Les Bleus : des ailes inefficaces, des contres précieux
Une victoire, du jeu, un soulagement…
Cela faisait pratiquement un an que la France n’avait pas remporté de victoire au Stade de France. C’était lors du dernier match de qualifications pour la Coupe du Monde 2010, le 14 octobre 2009, contre l’Autriche (3-1). Un match pour du beurre. De plus, il fallait remonter bien plus loin dans le temps pour trouver trace d’une grande prestation livrée par les Bleus dans l’enceinte de la Plaine Saint-Denis. Cette dernière référence datait de la première sélection de Yoann Gourcuff, contre la Serbie (2-1), déjà lors des qualifications du Mondial, le 10 septembre… 2008.
En réalité, cela faisait presque deux ans que le temple du succès de 1998 portait la poisse aux Bleus. Plombait leur jeu. Souillait ces terres. Une souffrance. Une anomalie. Car en deux ans, quelques matchs – peu certes – ont été tout de même encourageants à l’extérieur : je pense en particulier à celui en Irlande à l’occasion des barrages allers de Coupe du Monde (le 14 novembre 2009, 0-1).
Toutes ces dates sont nécessaires car aucun amoureux de l’équipe de France n’avait autant souffert depuis le sacre mondial d’il y a douze ans que lors de ces vingt-quatre derniers mois. Le rappel à l’histoire n’est pas ici journalistique, il est légitime car le passé récent de la sélection française est synonyme de bien des choses sauf du plaisir. Pour rompre avec cette Histoire qui colle aux Bleus comme une sangsue – ils ont été encore sifflés alors qu’ils assistaient au match de basket entre les Nicks de New-York et les Wolves de Minnesota à Bercy la semaine passée –, Laurent Blanc a choisi l’autotransfusion. Exit les vieux briscards étrangers surpayés portant des écouteurs et ne s’arrêtant pas pour signer des autographes, bonjour la jeunesse de la Ligue 1 : Rémy, Payet, Rami, M’vila, Valbuena…
Lors du France-Roumanie des qualifications du Mondial, en septembre 2009, il y avait onze joueurs alignés – logique en football. Sur ce onze de départ, dix n’étaient pas présent au coup d’envoi de ce France-Roumanie d’octobre 2010. Seul Hugo Lloris a réchappé de « mauvais sang tiré » comme dirait Philippe Noiret. Au-delà de ça, le dispositif n’est en revanche pas si différent. On s’acharne à présenter le système de Blanc – et lui le proclame en premier lieu – comme un 4-3-3 alors que samedi, lors de la première période il s’agissait bien d’un 4-2-3-1 avec les deux ailiers proches des lignes de touche. Un peu comme sous l’ère Domenech… Loin d’un 4-3-3 censé utilisé trois attaquants donc.
La composition est d’ailleurs parlante puisque Alou Diarra, capitaine du soir, était dans les faits associé à Yann M’vila à la récupération. M’vila n’a été que très rarement à la hauteur d’un Samir Nasri quant à lui intéressant seulement à partir de la 40ème minute. Du côté défensif, le quintet formé de Lloris dans les cages, de Clichy à gauche, de Réveillère à droite et de la charnière Mexès-Rami, a donné pratiquement satisfaction sur toute la durée de la rencontre. Solide et solidaire malgré l’absence de Sagna blessé, l’arrière-garde tricolore s’est montrée constante. Dans l’animation offensive à l’inverse, Malouda a été aussi peu en vue qu’il est habituellement en forme à Chelsea tandis que Valbuena a fait preuve d’une générosité qui nous manquerait s’il venait à être remplacé dans les matchs à venir. Enfin, Benzema titulaire seul en pointe, n’a pas du tout pu s’exprimer autant que face à la Bosnie.
Le onze de départ : Lloris – Réveillère, Rami, Mexès, Clichy – M’vila, A. Diarra (C), Nasri – Valbuena, Benzema, Malouda.
