totalement involontaire de Puyol qui, mettant un pied devant l’autre, prend celui de Fabregas, il siffle penalty. N’ayant nul peur du scandale, il décide d’expulser le capitaine de Barcelone, le privant ainsi du match retour tout comme Piqué (un carton jaune de trop).

Source :www.lequipe.fr/

Fabregas transforme le penalty et permet à son équipe de terminer ce match en héros presque vaincu. Triste sacrifice pour le prodige espagnol qui, après ce penalty, se plaint d’une douleur fatale : il sera blessé jusqu’à la fin de la saison.

Le camp est à nous…

Pour ce match retour, Arsenal doit espérer bénéficier des défections du duo Piqué – Puyol mais devra se passer de Gallas et Fabregas. Encore faudra-t-il pour cette formation vaincre la pression du Camp Nou où les Barcelonais sont toujours impériaux et où ils joueront pour (peut-être) retrouver l’Inter d’Eto’o.

Lyon-Bordeaux, un sommet européen franco-français ?

Publié dans Ligue des Champions par Roland Richard le 30 mars 2010

Source : Lepost.fr

Un match spectaculaire ?

Les matchs spectaculaires sont rarement ceux dont il est intéressant d’effectuer l’analyse tactique. En effet, ces rencontres sont souvent le fruit de schémas dessinés bien à l’avance. Trois matchs-types se dégagent ainsi. Soit une domination totale de l’une des formations sur l’autre, les matchs du FC Barcelone contre le VfB Stuttgart en sont la plus pure illustration ; soit les deux équipes produisent un match exceptionnel le même jour, pendant les mêmes quatre-vingt-dix minutes et ce fut le cas par exemple du Chelsea-Liverpool l’an passé en quarts de finale de la C1 (ndlr : le 14 avril 2009, les deux clubs avaient fait match nul 4-4) ; soit ultime possibilité, et c’est celle qui nous intéresse aujourd’hui, les défaillances des deux équipes à des secteurs-clefs ouvrent le jeu de facto.

Ne nous y trompons pas, si Jean-Alain Boumsong avait été présent en défense centrale côté lyonnais en lieu et place de Mathieu Bodmer et si Bordeaux n’avait pas subi la suspension d’Alou Diarra (remplacé par Plasil) et la blessure persistante de Marc Planus (remplacé par Sané), nous aurions sans doute eu droit au match de Ligue 1 que toute la France du football redoutait.

Vous trouverez certainement, chers lecteurs, que je finis par être lassant d’insister en permanence sur l’importance décisive du trio (ou carré dans le cadre d’un 4-2-3-1) que constituent les deux défenseurs centraux et le (ou les) milieu(x) défensif(s) pour la stabilité d’une équipe. Mais j’y reviendrai souvent.

Dans le football moderne, la récupération demeure la base de tout succès. Si l’on considère cette donnée et que l’on vérifie ce qu’il en est pour ce quart de finale européen, on trouve certains éléments d’explication intéressants au match « libéré » auquel on a assisté mardi.

Des absences problématiques dans le trio défensif des deux côtés

Source :tv-g-chaines.fr

Dix bonnes premières minutes. En l’absence d’Alou Diarra, capitaine, milieu défensif et tour de garde, les Girondins n’ont pas serré leur récupération pendant plus de temps que cela. L’international français avait été remplacé par le frêle meneur de jeu tchèque, Miroslav Plasil, et ce dernier n’a pas pesé du match dans un secteur pour lequel il n’a aucune prédisposition. Le second milieu récupérateur dans le schéma en 4-2-3-1 bordelais n’a pas fait beaucoup mieux tant on a senti qu’en l’absence de son coéquipier habituel, il était sans repères et sans automatismes. Accumulant les fautes, il fut même l’auteur de celle qui permit à Lyon d’ouvrir le score en deux temps par Lisandro Lopez (10e, 1-0).

Par ailleurs, la paire de centraux girondins a clairement souffert psychologiquement. En premier lieu Ciani, qui ne s’est pour l’instant pas remis de sa première sélection en équipe de France contre l’Espagne (ndlr : défaite 2-0 le 3 mars dernier en amical) et qui, depuis, n’est pas parvenu à sortir une copie digne des espoirs placés en lui. Espoirs sans doute écrasants, d’autant plus lorsque celui-ci remplace le taulier Planus dans l’axe gauche de la défense et devient donc, en raison de son « expérience », le patron du secteur. Sané est également passé à côté de son sujet mais ceci est bien plus excusable en raison du peu de matchs qu’il a dans les pattes à ce niveau.

La récupération girondine était donc amputée de moitié, qui plus est de sa moitié expérimentée (Diarra-Planus).

Chez les Gones de Claude Puel, il manquait celui dont on n’en finit plus de souligner le retour en grâce en cette année 2010, Jean-Alain Boumsong. Le trentenaire a brillé par son absence et même si Bodmer a plutôt livré une bonne prestation alors qu’il a davantage enchaîné les blessures que les matchs cette saison, c’est Cris qui semble en avoir fait les frais. Par moments désorienté, le Brésilien s’est contenté du minimum syndical alors qu’il est incontestablement le meilleur défenseur du championnat de France à l’heure actuelle.

En revanche, le milieu récupérateur lyonnais, Jérémy Toulalan, a été appliqué et rigoureux (cf. photo ci-dessus). Comme à l’accoutumée, l’international français a été sans génie mais efficace et inusable. Indispensable à la machine lyonnaise tant son placement défensif est toujours exceptionnel, il a une nouvelle fois abattu le travail de l’ombre : gêner considérablement la transmission de balles entre Gourcuff et les quatre autres milieux de terrain ; apporter un soutien décisif plusieurs fois à sa charnière centrale ; et finalement prendre le dessus sur le meneur de jeu bordelais en fin de rencontre.

Au jeu de la récupération, Lyon avait donc un avantage certain.

Lyon a une équipe européenne

Source : Lequipe.fr

Mais il y avait également un autre facteur décisif à l’évacuation d’un 0-0 nauséabond, ou d’un 1-1 médiocre, désormais classiques en Ligue 1 : la classe d’un joueur, Lisandro Lopez (cf. première photo en haut). Comme l’ont avoué Claude Puel (entraîneur de Lyon) et Anthony Réveillère (latéral droit), leur « philosophie au départ, c’était d’abord de ne pas prendre de but, et la stratégie a volé en éclats » (source L’Equipe, mercredi 31 mars 2010, p. 2). Ouf !

Tout a en effet été balayé d’un revers de pied, celui de l’attaquant argentin des Gones. On dit souvent que l’on reconnaît un grand joueur lors des grands matchs. Ce fut indiscutablement le cas hier. Si « Licha » comme l’appellent ses coéquipiers avait tout vendangé lors du match à Madrid, il s’est bien rattrapé, en grand compétiteur qu’il est, à Lyon mardi soir.

Ses appels incessants, son énergie et son courage dans la frustration ont payé. Dès la dixième minute, il était bien placé et marquait un but qu’aucun autre attaquant de Ligue 1 n’aurait marqué. Un « réflexe » de buteur. On n’avait plus vu ça depuis deux ans et Karim Benzema. Bordeaux ne pouvait évidemment pas rester mené au score et a donc poussé et égalisé dans la foulée par Chamakh, dans un style différent, dan son style à lui. Aérien, intouchable, l’international marocain volait littéralement au-dessus de la défense lyonnaise pour inscrire un but magnifique après un travail de Gourcuff côté droit qui ne l’était pas moins (14e, 1-1).

A partir de ce moment-là, le match était lancé. Le match nul en ayant encaissé un but était le pire des scénarios pour Lyon. Il fallait donc mordre le champion de France, de tous côtés. Ce qui n’était pas bien dur tant la récupération fragile des Bordelais a contraint ceux-ci à jouer dans l’axe et bas. Passant par des côtés brillamment occupés par Michel Bastos (ailier gauche) et César Delgado (ailier droit), Lyon a pu compter sur ses deux perles sud-américaines pour donner le tournis respectivement à Mathieu Chalmé (latéral droit bordelais) et Benoît Trémoulinas (latéral gauche).

Les nombreuses permutations des attaquants lyonnais ont ainsi révélé les lacunes défensives des Girondins. A l’origine du second but, le déplacement de Pjanic sur l’aile gauche fut décisif. Centrant pour Bastos, basculé dans l’axe, le meneur de jeu bosniaque a ainsi délivré une passe décisive dans une position inattendue (32e, 2-1).

L’élan lyonnais a aussi démontré qu’il ne s’agissait pas seulement d’une victoire construite en quatre-vingt-dix minutes mais d’un succès établi grâce à une énorme expérience acquise sur des années (ndlr : Lyon s’est qualifié cette année pour la dixième année consécutive en Ligue des Champions). Le résultat a souligné en creux le manque d’expérience de Bordeaux à ce niveau et à ce stade de la saison. En effet, les bonnes équipes peuvent franchir un véritable pallier avec l’arrivée du printemps. On peut s’en rendre compte avec les exemples de l’Inter de Milan ou du Bayern Munich. Le club bavarois, moribond pendant l’hiver, est pourtant sorti vainqueur de l’opposition contre Manchester United mardi soir (2-1). De la même manière, Lyon semble avoir effectué sa mue continentale.

L’appétit européen a ressurgi. Entrevu face à Liverpool en groupes, éclatant lors de la double confrontation contre le Real Madrid en huitièmes de finale, Lyon est redevenu ce grand d’Europe en passe de vaincre cette fois-ci la malédiction qui l’a éternellement empêcher de confirmer au plus haut niveau. Ce Lyon-là peut aller très loin tant il dégage d’énergie collective, tant son bloc-équipe peut suivre la cadence en termes d’énergie et tant il est illuminé de potentiels individuels.

Car mardi soir, le gardien de l’équipe de France Hugo Lloris a encore prouvé qu’il avait sa place dans le cercle très fermé des meilleurs gardiens du monde. Repoussant deux tirs bordelais normalement imparables, une talonnade de Gouffran (25e) et surtout une reprise ahurissante de Chamakh (61e), le portier des Gones a aussi la réussite des tous meilleurs puisque, battu, il a vu la volée de mulet de Wendel échouer sur la transversale (70e).

Au-delà des deux individualités de classe mondiale que l’OL compte dans ses rangs, Lloris et Lisandro, on peut aussi constater que le club rhodanien dispose de tauliers réguliers et solides mentalement (Cris, Boumsong, Toulalan, Kallström, Govou) ainsi que de joueurs décisifs (Cissokho, Delgado, Pjanic, Lisandro). Enfin, même si le banc n’est pas tout à fait à la hauteur des titulaires, on notera tout de même que les joueurs qui y sont présents sont loin d’être des guignols : Gomis, Gonalons, Kallström, etc.

A l’inverse, du côté bordelais, les absences dont on a parlées plus haut, celles d’A. Diarra et de Planus, ont bien du mal à être compensées. Et c’est finalement la profondeur de banc de l’OL qui pourrait bien être déterminante dans cette opposition européenne.