De son côté, la Roumanie avançait sur des œufs. Jamais revenue de sa génération glorieuse de 1994 emmenée par Hagi, la sélection roumaine ne pouvait pas compter sur Mutu contrôlé positif à la sibutramine en janvier dernier et devait donc s’appuyer sur son capitaine et défenseur central, Christian Chivu pour tenir la barraque. Le vainqueur de la Ligue des Champions avec l’Inter de Milan a ainsi tenté de préserver la valeur centrale des aînés : la ténacité. Et cela a pratiquement payé puisque la France aura mis plus de 80 minutes à ouvrir la marque. Seul visage familier pour les téléspectateurs français, l’ex-Auxerrois et aujourd’hui Monégasque, l’attaquant Daniel Nicuale, présent à la pointe de l’attaque.
Le onze de départ de ce 4-4-2 en ligne envoyé en France pour défendre et faire un coup « à la Biélorusse » : Pantelimon – Sapunaru, Tamas, Chivu, Rat – Zicu, Florescu, Radoi, Cocis – Niculae, Stancu.
Une stratégie complètement différente de celle proposée en Bosnie
Contrairement à la performance à sens unique proposée face à la Bosnie où les Bleus avaient été les seuls à exister, le match a cette fois fonctionné par cycles de bonne forme, gros pour la France et petits pour la Roumanie.
Mais un problème s’est malgré tout posé tout au long de la rencontre, c’est la capacité à produire un jeu réellement percutant, performant, destructeur de la discipline adverse et générant des brèches à la suite de mouvements trop rapides pour être contrés. La Roumanie était certes venue pour ne pas jouer, pour tenter de faire un hold-up. Mais malgré ça, la stratégie de Laurent Blanc aurait bien pu échouer.
Alors pourquoi est-ce que le système de l’ancien technicien de Bordeaux a marché contre la Bosnie et moins contre la Roumanie ? Tout d’abord parce que le système précisément était très différent. N’oublions pas que ce qui fait la validité d’un schéma tactique n’est pas sa disposition numérique (4-3-3, 4-4-2 ou 4-2-3-1 pour les dispositifs les plus fréquemment utilisés) mais bien les joueurs sur le terrain et les consignes données à ces derniers par l’entraîneur. En l’occurrence, si le remplacement de Sagna par Réveillère n’a pratiquement rien changé sinon que le premier est un meilleur centreur que le second, il en fut tout autrement de la titularisation de Samir Nasri (photo ci-dessus). En effet, Diaby – qui l’avait suppléé à Sarajevo – est quelqu’un d’athlétique, de grand et de complet. Nasri est certes au-dessus techniquement et a une meilleure disposition à animer le jeu mais il est également moins physique.
L’équipe de France devait donc trouver un équilibre différent. Contre la Bosnie, Blanc avait aligné un 4-3-3 extrêmement axial pour des contres rapides orchestrés à l’aide de passes verticales longues afin d’engendrer des actions à quatre ou cinq transmissions et permettant une projection rapide vers les buts adverses. Pour ce faire, il avait construit un trio intouchable au milieu de terrain en général et à la récupération en particulier (M’vila, A. Diarra et Diaby). Sans meneur, la France avait livré son meilleur match depuis le France-Italie en qualif’ de l’Euro juste après la finale de la Coupe du Monde 2006.
Alors pourquoi avoir changé de système et qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Pourquoi la France a-t-elle éprouvé tant de difficultés à construire le jeu ? Pourquoi s’est-elle procurée si peu d’occasions ? Pourquoi, enfin, Benzema et Malouda ont-ils été si transparents ?
Un jeu sans occupation axiale et résolument tourné vers les ailes
D’une part parce qu’Abou Diaby était mal remis d’une blessure à la cheville. D’autre part parce que, le sélectionneur l’a dit, la France ne pouvait pas se contenter de « contrer » chez elle. Il fallait faire le jeu. Blanc (photo) avait ainsi choisi de travailler l’équipe roumaine sur la largeur du terrain avec des montées fréquentes des latéraux, Clichy pendant le premier quart d’heure, Réveillère sur l’ensemble du match avant de revoir Clichy en seconde période. L’objectif avoué était de pouvoir répondre à une organisation roumaine précisément fondée sur la largeur avec un 4-4-2 en ligne. Quand deux formations génèrent des positionnements semblables, c’est la technique individuelle et le mouvement incessant des partenaires qui sont déterminants.
Mais au fil du match, on a rapidement compris qu’il y avait un véritable déséquilibre entre l’aile gauche et l’aile droite – sans parler de l’absence totale des Bleus dans l’axe du jeu. Si le duo Valbuena-Réveillère a pesé très lourd sur le côté droit, Malouda a eu bien plus de difficultés à exister. Pourquoi ? Pour deux raisons, la première est qu’il n’est pas un véritable ailier. A Chelsea, Malouda a appris à être en prise avec l’axe du jeu, notamment à cause de la qualité de sa frappe. Ce n’est donc plus un pur joueur de côté comme il l’était en 2006. La seconde, c’est que Samir Nasri, censé lui servir de relai dans l’axe gauche, a mis pratiquement une mi-temps à se débarrasser de Florescu (milieu axial droit roumain) et de Sapunaru (latéral droit). Comment lui en vouloir ? Lui qui, à peine revenu en Bleu, avait la charge d’animer le jeu de sa sélection…
Benzema a lui aussi compris qu’il trouverait des espaces de ce côté-là. Et c’est alors qu’il dézonait sur le flanc droit que la France s’est créée sa première occasion franche du match. Offrant la possibilité à Valbuena de solliciter le une-deux, ce dernier centrait pour Nasri plongé aux seize mètres. Lequel piquait son ballon au-dessus de Tamas dans la surface et si Malouda avait cadré sa demi-volée, les Bleus auraient sans doute ouvert le score (18’). La seconde occasion franche est survenue lorsque Nasri a progressivement décidé de se déporter à son tour sur l’aile droite. Eliminant trois adversaires d’une manière spectaculaire, il achevait son numéro de soliste avec lucidité en servant Malouda plein axe aux abords de la surface. Le Londonien adressait le ballon sur la gauche à Benzema qui feintait la frappe du gauche pour se remettre sur son pied droit et enrouler un bijou de ballon qui s’écrasait sur l’extérieur du poteau (41’).
La Roumanie avait ainsi traversé cette première période sans broncher et sans rien oser ou tenter sinon durant les cinq premières minutes. Son latéral gauche, Rat, en a d’ailleurs vu de toutes les couleurs face à Valbuena, Réveillère puis Benzema et Nasri. Mais malgré cela, la France, encore marquée par les stigmates du « syndrome Stade de France », a erré dans un manque de réussite qui ressemblait à de la déconcentration…
A la pause, Laurent Blanc à resserrer son 4-3-3 dans l’axe
Au retour de la pause, les joueurs de Razvan Lucescu ont retrouvé le gazon tout neuf de Saint-Denis avec des idées nouvelles, comme celle de marquer – pas mal au football. Et cela manquait de payer car les Bleus étaient partis à l’assaut en bloc-équipe, c’est-à-dire à onze joueurs qui conservent les espaces entre eux quelle que soit la situation (attaque ou défense). Sur un contre entre les deux rideaux défensifs tricolores, Deac lançait Niculae qui effaçait Mexès avant de passer à Stancu qui éliminait Rami. La charnière aux fraises, Stancu pouvait centrer à loisir pour Cocis et fort heureusement, Clichy enrichissait sa copie d’un joli sauvetage de la tête. Malheureusement, le ballon retombait dans les pattes de Florescu qui allumait une demi-volée faisant briller Lloris d’une claquette main opposée (47’).
L’avertissement n’en était pas un puisque la Roumanie, sans doute frustrée, n’eut plus de percussion une seconde fois. Et au contraire, on pouvait constater un repositionnement de Malouda et de Valbuena dans l’axe qui donnait un 4-3-3 réel et redoutable avec trois attaquants. Benzema recommença à être dangereux car disons-le franchement, être obligé de se jeter sur des centres alors que ni Clichy, ni Réveillère, ni Malouda ne sont excellents dans l’exercice et que l’on n’est pas non plus un grand joueur dans le domaine aérien, ça n’est pas l’idéal.