Un mot sur l’arbitrage

Source : Lephoceen.fr

Comme souvent depuis quelques années, quelques rares décisions litigieuses de l’arbitre ont complètement noyé l’excellente prestation du quatuor arbitral. M. Brych (cf. photo ci-contre) a en effet dirigé le match avec beaucoup de sérénité. Deux actions posent cependant question.

La première, c’est bien évidemment celle du pénalty sifflé à l’encontre des hommes de Laurent Blanc. L’entraîneur des Girondins n’a pas souhaité commenter l’action, bien lui en a pris car la faute était bien réelle. Mathieu Chalmé n’a probablement pas commis de faute intentionnelle mais, dans sa précipitation à tacler pour détourner le tir d’Aly Cissokho, il n’a pas effectué un geste technique propre. Ses bras ne sont pas restés près du corps et il s’est rendu coupable d’une obstruction de la main caractérisée (77e). Il y avait donc bien main et le pénalty, transformé par Lisandro, était tout à fait justifié, 3-1.

La seconde est en revanche beaucoup plus difficile à juger. En effet, il y a un léger contact entre Lisandro Lopez et le même Chalmé (80e). Mais c’est effectivement le Bordelais qui se fait tomber seul. Maladresse ou simulation, la chute était tellement réaliste qu’elle a abusé l’arbitre. Malheureusement, cette unique erreur du match a entraîné une sanction problématique. Le carton jaune reçu par Lisandro l’empêchant de disputer le match retour. Cependant, il est difficile d’oublier que c’était le second jaune pour l’Argentin et que ce genre d’erreurs s’équilibre sur l’ensemble de la saison. Qui plus est, si Lyon passe, il disposera en demi-finales d’un Lisandro vierge.

Enfin, comment ne pas être satisfait d’un arbitrage à une seule erreur sur quatre-vingt-dix minutes de quart-de-finale de Ligue des Champions ?

Bordeaux, Barcelone et le CSKA Moscou ont rejoint l’Inter de Milan

Publié dans Ligue des Champions par Roland Richard le 18 mars 2010


« Maintenant, Bordeaux est dans les grands d’Europe »


(N. de Tavernost, président de M 6, actionnaire majoritaire du FC Girondins de Bordeaux)

Source : Sport24.com

« On n’a pas à être inquiets », c’est par ses mots que Laurent Blanc avait rassuré le parterre de journalistes présents à la conférence de presse mardi, la veille du huitième de finale retour contre les Grecs de l’Olympiakos. Vainqueurs 0-1 à l’aller en Grèce, les Girondins étaient relativement sereins tout en étant concentrés avant la rencontre mercredi soir.

Oui mais voilà, Bordeaux a failli tout perdre en dix minutes et c’est paradoxalement lorsque les coéquipiers de Yoann Gourcuff ont été en supériorité numérique, après l’expulsion de l’attaquant de l’Olympiakos, Derbyshire (60e), qu’ils ont éprouvé le plus de difficultés. Pourtant, l’arbitre n’avait pas sifflé le début du match depuis cinq minutes que le numéro dix bordelais, Gourcuff, envoyait une merveille de coup-franc flottant, brossé du pied droit, en pleine lucarne du portier grec, Nikopolodis, (5e, cf. photo ci-contre).

On dit souvent qu’être en supériorité numérique n’a rien d’évident pour une équipe davantage habituée au verrouillage et à la construction patiente qu’aux attaques fulgurantes. Bordeaux a vérifié cette assertion et donc subi. Il a même concédé l’égalisation à la suite d’une grosse bévue de Ciani, qui a décidément bien de la peine à retrouver son jeu depuis sa sélection ratée en bleu… Mitroglou, entré peu de temps avant, expédiait une demi-volée admirable dans les buts d’un Carrasso impuissant, 1-1 (65e).

A onze contre dix, les Girondins ont douté. La peur de gagner ? Les démons du football français, peu accoutumés à assister à des matchs pleins et sérieux de la part d’une de leurs ouailles ? Impossible de répondre. En tous les cas, Bordeaux a longuement hésité entre s’inscrire dans la tradition frustrante du club français prometteur qui s’incline en ayant fait le plus dur ; ou bien rentrer dans l’histoire et dans le top 8 des meilleurs clubs européens.

Comble du malheur, la tour de garde, Alou Diarra, se faisait expulser à la 68ème minute pour deux fautes à deux minutes d’intervalle, chacune sanctionnée d’une biscotte dorée (66e et 68e). Dès lors, Bordeaux a tremblé. Mais on est tenté de dire que l’expulsion leur a presque été profitable puisqu’elle a servi d’électrochoc. Seul Raul Bravo a pu encore inquiéter les Girondins d’une reprise parfaite, déviée par le héros défensif de la soirée, Sané (77e).

Finalement, Chamakh venait délivrer le football français de ses fantômes, confirmant son statut de joueur exceptionnel dans le duel aérien en inscrivant le second but de sa formation (88e). Finalement, l’international marocain ne doit pas être mécontent d’être resté une année de plus à Bordeaux. Car pour l’instant, il y fait aussi bien que s’il s’était rendu à Arsenal (ndlr : les deux clubs sont en quarts de finale de la Ligue des Champions).

Alors la question des quarts de finale est précisément posée. Qui éviter pour continuer la belle épopée ? Pour l’entraîneur, Laurent Blanc comme pour le génie retrouvé, Yoann Gourcuff, il ne faut surtout pas croiser la route du champion d’Europe en titre, le FC Barcelone, « épouvantail de la compétition ». Mais les règles étant ce qu’elles sont, Bordeaux pourrait tout autant se voir opposer à l’Olympique Lyonnais (ndlr : à partir des quarts de finale, il n’y a plus de distinction par nation, deux clubs français peuvent donc s’affronter), un tirage dont ne veulent pas non plus nos protagonistes girondins.