Mais le replacement français, conjugué au fait que l’arrière-garde roumaine avait avancé de vingt mètres, fournissait l’occasion de partir dans le dos d’un Tamas (central droit) très lent car pur stoppeur. Malouda saisissait l’occasion un peu avant l’heure de jeu. Lançant Benzema, celui-ci passait en retrait pour Valbuena plein axe qui prenait le shoot des dix-huit mètres. Pantelimon détendait ses deux mètres et signait un arrêt d’exception qui envoyait valdinguer le ballon sur la barre (58’). Deux minutes plus tard, bis repetita avec à nouveau une occasion générée entre les deux lignes défensives roumaines (celle des milieux et celle des défenseurs). Cette fois-ci, c’est Nasri qui distançait Tamas à la course et, pénétrant dans la surface côté gauche sans être inquiété, osait le tir entre les jambes puis la frappe dans l’angle fermé, toutes deux repoussées par Pantelimon, homme du match côté roumain (60’).
Après quoi, le rythme a baissé d’intensité, comme toujours à l’heure de jeu. Les Roumains, épuisés de défendre et choisissant de casser le jeu pour endormir les Bleus, et les Français justement, frustrés de ne pas scorer, marquèrent le pas pendant dix minutes. Moment où la Roumanie produisait un nouvel éclair imprévisible grâce au une-deux entre Sapunaru et Cocis. Le latéral, projeté dans l’axe, trouvait le poteau du plat du pied alors que la France s’évertuait à jouer haut (71’).
Un « coaching » décisif de Laurent Blanc
Finalement, et c’est la patte des grands entraîneurs, c’est Laurent Blanc qui trouvait la solution. Faisant sortir l’infatigable Valbuena pour faire rentrer Rémy autour de la 65ème minute, il donna à son équipe le petit coup de pouce dont elle avait besoin pour gagner un match semblable à celui imposé par les Lituaniens il y a un an. Aspirant les Roumains, les Bleus commettaient une grosse bourde défensive par l’intermédiaire de Clichy. Mais cette bévue eut le mérite de faire avancer le bloc roumain. Ressortant proprement le ballon, au sol, en passant par l’aile droite, c’est finalement M’vila qui transmettait à son capitaine. Diarra, homme du match côté français, osait une relance en profondeur à une touche de balle pour Rémy. Le Marseillais accélérait, déposant aisément un Rat à genoux, et marquait d’une lourde frappe croisée à ras de terre du droit (83’). Un but magnifique qui mettait en lumière la faiblesse d’un grand gardien, celle à descendre au sol pour claquer ce type de tirs. Mais aussi le travail préalable effectué par le duo Valbuena-Réveillère aux dépens d’un Rat qui n’avait plus les jambes pour continuer de défendre. Mais aussi l’érosion du capitaine Chivu, fautif car non-aligné pour mettre l’attaquant marseillais hors-jeu.
Entre temps, Nasri était sorti pour Gourcuff (74’), bientôt suivi de Benzema pour Payet (86’). Un Lyonnais en méforme et un Stéphanois sur un nuage. Il était sans doute écrit que la rivalité d’un derby encore douloureux à l’esprit des supporters lyonnais allait ici être transcendée par le maillot tricolore et un tricot efficace du Vert pour l’ex-Girondin qui inscrivait le second but d’une France enfin apaisée (90+3’). Symbole de ce que doit être la tunique bleue : la fierté de représenter son pays, quel que soit le club ou les affinités… 2-0, score final pour des Bleus aux anges, tout simplement heureux d’avoir gagné au Stade de France. Leur Stade de France. Et cet amour du public, déjà affiché lors des deux Marseillaises tonitruantes et chantées à l’unisson avant l’opposition avec la Biélorussie et le match de samedi soir, rencontrait enfin non pas seulement du « beau jeu » mais tout simplement la victoire sans bavure d’une équipe courageuse et enfin récompensée.
Prem. League : Chelsea trop fort pour Arsenal (2-0)
Trop d’absents chez les Gunners contre des Blues pratiquement au complet
Si la défaite d’Arsenal paraissait inéluctable, on a pourtant senti des choses prometteuses du côté des joueurs d’Arsène Wenger. Car en dépit de l’absence des titulaires Almunia dans les buts, Vermeulen au poste de défenseur central gauche, de Fabregas à l’animation offensive et de Van Persie devant, les Gunners affichaient des arguments nouveaux avec la présence de deux joueurs imposants physiquement et bons dans le domaine aérien, péché structurel de la formation londonienne l’an passé. Chamakh et Diaby devaient cette fois permettre de densifier l’entrejeu et d’éviter à Arsenal de se faire broyer par l’étau que représente le milieu de terrain des Blues (Ramires – Malouda – Obi-Mikel – Essien).
Mais Carlo Ancelotti ne comptait pas non plus sur un effectif au grand complet puisqu’il lui manquait sa recrue, Yossi Benayoun, ainsi que son vice-capitaine et maître à jouer, Franck Lampard. C’est sans doute cette défection qui impliquait à la fois la titularisation d’Obi-Mikel pour tenir la baraque à la récupération ainsi que celle de Ramires pour apporter de la créativité. L’entraîneur des Blues avait donc conduit une formation dans un 4-3-3 avec des ailiers déportés au point de laisser penser à un 4-1-4-1 où Obi-Mikel tenait le rôle de sentinelle devant l’arrière-garde. En défense justement, on retrouvait un quintet classique depuis le départ de Carvalho pour le Real Madrid : Cech dans les buts puis de droite à gauche, Ivanovic, Alex (photo, à gauche), Terry et A. Cole. Obi-Mikel assurait donc le relai entre la défense et le milieu, juste derrière un quatuor formé d’Anelka sur le flanc droit puis d’Essien, Ramires et Malouda. Drogba (photo, à droite) culminant seul en pointe.
Arsène avait quant à lui choisi d’assumer son 4-1-4-1 avec Chamakh en pointe, assisté derrière du duo Wilshire-Diaby. A droite, on retrouvait l’ex-Marseillais, Samir Nasri et à gauche l’autre lutin, russe celui-là, Andrei Arshavin. Alexandre Song avait la charge de la récupération devant un quatuor 100 % français : Sagna à droite, Squillaci, Koscielny et Clichy à gauche. Dans les buts, le gardien remplaçant était Polonais, Fabianski remplaçait donc Almunia.
Dominer physiquement, c’est gagner (1ère période)
La rencontre a donné à voir un spectacle assez particulier. On a assisté à un match très intense à la récupération, peuplé de tirs en tous genres mais finalement assez pauvre en occasions franches, notamment en première période. A l’image de Chamakh qui, à la réception d’un centre de Sagna, ouvrait le bal d’une belle tête plongeante détournée en corner (1’). Débridé, le match tournait d’un côté à l’autre du terrain, le lob de Malouda au-dessus répondait à l’occasion de l’international marocain (6’).
Au vu de la possession de balle frisant les 60 % pour les Blues de Chelsea en première mi-temps, on a très vite pu constater l’efficacité de ce que Marcel Desailly appela à la pause avec justesse, « la force des trois ». Car sur l’ensemble des quarante-cinq premières minutes, Chelsea s’est appuyé offensivement sur son trio d’attaquants Malouda-Drogba-Anelka, laissés seuls devant, y compris dans les phases défensives où ils ne participaient pas du tout au travail du premier rideau récupérateur. Et c’est d’ailleurs à ce premier rideau qu’il faut rendre hommage car c’est probablement à lui que Chelsea doit sa victoire de dimanche. Et si le positionnement d’Essien, légèrement désaxé sur la droite, ne me semble pas forcément le plus approprié, que dire malgré tout de sa prestation, ainsi que de celles de son compère Obi-Mikel et du jeune Ramires qui s’est battu comme un chien sur tous les ballons ?