Mais quel que soit l’adversaire au tour suivant, le champion de France risque de regretter amèrement l’absence de son milieu défensif et capitaine, Alou Diarra, lors du match aller suspendu après son carton rouge reçu mercredi.


Barcelone a sauvé l’honneur de l’Espagne

Source : Sports.fr

Alors que la Roja, nom donné à l’équipe nationale d’Espagne, surnage en Europe et est favorite pour la prochaine Coupe du Monde, le football espagnol de clubs a quant à lui les pires difficultés à tenir son rang. Certes la faute en revient en partie à l’exceptionnelle performance de l’Olympique Lyonnais qui a éliminé le Real Madrid la semaine passée. Mais plus que cela, on constate un net recul ces dernières années du football ibérique et la finale hispano-hispanique de la C1 en 2000 (FC Valence – Real Madrid) ne semble plus qu’un lointain souvenir.

Car même si Valence a remporté l’Europa Ligue (ndlr : anciennement Coupe de l’UEFA) en 2004 et, à sa suite, le FC Séville par deux fois en 2006 puis 2007, et même si Villarreal a atteint les demi-finales de la Ligue des Champions en 2006, seul le FC Barcelone parvient régulièrement au plus haut niveau européen. Vainqueur de la Ligue des Champions en 2006, demi-finaliste en 2008, vainqueur en 2009, le Barça a su se montrer patient pendant les années glorieuses du Real (ndlr : le Real avait remporté la C1 en 2000 et en 2002) et effectuer cette transition syncrétique entre la tradition du beau jeu, fluide, offensif propre à l’Espagne et le physique, la rigueur défensive et la constance dans les résultats, caractéristiques indispensables dans le football moderne.

Barcelone a donc confirmé. Pourtant, les prémices d’un effondrement, notamment physique, après une saison 2008-2009 particulièrement éprouvante car exceptionnelle (ndlr : Barcelone a réalisé le triplé Ligue des Champions, championnat et Coupe du Roi), avaient été constatés. Des matchs très compliqués contre le Rubin Kazan en poule avaient fait redouter l’élimination du champion dès la phase de groupes (ndlr : Barcelone s’était incliné au Camp Nou 1-2 puis n’avait fait que match nul, 0-0 en Russie).

Mais depuis la victoire 4-0 hier dans le huitième de finale retour contre le VfB Stuttgart, Barcelone a renoué avec toutes ses points forts : solidité défensive hors-normes du championnat (16 buts encaissés en 26 matchs) déployée en Ligue des Champions ; récupération haute en dépit de l’absence de Xavi ; attaque dévastatrice animée par Lionel Messi (cf. photo ci-dessus).

Le Barça d’hier était sans défaut. La paire de centraux Puyol-Piqué a impressionné par sa complémentarité et sa complicité tandis que le 4-3-3 transformé ici en 4-2-3-1 se montrait étonnant de facilité à la récupération. Enfin que dire de la prestation de Messi, placé en 9,5, à mi-chemin entre le meneur de jeu et l’avant-centre ? Double buteur et passeur quasi-décisif, Messi a livré une prestation de Ballon d’Or et reste seul en lice au côté de Rooney (Manchester United) comme candidat à sa propre succession.

Sans paraître chauvin, on peut également constater que Thierry Henry retrouve peu à peu des jambes, du temps de jeu et donc de la confiance. positionné plein axe en lieu et place d’Ibrahimovic, de retour de blessure, il a certes commis quelques erreurs mercredi mais il a prouvé qu’il était encore capable d’un important volume de jeu. Comme l’a dit après la rencontre Raymond Domenech, qui était en tribune : « Il a fait trois quarts d’heure, avec beaucoup d’appels, beaucoup de courses. Il a retrouvé des jambes. Il donne de la profondeur à cette équipe, c’est bien. » On ne pouvait pas mieux dire.

Avec l’élimination de Chelsea et après une performance digne du Barça de l’an passé, le club catalan fait à nouveau peur à tout le monde, particulièrement au Real Madrid qui craint comme la peste que son rival de toujours ne remporte la Ligue des Champions chez lui, à Madrid, où aura lieu la finale cette année.


Le CSKA Moscou, une surprise de plus

Source : Ladepeche.fr

Lors de ces huitièmes de finale, les surprises furent plus nombreuses que les qualifications sans contestation : les éliminations du Real Madrid par Lyon et de Chelsea par l’Inter de Milan ont emboîté le pas aux qualifications mal débutées pour Arsenal face à Porto et pour le Bayern face à la Fiorentina. Finalement, seuls Manchester United, le FC Barcelone et Bordeaux n’ont pas laissé planer le doute bien longtemps sur leur présence en quarts de finale.

L’ultime surprise est donc venue du côté du FC Séville, pourtant bien parti après un bon match nul obtenu à Moscou (1-1). De son côté, le CSKA Moscou, vainqueur de l’Europa Ligue en 2005, n’est pas novice en Europe mais il l’est à ce stade de la compétition en Ligue des Champions. Par ailleurs, nous l’avons mentionné plus haut, le FC Séville a lui-même récolté deux titres européens en C3 (2006 et 2007). Ce dernier huitième de finale faisait donc presque office de match de promotion vers la division continentale supérieure.

Le CSKA Moscou ne partait pas favori dans ce match, d’une part à cause de l’effectif de qualité du FC Séville (Jesus Navas, Zokora, Diego Capel, Luis Fabiano, Frédéric Kanouté pour ne citer qu’eux), d’autre part à cause du jeu proposé par les Andalous depuis le début de la compétition. Un jeu très offensif, porté vers l’avant et parfois fulgurant.