Malgré cette domination tactique assez nette caractérisée par le duel Ramires-Song largement à l’avantage du jeune Brésilien durant pratiquement tout le match, Arsenal a su se glisser dans les rares trous laissés par la défense de fer de Chelsea. Ainsi, Arshavin a forcé Cech à deux parades remarquables, une dans son angle fermé (8’) et une des vingt mètres qui filait vers la lucarne (28’). On a aussi vu Chamakh produire beaucoup d’appels et contre-appels afin de déstabiliser la charnière Terry-Alex. Il fallut d’ailleurs tout le sang froid de Cech pour se saisir de la tête de l’avant-centre des Gunners à la suite d’un corner (24’). Enfin, Nasri offrait à ses partenaires le plus grand frisson après un dribble-feinte de passe, associé d’un tir du gauche, frôlant le poteau gauche (31’).
De son côté, Chelsea a réussi à contourner la belle solidarité de la défense d’Arsenal grâce à Drogba qui, renvoyant Koscielny à ses gammes, parvenait à déborder sur l’aile droite de la surface et à centrer pour un Malouda repris in-extremis par Sagna (12’). Un contre de feu emmené par le trio Essien-Drogba-Anelka n’eut pas plus de succès trois minutes plus tard car Sagna veillait toujours au grain (15’). La première occasion franche de Chelsea ne survint qu’à la 19ème minute lorsque le corner de Didier Drogba épousait la tête de Michael Essien. Heureusement pour Arsenal, ça n’était pas cadré.
Refusant de tenter de distendre la cohérence et la discipline du premier rideau de Chelsea en passant davantage par les ailes, les Gunners ont progressivement perdu le ballon de plus en plus proche de leur cages. La récupération très agressive de Chelsea fit le reste. Et après la demi-heure de jeu, on ne vit quasiment plus Arsenal à l’attaque. Car jusqu’ici, il faut bien le reconnaître, aucune des deux formations n’avait vraiment pris le dessus.
Et en réalité, si Arsenal ne s’est plus procuré d’occasion jusqu’à la mi-temps, Chelsea n’a pas pour autant été étincelant comme l’an dernier. Drogba, bien lancé dans l’axe droit de la surface, se débarrassait de Clichy avant d’allumer les poings d’un Fabianski aux mains fermes (34’). Loin d’être un avertissement, la frappe ressemblait davantage à un échange de tennis où chacun s’essaye, ponctuellement, au coup décisif.
C’est d’ailleurs à la fois par hasard et en même temps d’une manière très cohérente que Chelsea a ouvert le score. Si les Blues ont mis une mi-temps à bonifier leur domination au milieu de terrain, c’est à cause d’un manque de latéralité. Ivanovic n’a pas pris une seule fois son couloir, trop occupé à contenir Arshavin. Et A. Cole, en dépit de toutes ses qualités, n’a été en mesure de le faire qu’à deux reprises. La seconde fut décisive.
Après un coup-franc rapidement joué à trente-cinq mètres des buts de Fabianski par Didier Drogba, Malouda faisait montre d’une magnifique conservation de balle face à trois joueurs adverses côté gauche, puis servait en retrait pour Ramires. Le Brésilien s’arrachait alors pour passer, d’un tacle, à Obi-Mikel. Sollicitant le une-deux, Ramires héritait une nouvelle fois du ballon avant de servir dans l’intervalle A. Cole, monté pour l’occasion. Le défenseur anglais s’avançait et centrait fort au premier poteau, à ras de terre, pour une reprise improbable du talon de l’homme du match; Didier Drogba… Squillaci impuissant, Fabianski également, le ballon flirtait même avec le poteau avant de rentrer (41’).
Ce qui est terrible, c’est que sur le plan des duels, Arsenal a plutôt fait jeu égal avec Chelsea : si Ramires a pris le pas sur Song et si Drogba a globalement dominé les deux défenseurs centraux Squillaci et Koscielny, Malouda et surtout Anelka ont quant à eux été asphyxiés respectivement par Sagna et Clichy. Au milieu de terrain en revanche, Diaby manquait de rythme devant et la tâche d’animer offensivement qu’Arsène lui avait conféré au côté de l’international espoir anglais, Wilshire, ne pouvait être remplie. De ce fait, on a trop vu Nasri et Arshavin quitter leur aile pour venir solidifier les prises de balle axiales, facilitant de cette manière la récupération de Chelsea.