De plus, le CSKA Moscou est le plus petit budget des huitièmes de finale avec 37 millions d’Euros. Une équipe dont on ne connaît pas l’entraîneur et qui ne comporte qu’un seul nom prestigieux, Akinfeev, capitaine et gardien. C’est d’ailleurs l’international russe qui s’est distingué d’entrée en stoppant un tir à bout portant de Luis Fabiano (3e). S’étant chargé du premier attaquant sévillan, il a également arrêté la tentative du second, Kanouté (78e). Entre les deux, trop peu de montées de Navas sur l’aile droite et trop peu de mouvements de la part des Espagnols en général pour gêner une équipe moscovite très en jambes et très disciplinée à la récupération comme en défense.

Finalement, c’est le meneur de jeu japonais du CSKA, K. Honda (cf. photo ci-dessus), qui fut par deux fois déterminant. La première fois passeur décisif pour son avant-centre, Necid (39e), la seconde fois buteur sur un coup-franc des trente mètres (55e). Perotti avait beau avoir égalisé (41e), le FC Séville a sans doute été trop confiant et trop sûr de lui.

Assurément, chacun des sept autres qualifiés (Barcelone, Manchester, Arsenal, Lyon, Bordeaux, le Bayern, l’Inter) voudra tomber contre le CSKA. Car malgré tout, le potentiel de cette équipe n’est probablement pas infini. Et plus que cela, l’effet de surprise ne marchera pas une seconde fois. Cependant, on a moins eu le sentiment d’un simple « coup » de la part des Russes que d’une réelle maîtrise collective contre ce qui est habituellement un bon club espagnol. Il faudra donc s’en méfier.

L’analyse tactique approfondie de Chelsea – Inter de Milan.

Le grand format de Lyon – Real Madrid.

Les qualifications d’Arsenal, Manchester et du Bayern Munich.

José Mourinho est vraiment « The Special One »

Publié dans Ligue des Champions par Roland Richard le 18 mars 2010


Source : Goal.com

Plantons le décor d’un moment de bravoure

Cet exploit s’est d’abord et avant tout construit tactiquement. José Mourinho, entraîneur de Chelsea entre mai 2004 et septembre 2007. Depuis, il est le coach de l’Inter Milan. Vainqueur de la Ligue des Champions en 2004 avec le FC Porto, il n’est jamais parvenu à la remporter à nouveau, ni avec Chelsea, ni avec l’Inter. Chaque année, on attend donc le retour du Special One, surnom que lui ont donné les médias anglais pour ses conférences de presse hautes en couleur. Détenteur de deux scudetti, le titre de champion italien, il s’attaque désormais avec plus de résolution au titre européen. Pour cela, il a effectué des recrutements extrêmement prometteurs à chaque ligne : à l’intersaison, on a constaté les arrivées du défenseur central Lucio (Bayern Munich) du meneur de jeu, Wesley Sneijder (Real Madrid), de Diego Milito, avant-centre, et de Thiago Motta, milieu récupérateur (tous les deux du Genoa FC) et, au Mercato hivernal, de Goran Pandev, attaquant polyvalent (Lazio de Rome).

Concernant Chelsea, il s’agit tout simplement de l’équipe disposant du plus fort potentiel européen cette saison. Potentiel consacré par un passé récent à la fois riche et enrichissant en expérience pour une équipe dont la composition est restée la même d’une année sur l’autre : finalistes de l’édition 2008 de cette coupe d’Europe, demi-finalistes l’an passé avec deux matchs très serrés contre le grand FC Barcelone et donc, cette année, favoris pour le titre européen, les joueurs de Carlo Ancelotti abordaient cette rencontre avec sérénité. Forts du but inscrit à l’extérieur, souvent décisif, et dotés d’une défense de fer, Chelsea ne pouvait pas imaginer être éliminé mardi. Et pourtant…

Contre une équipe aussi géniale que ne l’est ce Chelsea, il fallait indéniablement un supplément d’intelligence que les joueurs ne peuvent que rarement apporter seuls. Le grand coach est donc là pour ces grands rendez-vous, pour identifier les failles du grand adversaire qu’affronte son équipe. Et grand coach il y eut.


Un Chelsea prenable

Ces brèches, il y en avait tout de même quelques unes chez Chelsea avant cette rencontre. Et notamment dans le losange de feu que constituent le gardien, les deux défenseurs centraux et le milieu récupérateur. En effet, trois des quatre titulaires habituels de ce losange étaient absents. Le gardien titulaire et l’un des meilleurs au monde, Petr Cech, est toujours blessé au mollet. Son remplaçant Hilario l’est à l’aine. C’était donc le troisième portier de Chelsea, Ross Turnbull, qui était aligné. Par ailleurs, Alex était titulaire en l’absence du central droit Ricardo Carvalho, blessé quant à lui, au dos. Et Obi Mikel tentait de faire oublier l’absence du meilleur milieu défensif du monde, Michael Essien, indisponible depuis janvier pour un problème récurrent au genou droit. Seul John Terry, central gauche et capitaine, assumait son rôle. Cependant, il ne faut pas oublier de mentionner que Terry a subi l’affaire « Bridge », la haine médiatique qu’elle lui a valu, la perte du brassard de capitaine en équipe nationale anglaise sans parler du manque de turn-over à Chelsea qui lui a fait disputer les trente-sept matchs de sa formation, soit l’intégralité de la saison des Blues en Premier League et en Ligue des Champions (vingt-neuf + huit)…

Je ne m’attarderai pas sur les problèmes que peuvent poser de telles absences et la fragilisation que cela peut représenter, notamment dans la projection vers l’avant puisque je l’avais déjà détaillé pour l’équipe de France lors de son match contre l’Espagne. Mais dans un schéma en 4-1-4-1, il est évident que cela a pesé. Cela se voit d’autant plus aux performances des trois milieux, Obi Mikel, Lampard, Ballack, tous moyens mardi soir et, plus généralement, dans l’absence de mouvements des joueurs sans ballon autour du porteur de balle.

On notera aussi l’absence préjudiciable de celui qui se bat pour le titre de meilleur arrière-latéral gauche du monde au côté du Français Patrice Evra, Ashley Cole (fracture du genou). Préjudiciable parce qu’elle est en grande partie responsable de la contre-performance de l’ailier droit, Nicolas Anelka. En effet, habitué en championnat à voir la défense adverse basculer sur l’aile gauche pour contrer le duo Malouda-Cole, Anelka s’est retrouvé pressé plus que d’habitude, qui plus est par le redoutable briscard qu’est Javier Zanetti, 36 ans certes mais doté d’un sens du positionnement hors-normes.


Comment l’Inter a-t-il gagné ?

A trop parler des manques de Chelsea, on en finirait par en oublier la qualité exceptionnelle de la prestation intériste. José Mourinho nous avait habitués, particulièrement depuis qu’il est à Milan, à une défense très basse avec deux rideaux excessivement bas, misant davantage sur la puissance athlétique dans les duels (aériens ou au sol) que sur un pressing incessant au milieu de terrain. Lorsqu’on parle de la défense de Mourinho, on dit souvent qu’elle a pour but d’« aspirer » la formation adverse, de la pousser ainsi à s’engager pleinement et à avancer son deuxième rideau (celui composé des défenseurs de métier) à au moins trente mètres de leurs buts. Une fois ceci fait, la différence physique fait le reste à la récupération et le contre, animé par des attaquants fulgurants (Eto’o, D. Milito, M. Balotelli), doit arriver au bout.

Mais au duel physique, Chelsea n’est pas en reste. Et laisser les Blues pénétrer dans la moitié de terrain intériste représentait un réel danger, entrevu au match aller. De plus, Mourinho connaît la conservation de balle d’Anelka, celle de Drogba et leur capacité à tenir le choc d’une charnière centrale puissante. Sans parler du risque que constituent les frappes de loin de Lampard et Ballack. Il fallait donc tenter, le plus possible, de récupérer le ballon au-delà des trente mètres des buts de Julio César et appliquer un schéma de récupération plus proche de celui du FC Barcelone que de celui du système italien.

Mais cette tentative n’avait rien d’évident car effectuer un pressing haut sur une équipe aussi technique que Chelsea (oui Chelsea est puissant et technique !), c’était prendre le risque de laisser des espaces car le second rideau ne disposait pas des repères géographiques que sont les lignes de la surface de réparation. L’Inter de Milan s’est donc résolu à jouer très fort « sur l’homme ». Un nombre considérable de fautes est d’ailleurs venu émaillé la beauté du jeu et haché la rencontre. Statistique vérifiée par les cartons distribués, quatre jaunes de chaque côté et un rouge pour Drogba, en toute fin de match.

L’objectif avoué était donc de faire peur à Chelsea, de le forcer à craindre l’axe du terrain, pourtant habituellement si favorable aux Blues. Le carré Cambiasso-Thiago Motta-Lucio-Samuel a été redoutable dans le placement mais aussi dans le duel physique. Deux d’entre eux ont pris un jaune et Samuel a, en permanence, réclamé auprès de l’arbitre des fautes imaginaires, y compris quand lui-même les commettait. De cette manière, l’Argentin est parvenu à inverser le jugement de l’homme en noir plusieurs fois (cf. photo ci-dessus) comme sur ce qui aurait dû être un pénalty en faveur de Drogba (44e).


Source : Goal.com

L’Inter a su se montrer patient et frustrer Chelsea

Conséquence directe d’un jeu haut, Chelsea n’a pu se procurer que peu d’occasions. Mais si jusqu’à l’heure de jeu, le système de Mourinho était validé par une possession de balles importante (constamment en faveur de l’Inter), il ne l’était pas en termes d’occasions franches (une seule par l’intermédiaire d’Eto’o en fin de première période). Car si Alex n’est pas Carvalho en termes de placement, il reste un stoppeur de grande qualité et très dur à passer pour D. Milito comme pour Eto’o, attaquants plutôt véloces que puissants. De la même manière, si Obi Mikel n’est pas aussi intelligent offensivement qu’Essien, les deux joueurs se valent à l’impact et à la récupération. Si l’on résume, Chelsea avait du mal à se projeter en attaque mais résistait bien défensivement.

Mais la stratégie de l’Inter a fini par user Chelsea. Certes les Blues se sont procuré deux occasions franches en deuxième mi-temps, dont une par Anelka, mais ils se sont globalement frustrés devant la discipline quasi-martiale de l’Inter en défense. La victoire milanaise s’est donc dessinée sur le long terme, avec la patience caractéristique des grandes équipes. Et Wesley Sneijder fit le reste. Le transfuge soldé du Real Madrid réalisa quatre passes divines consécutivement aux 51e, 60e, 65e et 79e. La dernière, à l’attention de Samuel Eto’o, fut décisive. L’international camerounais se faufilait dans un boulevard béant laissé par Alex dans l’axe droit et ne pouvait être rattrapé par un Ivanovic pourtant prompt mais en retard (cf. photo ci-dessus).