Enfin, l’ultime élément fut tout de même le leadership physique où Chelsea a toujours une, sinon deux, longueur d’avance par rapport à Arsenal. Avec Alex – encore plus physique que ne l’était Carvalho –, Terry, Obi-Mikel, Essien, Drogba et même Malouda, on ne peut qu’attendre avec impatience le retour de Lampard pour revoir l’équipe la plus forte physiquement du monde briller à nouveau de tous ses feux.
Chelsea fatigué, Arsenal aurait dû en profiter (2ème période)
Après la pause, on a senti que la consigne de Carlo Ancelotti (photo ci-dessus) concernant le pressing avait bel et bien changé car Chelsea a reculé. Les Blues n’avaient en effet plus les ressources physiques pour agresser le porteur de balle adverse. Ils se sont donc contentés d’effectuer un pressing en lignes avec un Anelka reculant et faisant quitter le 4-4-2 de la première mi-temps où le Français restait en pointe à côté de Drogba (photo ci-dessous), pour un 4-5-1 plus passif. Avec la vitesse d’exécution des passes et l’inspiration souvent géniale des lutins, Nasri et Arshavin, Arsenal aurait dû égaliser.
Je ne dis pas « pu » mais bien « dû ». C’était une obligation, mieux une logique. La domination fut telle pendant presque vingt minutes qu’il est incompréhensible qu’Arsenal n’ait pas marqué. Alors la faute à quoi ? à qui ? A personne en particulier. Mais cette inspiration, cet esprit fait de multiples passes a ses limites. Ou pire, il a son revers de médaille dans la mesure où lorsque les joueurs sont menés, ils peuvent manquer de lucidité et donc de spontanéité. La jeunesse est aussi au premier rang des problèmes que Wenger doit régler depuis deux ans déjà. Frapper au but est une nécessité en football. Or on a souvent vu les joueurs redoubler les passes et ne prendre que très peu de risques au shoot. Finalement, ce sont les centres à destination d’un Chamakh – qui a trouvé à qui parler avec le duo Terry-Alex – qui furent les plus belles occasions pour Arsenal.
Car malheureusement pour les Canonniers, on n’a trop peu vu de frappes directes. Quand Diaby a tiré à l’heure de jeu, c’était pour signer la trêve des tergiversations. Un tir du droit, contré (56’). Deux minutes plus tard, c’est l’arbitre de la rencontre, Mark Dean, qui dégoûtait Chamakh en jugeant le tacle de Ramires dans la surface légitime alors que l’ex-Girondin n’avait plus qu’à frapper (58’).
Durant ce cycle positif pour Arsenal, Chelsea ratait de peu de doubler la mise. Si Anelka ne s’était pas déconcentré après avoir dribblé Fabianski, il aurait cadré son tir dans les buts vides (60’). Mais après cette alarme, seuls les centres continuèrent de pleuvoir sur la défense de Chelsea qui se régalait. Et même si Chamakh vaut mieux qu’Arshavin dans le domaine aérien – Arshavin était titulaire en pointe de l’attaque à Stamford Bridge l’an dernier –, il n’en demeure pas moins seul à pouvoir disputer des ballons de la tête.
Après ce bon passage des Gunners mais non concrétisé, Arsenal a progressivement levé le pied. Les actions sont donc survenues de part et d’autre à nouveau, comme lors de la première demi-heure. On peut d’ailleurs signaler que durant ce dernier tiers du temps, Arsenal s’est beaucoup appuyé sur le hors-jeu. Technique utile qui permit à A. Cole se voir refuser un but de manière justifiée (70’). De l’autre côté, l’entrée de Rosicky fournissait au Tchèque l’occasion – une seule – de se mettre en valeur mais sans inquiéter Cech tant la frappe était écrasée (74’). Au moins avait-il eu l’audace de tirer.