La victoire de l’Inter est donc totale et « parfaite » comme l’expliquait Mourinho à la fin de la rencontre. Jouant à l’inverse de ce que l’on attend d’une équipe victorieuse à l’aller, le technicien portugais a aligné un quatuor très offensif, permettant une récupération rapide au milieu de terrain, dès la ligne médiane. Un quatuor étonnant de fraîcheur physique. A l’inverse des joueurs d’Ancelotti qu’on a senti parfois émoussés par l’enchaînement des rencontres, notamment les cadres comme Terry (37 matchs), Lampard (34), Drogba (29) ou Anelka (32) qui ne livrèrent pas un grand match, pour aucun d’entre eux.

Chelsea, que je pensais grandissime favori pour le titre européen cette saison, est éliminé dès les huitièmes de finale et rejoint donc le Real Madrid dans la pièce obscure réservée aux équipes riches mais défaites prématurément…

Arsenal, Munich et Manchester en quarts de finale !

Publié dans Ligue des Champions par Roland Richard le 11 mars 2010

Résumé de la victoire de Lyon face au Real Madrid.


Arsenal, enfin réaliste et solide

En attendant la semaine prochaine où auront lieu les quatre derniers huitièmes de finale retours (dont ceux de Chelsea et du FC Barcelone), cette semaine a donné l’occasion au beau jeu d’Arsenal de fleurir à nouveau sur la scène européenne, mais cette fois-ci, sans revers de la médaille.

En effet, la meilleure attaque de Premier League (69 buts inscrits en 29 journées) n’a pas dérogé à son étonnante percussion offensive. Mais en l’espèce, les Gunners de l’entraîneur français Arsène Wenger ont inscrit cinq buts à un adversaire bien plus consistant que les formations étrillées cette année par Arsenal dans le championnat anglais.

Porto avait non seulement remporté le match aller au redoutable Stade du Dragon (2-1), mais il avait réussi à produire un jeu léché, très offensif et rigoureux à la récupération. Certes, la victoire au Portugal était due en grande partie aux erreurs de la défense d’Arsenal. Cependant, on ne peut qu’être surpris du cinglant retournement de situation qu’ont subi les champions d’Europe 2004.

Surpris ? Pas tant que ça. A plusieurs reprises déjà, nous avons pu souligner sur ces pages qu’Arsenal avait tout de la jeune équipe déjà mature, un peu à la manière de celle qui avait atteint la finale de la Ligue des Champions en 2006.

Mais jusqu’à ce match, il lui manquait cette saison trois choses : réalisme offensif, puissance athlétique dans l’axe et solidité défensive. Pour le reste, le jeu de passes rapides, au sol, avait fait plier plus d’une défense. Mais là, si Arsenal s’est imposé aussi largement, c’est en grande partie dû au fait que les deux premiers défauts ont été corrigés.

On peut clairement parler de réalisme offensif puisqu’après seulement vingt-cinq minutes de jeu, les coéquipiers de Samir Nasri menaient déjà 2-0. Et le Français, maître du jeu en l’absence de Cesc Fabregas, n’y était pas étranger. En effet, sa passe verticale était à l’origine du premier but de Niklas Bendtner (10e) et que dire du troisième but, véritable chef-d’œuvre technique de la part de l’ex-Marseillais, au milieu d’une défense portugaise incrédule (cf. photo ci-dessus, à droite, félicité par Bendtner)… Trois joueurs corrigés et un gardien crucifié dans un angle impossible, Arsenal pouvait remercier son « Frenchie » d’avoir plier le match, 3-0 (63e).

Par ailleurs, il faut souligner le retour en grâce du Danois, Niklas Bendtner, auteur d’un triplé mardi et extrêmement utile tant dans son placement que par l’intelligence et la technicité de son jeu. Oui, c’est nouveau, mais les grands attaquants savent désormais dribbler ! Par ailleurs, chaque ligne des Gunners avait retrouvé de la puissance athlétique avec Bendtner en avant-centre, Abou Diaby, souvent blessé cette saison, dans un rôle de relayeur-récupérateur et le revenant Sol Campbell en défense centrale. Il faut bien sûr mentionner que l’ex-international anglais a quelques kilos en trop qui lui posent de véritables problèmes dans le positionnement et dans le replacement défensif mais il a une expérience du haut niveau conséquente, un coup d’épaule dévastateur et encore une belle impulsion pour les duels aériens.

C’est donc une équipe qui a gagné en poids sans perdre trop en mobilité qui s’est imposée face au FC Porto. Mais sans chercher à assombrir ce tableau idyllique, il faut malgré tout rappeler qu’Arsenal connaît encore des errances défensives indignes de son niveau. Certes les Gunners n’ont pas pris de but face à Porto mais on a encore vu beaucoup d’hésitations du côté de la charnière centrale. De manière générale, la complicité entre Gallas (blessé mardi) et Vermaelen tarde à se mettre en route. Et cela ne va pas s’arranger puisque Gallas a vu sa blessure musculaire au mollet rechuté. Il sera probablement indisponible jusqu’au début du mois d’avril. Ce qui est à la fois mauvais pour Arsenal et pour l’équipe de France.

Mais ne boudons pas notre plaisir de voir Nasri illuminer le football européen de sa classe, à l’image de son club qui doit « simplement » gagner en rigueur pour espérer une deuxième finale… On ne peut que l’espérer car comme le disait Arsène après la rencontre, « c’était beau à regarder » et dans le football moderne, ce n’est plus si fréquent.

Résultat : Arsenal – FC Porto, 5-0 (2-1 pour Porto au match aller).


Le Bayern s’est imposé en vieux brisquard à Florence

Source : Uefa.com

Munich, le survivant du groupe de Bordeaux (poule A) où l’on croyait la Juventus intouchable avant le début de la compétition. Munich, l’équipe friable, lente et sans génie. Munich au passé glorieux mais au présent médiocre. Oui.

Alors évidemment, cette torpeur qui habite le prestigieux club allemand est parfois ébranlée par les accélérations du Néerlandais Robben ou du Français Ribéry. Mais au vu des absences répétées de ce dernier depuis le début de saison, il est difficile de se faire une opinion sur le Bayern. Car il y a bien un Bayern avec Franck Ribéry et un sans. Deux visages. Mardi, c’est le meilleur du Bayern que nous avons vu. Un Bayern solide, opiniâtre et parfois fulgurant en contres…

Mais le meilleur ne peut pas tout régler ou tout effacer. La charnière centrale, décidément problématique chez bien des équipes de haut niveau, a montré une fois encore ses limites. Van Buyten est un stoppeur dans la tradition des Stam, Desailly ou Ferdinand. Mais si la lenteur est bien la caractéristique de tous ces puissants défenseurs, Van Buyten connaît, de plus, l’irrégularité dans les grands rendez-vous et n’a pas le talent nécessaire pour soutenir la comparaison.

Nettement moins doué, il est coupable sur les trois buts qu’a encaissé le Bayern au match retour contre la Fiorentina. Mais ces trois réalisations, signées Vargas et Jovetic par deux fois, n’ont pas suffi. La Viola, son envie et son panache, seront absents du rendez-vous des quarts-de-finale. A l’image du match contre l’AS Roma en Seria A il y a un mois (ndlr : le 7 février, la Fiorentina s’était inclinée 0-1 lors de la 23ème journée), Florence a montré beaucoup d’envie mais a pêché par manque de solidité.

Certes la victoire du Bayern à Munich à l’aller était entachée d’un hors-jeu de Klose sur le second but inscrit par les Bavarois (89e), assurément les Allemands se sont montrés sans génie sur les deux rencontres mais évidemment, à l’image de la sélection nationale allemande, ils seront en quarts de finale. Les Allemands ont fait preuve d’une belle cohérence collective et s’en sont, le moment venu, remis à la patte de leurs joueurs d’expérience, Van Bommel tout d’abord (60e) et Robben ensuite (65e, cf. photo ci-dessus au centre). Deux frappes lointaines qui témoignent des difficultés que les Munichois ont eu à inquiéter les Florentins.

L’expérience a payé mais on ne pouvait qu’attendre davantage d’une formation dirigée par un entraîneur aussi renommé que Van Gaal… On aura au moins le plaisir de voir Franck Ribéry briller à l’échelon supérieur.

Résultat : Fiorentina – Bayern Munich, 3-2 (2-1 pour le Bayern Munich à l’aller).


Manchester doit beaucoup à Wayne Rooney

Source : Sport24.com

Quand on voit ce que produisait le Milan AC au milieu de l’hiver, on ne peut qu’être déçu de la pitoyable prestation des Rossoneri mercredi face à l’ogre mancunien. J’avais très clairement sous-estimé Manchester United cette année. Leur début de saison poussif m’avait enjoint à croire qu’ils ne passeraient que difficilement le cap des huitièmes et certainement pas celui des quarts de finale. Je me suis visiblement trompé.

La faute à l’explosion de mon joueur préféré, Wayne Rooney. Désormais, le Red Devil de 24 ans peut légitimement espérer le Ballon d’Or en décembre prochain tant son talent frise aujourd’hui l’insolence. Mais comme Ronaldo, comme Messi, l’illustre trophée individuel ne peut pas être gagné sans titre… international. Rooney a de la chance, il aura deux opportunités de couronner son style prolifique (déjà vingt-sept buts en trente-deux matchs si l’on additionne ceux inscrits en championnat et ceux marqués en C1) : la Ligue des Champions et la Coupe du Monde où l’Angleterre sera un challenger de poids.

Mais ne brûlons pas les étapes ! Peut-on aujourd’hui croire en Manchester alors qu’on les croyait moribonds depuis le départ de Cristiano Ronaldo à l’intersaison ? Oui ! Bien sûr, leur numéro 10 et double-buteur du soir (cf. photo ci-dessus) y est pour beaucoup. Mais il n’est pas le seul motif de satisfaction. Manchester a densifié son jeu au milieu de terrain depuis quelques temps. Fletcher a tout simplement asphyxié l’axe du jeu à lui tout seul. Bien épaulé par un Park Ji Sung des grands soirs, Fergusson, l’entraîneur de Man U, avait de quoi exulté.

Alors que tout allait de travers, tout fonctionne désormais à merveille chez les Red Devils, comme si Sir Alex était parvenu à re-huiler sa machine grippée. Car réussir à remettre en confiance le duo Vidic-Ferdinand, notamment le second, en proie aux pires doutes depuis plusieurs mois à cause de blessures répétées, cela relève du prodige. Les ailes sont bien assumées par Nani et Valencia, et bien dédoublées par Evra et même G. Neville, de nouveau titulaire mercredi, à 35 ans.

Plus que des individualités, Manchester semble avoir retrouver un solide collectif. Et ses armes : pressing offensif incessant, contres expéditifs et réalisme devant le but. Bref, Manchester est de retour. Et à ceux, comme moi, qui les voyaient déjà enterrés d’avance par Chelsea, Barcelone, ou même l’Inter, méfiez-vous !

On regrettera une chose, l’absence de Ronaldinho plus loin dans la compétition. Le Brésilien du Milan AC a peut-être dit adieu à la Coupe du Monde, pour toujours…

Résultat : Manchester United – Milan AC, 4-0 (3-2 pour Manchester à Milan).

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