Chaque formation eut alors une ultime chance de marquer. Et à l’instar du match, Arsenal ne fut pas en réussite, Chelsea si. A moins que ce ne soit le réalisme d’une équipe en confiance. Si Rosicky trouvait parfaitement Chamakh au premier poteau d’un magnifique centre, le coup de boulard du Marocain, maudit ce dimanche, frôlait une fois encore la base du montant gauche de Cech, comme à la 1ère minute (80’).
Et quelques instants plus tard, Nasri adressait une passe excessivement dangereuse vers sa défense axiale. Anelka récupérant le ballon, Koscielny se sacrifiait et commettait une faute logiquement sanctionnée d’un carton jaune. Sur le coup-franc plein axe à trente mètres qui suivit, Drogba joua l’intox’ en faisant mine de vouloir le frapper alors que c’était finalement le défenseur central Alex, 92 kg, qui s’élançait et signait un pétard lumineux de l’extérieur du droit. La lucarne nettoyée, les Gunners démoralisés, Arsène Wenger dépité, c’est le bilan d’un après-midi désastreux avec en perspective le pari tenu par le coach français du club d’Arsenal. Le titre de champion d’Angleterre s’éloignait peu à peu avec ce score de 2-0, indéniable, sonnant comme un rappel (85’).
Le rappel que cette équipe manque d’expérience, notamment en défense centrale, mais aussi de poids physique. Chamakh est certes une bonne recrue mais il pèse 78 kg alors qu’il mesure 1m88… Si tant est qu’il ne grossisse pas le chiffre. Idem pour les poids légers que sont à leur poste Nasri, Arshavin, Wilshire, même Song ou bien encore Koscielny. Le rappel enfin, que la spontanéité est encore ce qui doit prévaloir au football. Ces jours-ci, on a beaucoup loué Saint-Etienne et sa simplicité dans le jeu, c’est bien ce qu’Arsenal doit appréhender. Bien jouer, cela doit d’abord être fait pour être efficace. Sinon, à part séduire le public et les téléspectateurs, ça ne sert à rien. De plus, malgré toute sa bonne foi dans l’interview accordée à L’Equipe fin septembre, il y a un problème de blessures chez Arsenal (encore quatre absences décisives dimanche). Soit la préparation physique n’est pas optimale, soit les Gunners sont effectivement davantage victimes de fautes « sales » en raison de leur aisance technique frustrante pour les adversaires, soit… je vous laisse imaginer. Enfin, il faut souligner le manque de rythme insufflé à la partie par les joueurs d’Arsenal. Ils n’ont pas su accélérer autrement que pendant quinze-vingt minutes en deuxième mi-temps. Ils n’ont pas non plus suffisamment varié leur jeu. Face à un tel bloc défensif au milieu de terrain, il aurait fallu davantage changer d’ailes, de manière à tenter de déborder sur un côté puis de l’autre… Variation, rythme, expérience sont les trois mots-clefs pour comprendre l’inaptitude d’Arsenal à forcer la décision face à un Chelsea classique.
Essien venait conclure un début de soirée cauchemardesque pour Arsenal avec une ultime grosse occasion, heureusement détournée par Fabianski (90’). A l’issue du match, Arsenal pointe à la quatrième place du classement (11 pts), à sept points du leader Chelsea (18 pts). Les deux Manchester occupant le reste du podium, City à la 2nde (14) et United à la 3ème (13). Malgré cette belle avance, Chelsea ne m’a non plus fait une très forte impression. Je pense qu’ils peuvent encore progresser mais ils ne sont plus au niveau de l’an passé, lorsque le milieu était agrémenté par Lampard et Ballack. Mais pire, à terme, j’ai peur que la science de Carvalho finisse par faire défaut à l’arrière-garde de Chelsea. Malgré cette impression "négative", à Stamford Bridge Chelsea n’a été défait que trois fois en six ans et demis et n’a pas encaissé de buts depuis mars…




